TRIBUNAL DE CHALON - Il était plus de 22 heures, et l’interpellation des deux agités ne s’est pas faite sans mal ce lundi 22 avril à Chalon

Ce lundi 26 avril, une altercation devant un hôtel « social », précise le président, du centre-ville de Chalon-sur-Saône a nécessité l’intervention de la BAC de nuit. Il était plus de 22 heures, et l’interpellation des deux agités ne s’est pas faite sans mal. Les policiers ont dû appeler le parquetier (procureur) de permanence pour avoir l’autorisation d’enfoncer une porte.

D’un côté, les prévenus. L’un a 20 ans, l’autre 26. Ils ne se connaissaient pas avant ce jour-là, ils avaient fêté le départ d’un autre pensionnaire de l’hôtel qui avait trouvé un logement. Le plus jeune était légèrement alcoolisé, le plus âgé était complètement parti. Plus de 2 grammes d’alcool par litre de sang se mariaient, plutôt mal que bien, avec les médicaments qu’il prend… pour arrêter de boire, pour lutter contre la dépression, pour dormir et résister à l’envie de boire. Bref, quand les policiers lui sont arrivés dessus, dans la chambre où il s’était réfugié, il sautait sur le lit. C’est dire.

Le départ de feu ? Une peur panique des chiens

Pourquoi les policiers ont-ils dû venir ? Eh bien parce qu’un homme et une jeune femme, avec leurs chiens, raccompagnaient un gars qui logeait dans l’hôtel, lui-même avec son chien. Il a donc voulu y entrer, mais il est tombé sur celui qui n’était alors plus qu’un cocktail ambulant, et qui, ce n’est pas une plaisanterie, a une peur panique des chiens. Une vraie panique. Il a également peur de se faire agresser quand il a trop bu, et par conséquent, et aussi hors sol que cela puisse paraître, il s’arme de sa bombe lacrymo quand il sait qu’il va se mettre sur le toit, en prévention, en quelque sorte. Il a dit : « Vous rentrez pas, j’ai peur des chiens. »

Scenario d’une catastrophe annoncée

Un film mettrait en scène tous ces éléments, petit à petit, jusqu’à ce qu’on comprenne, en voyant des chiens arriver, que ça allait tourner à la catastrophe. Ce fut la cata. Maître Vaucher qui défend le plus âgé, décrit comment on voit son client se planquer pour se protéger et diriger sa bombe « vers le chien ». Le problème c’est que tout le monde a pris du gaz, et ça fait deux victimes au dossier qui ne sont ni présentes ni représentées mais dont l’une (qui raccompagnait son nouveau pote) demande réparation. L’avocat dit du nouveau pote : « on le voit exciter son chien avec la laisse ». Le prévenu le plus jeune aurait essayé d’éviter le drame en priant la jeune femme de convaincre les deux autres d’éloigner les chiens, « mais elle ne disait rien ».

L’un assis sur une chaise, l’autre en train de faire le marsupilami sur le lit

La scène a un aspect burlesque puisque les prévenus, très agités, faisaient des allers retours en courant, pour aller chercher, qui un couteau à steak, qui des bris de miroir, ils en ont balancé par la fenêtre pour éloigner les intrus et leurs animaux. N’importe quoi. De même ils prennent la fuite en voyant les policiers entrer, qu’espéraient-ils ? Réfugiés dans une chambre, l’un assis sur une chaise, « tout pâle », l’autre en train de faire le marsupilami sur le lit. Les policiers ont enfoncé la porte, le bondissant ne se laissait pas arrêter, il a tâté du Taser. « Vous aviez bu quoi ? demande le président au jeune homme. – Deux bouteilles de vodka. – De 75 cl ? – Oui. – Waouh ! »

Une sortie de placement qui trébuche

Le prévenu reconnaît avoir résisté et s’en excuse. Le tribunal prend le temps sur les personnalités des deux jeunes gens. Le plus jeune fut jugé 3 fois en 2020. « Comment vous expliquez cela ?  - Parce que avant, j’étais pas à Chalon, j’étais chez des gens qui s’occupaient de moi, et après je suis arrivé, j’étais perdu. » Il a été placé en famille d’accueil, il avait 1 an. Le couple qui l’a élevé et auquel il semble attaché, a vieilli, l’un a de gros problèmes de santé, du coup, « je ne savais plus comment leur dire que j’étais… - A la rue. » Le président Dufour a terminé sa phrase. Il a pourtant trouvé du travail sur Crissey, en interim. « J’ai eu des problèmes de consommation d’alcool quand je dormais dans ma voiture, mais aujourd’hui ça va mieux, grâce à mon travail et à mon chef d’équipe qui est souvent là pour moi. »

Parcours chaotique et marqué de dureté

Le plus âgé a un parcours très différent. Il perd sa mère vers l’âge de 5 ans, il est allé au lycée jusqu’en seconde pro, il s’est engagé dans l’armée, « j’étais démineur ». Un contrat d’un an, pour commencer, il dit qu’il aurait voulu continuer mais qu’il n’a pas pu à cause d’un problème de santé. Vrai ou faux on ne sait pas, en revanche il dit qu’il y était bien, que la discipline lui donnait un cadre qui lui allait bien, et à l’époque il ne buvait pas, « j’étais encore jeune ». Aujourd’hui, il ne va pas bien, il a fait « une énorme dépression » (il a marqué le pas en faisant une tentative de suicide, dira son avocat) qui l’a mené à passer plusieurs semaines au CHS de Sevrey. En même temps, il est marié et sa femme est enceinte. 3 condamnations, la dernière le met en probation pour deux ans, ça commence tout juste.

Une première scène qui reste confuse

Maître Bibard salue « le travail une fois de plus tout à fait remarquable mené par les trois fonctionnaires de la BAC de nuit », à quoi maître Vaucher répondra qu’ils sont tout de même formés pour ça, pour intervenir dans des situations pas évidentes. Le vice-procureur, Charles Prost, estime que « les chiens ont servi de prétexte », dans le cadre « d’une soirée de beuverie », et vu les casiers requiert des peines de prison avec maintiens en détention, contre quoi plaident maître Massard et maître Vaucher. « Les chiens pouvaient être dangereux », « il a besoin d’un cadre, d’une aide », « la peur du chien n’est pas un prétexte », « il a dit : ‘arrête, je vais égorger le chien’, les menaces de mort ne sont pas constituées ».

Prison pour l’un, accompagnement social renforcé pour l’autre (avec du sursis au cas où)

Le tribunal déclare les prévenus coupables et les condamne. Le plus âgé écope de 6 mois aménagés ab initio en détention à domicile sous surveillance électronique. Le plus jeune sera en sursis probatoire renforcé pendant 2 ans, avec 5 mois de prison au-dessus de la tête. « Le tribunal a considéré que vous aviez besoin d’un accompagnement social renforcé. C’est une perche qu’on vous tend. »

Florence Saint-Arroman

Le plus âgé devra indemniser les trois policiers, et indemniser, solidairement avec le plus jeune, l’une des trois personnes qui arrivaient à l’hôtel et qui a demandé réparation de son « préjudice moral ». Le gérant de l’hôtel qui a pourtant eu quelques dégâts (le plus jeune avait dégradé une porte et brisé un miroir, deux jours auparavant) ne se constitue pas partie civile.

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