Le service Réanimation de l'Hôpital William Morey de Chalon-sur-Saône se mobilise pour une meilleure reconnaissance de son statut

Ce mardi, dans le cadre d’un mouvement national, une délégation d'infirmières et aides-soignantes du service Réanimation de l’hôpital William Morey ont rencontré le maire de Chalon-sur-Saône. Objectif de cette rencontre : obtenir de meilleurs salaires et une reconnaissance comme spécialité de leur compétence métier. Plus de détails avec Info Chalon.

Alors qu'un groupe de syndicalistes de Force Ouvrière (FO) était sur les marches de la mairie en soutien, une délégation du service Réanimation de l'Hôpital William Morey était reçue par le maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, ce mardi 11 mai, à 17 heures 30, dans la salle des maires.


Soutenues également par le syndicats Acteurs Santé CFE-CGC, ces infirmières et aides-soignantes mobilisées pour faire reconnaître la spécialité, un statut et une formation avec des cours théoriques et pratiques ont exposé leurs doléances au premier magistrat de la Ville, secondé par Bruno Legourd, adjoint au maire en charge des affaires sanitaires et sociales et ancien directeur de l'Hôpital William Morey.


«On est à un moment, plus d'un an après être rentré dans le dur avec la pandémie, il y a un certain nombre de questions de structure qui doivent être posées. Je laisserais évidemment les intéressées faire part des difficultés qui sont les leurs. Moi, ce que j'entend aujourd"hui dans ce mouvement, qui est un mouvement national, qui est porté partout en France... Partout en France, les élus sont saisis, partout en France, on essaye de mettre la lumière sur cette profession... C'est finalement le paradoxe entre ce mot de "réa" qui a sans doute compté parmi les mots les plus prononcés depuis le printemps dernier sans que aujourd'hui, sur le plan statutaire, les choses ne bougent d'un iota. Et, ce que moi je comprend de la conversation qu'on a eu, et après je me tais, c'est que si on veut ce système tienne, il faut reconnaître aussi les faiblesses organisationnelles», déclare le maire, qualifiant le service Réanimation de «vital pour les patients».


Avant d'ajouter :


«Aujourd'hui, sur le plan statutaire, il n'y a pas de reconnaissance particulière»


«Nous profitons de la mise en lumière des services de réanimation. Il y a d'autres services qui sont mis régulièrement en lumière mais c'est vrai que notre existence n'a été découverte par la crise de COVID. Ce que nous voulons c'est qu'on nous reconnaisse, au niveau statutaire, par une NBI* de notre spécificité, de nos compétences et notre expertise», explique une infirmière.


«Nous entrons en réanimation avec un diplôme généraliste qui ne nous prépare pas à ça et on acquiert nos compétences au fur et à mesure de notre travail. Nous gérons des patients multidéfaillants, c'est-à-dire qui ont des organes qui lâchent les uns après les autres ou tout en même temps, qui se retrouvent intubés; ils peuvent avoir des problèmes cardiaques, des problèmes de tension. Du coup, on doit utiliser des drogues spécifiques extrêmement sensibles qui ne nous laissent pas droit à l'erreur. Dans le même temps, pas de peau, ils ont une défaillance rénale et on ajoute à cela une dialyse», poursuit cette dernière.


«Il faut des compétences spécifiques en réanimation. Connaître les respirateurs, les drogues, la dialyse demanden du temps… On doit savoir suppléer tous les organes vitaux. Ce sont des apprentissages qui se font par l'expérience», expliquait une autre d'entre elles.


Autant de risques qui ne sont pas pris en considération.


La délégation réclame la reconnaissance de ces risques au même titre que d'autres services.


À noter qu'au service Réanimation de Chalon-sur-Saône, aucun agent n'a été déclaré positif au COVID-19. Un signal fort qui démontre que les gestes barrières et le strict respect du protocole n'était pas une nouveauté pour ces «soldats en première ligne dans cette guerre contre le coronavirus».


Le service tourne 24 heures sur 24 avec la même équipe, à savoir une 100aine d'agents à l'Hôpital William Morey.


«On est pas des héros, on fait juste notre métier!», tient à préciser une aide-soignante, «le combat aujourd'hui il doit être celui de tous les hospitaliers, de tous les personnels de santé, des EHPAD, on a tous souffert de cette crise et toutes les professions de santé doivent être valorisées et reconnues».


Durant cette rencontre, elles ont fait part de leurs différents ressentis, comme le fait d'accueillir un patient de 18 ans en réanimation.


Histoire d'en finir avec l'idée reçueque les jeunes seraient immunisés contre le COVID-19.


... ou le fait de sous-estimer la charge de travail au vu du nombre d'heures passées et la pénibilité qui en découle.


Notons qu'actuellement, 45% des patients décèdent dans ce service contre 30% "en temps normal".


«S'il y a un point qui est à souligner, c'est qu'on leur demande de multiples compétences aussi bien en dialyse, en chirurgie pour les patients chirurgicaux, en pulmonaire pour les patients sous respirateurs... ça veut dire que c'est une infirmière qui doit développer de multiples compétences dans tous les domaines du corps. À la différence d'une infirmière spécialisée dans le service qui ne fait que ça, elles sont obligées d"avoir une capacité de compétences très diverses», ajoute à ce propos l'adjoint au maire.


«Rien ne nous prépare à ça», poursuit une des membres de la délégation concernant la formation, «tout se fait par compagnonage. Ce sont les personnels en place qui forment les nouveaux arrivants»


Lors de l'arrivée d'une infirmière ou d'une aide-soignante dans le service, elle est formée pendant quatre semaines mais «il faut environ un an pour être à l'aise».


La délégation propose la création d'un Master ou d'une spécificité d'infirmière en réanimation, comme elle existe dans d'autres pays comme en Suisse ou en Belgique. De plus, elle réclame un parcours de formation obligatoire théorique et pratique pour celles et ceux qui viennent travailler dans ce servicepourtant indispensable.


La crise des vocations a également été évoquée.


Les infirmières et aides-soignantes demandent également plus d'effectifs à la fois pour «des prises en charge de qualité» des patients et pour «l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle des soignants».


Un problème que la crise sanitaire a malheureusement accentué.


«Il était déjà présent», nous précise une infirmière en réanimation, en marge de cette entrevue.


Le maire propose d'écrire un courrier au Premier ministre, Jean Castex, dans les jours qui suivent ou la semaine prochaine, voire au Président de la République, Emmanuel Macron, afin d'alerter sur cette situation, se faisant de facto le relais des Ces infirmières et aides-soignantes du service de réanimation.


«Je pense que beaucoup de mes collègues maires vont faire la même chose, on sera en tout cas les échos très clairement de la revendication parce qu'elle nous paraît plus que très légitime et elle n'est pas une volonté de se faire valoir par rapport à d'autres parce qu'il y a des situations de pénibilité énormes et là, on est sur une spécificité d'intérêt général. On risque d'avoir une tension énorme demain si ces métiers ne sont pas encore attractifs», indique le maire, «ça voudra dire qu'il n'y a plus de front donc autant dire qu'on aura perdu la guerre».


«Vous l'avez peut-être entendu sur les ondes mais là on attaque la 3ème vague et je pense qu'on pourra pas tenir face à une 4ème vague», prévient une autre infirmière.


Hier, mercredi 12 mai, c'était la Journée internationale des infirmières, l'occasion de dire un grand MERCI aux infirmières et infirmiers du monde entier qui sont en première ligne face à la pandémie de COVID-19 plus d'un an après le déclenchement de cette crise sanitaire. Cette année 2021 plus que jamais, elles et ils le méritent, ces héroïnes et héros au grand cœur, en risquant leur vie afin d'en sauver tant d'autres, avec parfois peu de moyens.


* Nouvelle bonification indiciaire.

 


Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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