Le quotidien au commissariat de Chalon sur Saône (3) : le poste et les gardes à vue
« Et le vol à l’étal’, s’il est grammé ? »

Rixe sur la voie publique, à une station-essence sur Saint-Rémy, ce mardi 23 mars en journée. Trois individus en ont battu un autre....

Le premier des trois est déjà au poste, le second et le troisième sont attendus. On jette un œil dans la cour du commissariat où sont parqués tous les véhicules, un équipage BAC conduit le jeune homme dans l’aile du poste et des cellules de garde à vue. 

Le poste, une pièce centrale

On entend quelques cris, trois des quatre cellules sont déjà occupées, le chef de poste commence à carburer pour savoir comment il va répartir tout ce monde. « En R16, il a mis du sang et des crachats partout, je préfère qu’on ne mette personne avec lui. » Les cellules sont désignées ainsi : R14, R15, R16, R17, la salle d’attente c’est la R10. Le chef de poste est la cheville ouvrière de toute l’activité de l’aile : les placements en garde à vue, les fouilles, les armes (l’armurerie, hors celle de la BAC, est au poste), les avocats qui se présentent pour des entretiens, les réquisitions à médecin que communiquent les OPJ. On les lui donne et il organise, car désormais il faut conduire les mis en cause à l’hôpital, à chaque fois 3 policiers sont mobilisés (et ça peut prendre plusieurs heures). Il tient les registres : les repas, le contenu des fouilles, qui entre, qui sort, tout.

Le chef de poste, un chef de gare

L’accueil et la salle d’attente publique sont les seuls espaces du commissariat ouverts au public, tout le reste est d’accès réservé. La porte d’entrée du poste se trouve au rez-de-chaussée, une autre porte donne sur le couloir de l’aile. La pièce est de taille franchement modeste au regard des effectifs qui y passent chaque jour, en particulier aux moments des relèves. On y trouve les mêmes écrans des caméras de surveillance du commissariat qu’au CIC (la salle radio) et, en plus, ceux des caméras installées dans les cellules de garde à vue. On y trouve aussi l’armurerie (hors celle de la BAC dont le bureau est à part), et le bureau du chef de poste en service, dont des collègues comparent le travail à celui d’un chef de gare.

Fouille et enquête sociale

La fouille du dernier arrivé comporte de l’argent en numéraire. Deux policiers sont requis pour compter la somme (350 euros, en l’occurrence) puis placer l’argent sous enveloppe et l’agrafer. La veille, deux hommes ont été interpellés par la BAC de nuit, les deux seraient auteurs de violences. Ils étaient alcoolisés et se sont lâchés ensuite en outrages et menaces de mort à l’encontre des policiers. L’association Enquête et médiation (AEM) téléphone pour faire ce qu’on appelle une enquête sociale rapide, cela veut dire que ces hommes vont être très rapidement jugés.
L’enquête sociale est une pièce de la procédure, c’est « une investigation visant à vérifier la situation matérielle, familiale et sociale d'une personne et à informer le magistrat des mesures propres à favoriser ou maintenir son insertion sociale ». En raison de l’état d’urgence sanitaire national, L’AEM et le SPIP (1) travaillent par téléphone, « on évite les déplacements » explique le procureur de la République. Le chef de poste va passer un portable à celui qui est placé en R16 mais doit placer un homme en surveillance devant la cellule, que le gardé à vue n’aille pas raccrocher pour appeler quelqu’un d’autre. 

On se demande comment on va caser tout le monde

Pendant ce temps-là, le troisième auteur de violences à la station-service est arrivé, et un équipage prévient par radio qu’il ramène un individu pour un vol à l’étalage. On se demande comment on va caser tout le monde, mais de toute façon on les casera. Le GSP (groupe de sécurité de proximité) est revenu, le chef de poste tend un papier à l’un d’eux : « je te donne la réquisition pour un transport au centre hospitalier ». Le GSP repart aussitôt. « Et le vol à l’étal’, s’il est grammé ? – S’il est grammé, ça sera une IPM (2). » L’enquêtrice sociale du R16 dit ne pas comprendre tout ce que dit le prévenu, elle demande un traducteur, c’est reporté au lendemain. L’éthylotest confirme ce que les agents subodoraient : le vol à l’étal’ est grammé. 1,18 gramme d’alcool par litre de sang. 

« On va faire un CNH »

On l’a assis sur une chaise posée dans le couloir car même la pièce appelée « salle d’attente » (une pièce sécurisée, sans être une cellule à proprement parler) est occupée. Du coup, un homme doit rester en faction à côté de lui. « On va faire un CNH. » Le CNH, c’est le certificat de non hospitalisation, obligatoire. Il faut attendre, il n’y a pas d’escorte disponible. Une fois examiné par un médecin, il sera placé en cellule de dégrisement. C’est un statut, car il n’y a de cellule dédiée au dégrisement, et vu le nombre de gardés à vue, il partagera une cellule. Un dégrisement dure minimum 6 heures, ensuite on le fait souffler dans l’éthylotest pour voir où il en est, il ne sortira que lorsqu’il aura retrouvé ses esprits. L’homme sur sa chaise, en voyage dans son 1,18 gramme, n’a pas conscience de tout ce qui s’orchestre autour de lui, et demande s’il peut fumer une cigarette. « Non ! » Non, bien sûr que non, ce n’est pas le moment du tout. 

« Il a craché, dit un collègue. – Vous avez fait pipi dans la cellule, aussi »

L’activité est celle d’une ruche. « Agression en cours à X (nom d’une société), alarme silencieuse » dit l’opératrice radio. Deux policiers partent en courant. Un équipage de la BAC a été dirigé sur les lieux, il fera un retour cinq minutes plus tard : « Un différend suite à un véhicule professionnel légèrement dégradé, pas de blessés. » Un OPJ pendant ce temps a signifié aux deux hommes arrêtés au cours de la nuit dernière la prolongation de leur garde à vue. « Vous avez fait des vôtres, dit-il à celui qui est agité à crier et taper tout le temps ou presque. – Il a craché, dit un collègue. – Vous avez fait pipi dans la cellule, aussi, constate l’OPJ. On va appeler maître X (il a demandé un avocat précis). »

Les deux affaires principales passent en justice

Les deux auteurs de violence arrêtés par la BAC de nuit, et les trois auteurs de violence à la station-service, sont déférés, c’est-à-dire présentés au procureur de la République. Les premiers sont placés en détention provisoire par le JLD, le juge des libertés et de la détention, les seconds sont encore dans le temps de leur garde à vue. Ils sont tous jugés le lendemain, jeudi 25 mars, au tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône, selon la procédure de comparution immédiate. Les premiers escortés par l’ARPEJ (3), les seconds par le groupe de sécurité de proximité (GSP) du commissariat. 

Florence Saint-Arroman  

(1) SPIP : service pénitentiaire d’insertion et de probation
(2) IPM ivresse publique et manifeste
(3) ARPEJ : le personnel d’escorte et de transfèrement de l’administration pénitentiaire

A suivre, Le quotidien au commissariat (4) : la brigade anti-criminalité, la BAC

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