Sur 87 millions d’euros d’aides directes à la presse (hors AFP et Acoss) accordés en 2019, 49 millions d’euros, soit près de 56 %, ont été versés à dix groupes.

Le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne dénonce une distorsion de concurrence inadmissible

Communiqué de presse du SPIIL

 

Ce ratio insolent illustre la répartition particulièrement inéquitable de l’argent public consacré au soutien du pluralisme de la presse. Une telle disproportion dans la distribution des aides constitue une préjudiciable distorsion de concurrence entre médias. Le Spiil réclame un rééquilibrage d’urgence pour l’année 2021 et une remise à plat des aides à la presse.

Le Syndicat de la presse d’information indépendante en ligne (Spiil) a pris connaissance des aides directes à la presse distribuées aux médias en 2019 à la suite des révélations de La Lettre A de ce 8 mai. La lettre professionnelle a fait état du refus du ministère de la Culture de publier le montant de ces aides, en contradiction avec ses engagements et avec sa pratique des dernières années. Ces données sont pourtant accessibles dans des recoins du site de diffusion des données publiques Data.gouv.fr.

Un regrettable retour en arrière en matière de transparence


Ce refus de délivrer dans un délai raisonnable des chiffres agrégés, rendant clairement compte des aides apportées à chaque groupe de presse, constitue un recul que le Spiil, qui défend depuis sa création la transparence sur les aides à la presse, regrette tout particulièrement. Cette transparence est plus que jamais nécessaire pour conforter un lien de confiance entre les médias et le public et répondre à un sentiment de défiance tendant à s’installer chez une partie des lecteurs et rejaillissant sur l’ensemble du secteur. Un tel sentiment est nourri par la perception d’un manque d’indépendance et d’une opacité dans le financement de certains médias.

Selon les données présentées dans Data.gouv.fr, les aides directes allouées au secteur de la presse en 2019 représentent 227 millions d’euros. Cette somme comprend les aides au pluralisme, les aides à la modernisation de la diffusion, les aides au portage, les aides aux quotidiens régionaux, aux publications nationales, le fonds de soutien à l’émergence, le fonds stratégique pour le développement de la presse, ainsi que des dotations à l’Agence France-Presse (AFP) et les exonérations de charge de l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss).

En mettant de côté ces deux postes de dépenses, pour ne regarder que les subventions aux titres de presse hors secteur public, la somme totale est de 87 millions d’euros pour un peu moins de 350 médias. Cette somme ne comprend pas les aides indirectes comme le taux de TVA à 2,10 % sur les abonnements, les exonérations sociales et les aides postales.

Ces 87 millions d’euros ne reviennent toutefois pas exclusivement aux titres de presse. Une partie non négligeable a en effet été fléchée vers des sociétés chargées de la logistique de diffusion et réseau. Diff’Presse obtient ainsi 3,8 millions d’euros, Presstalis 850 000 euros... Rappelons que le Spiil avait à l’époque condamné le détournement du fonds de soutien à l’innovation pour soutenir à bout de bras – et en vain – la messagerie Presstalis engluée dans une gestion désastreuse. Or, les aides à la distribution sont attribuées en grande partie à fonds perdus et ne permettent pas de construire l’avenir.

85 % du montant des aides directes relève de subventions auxquelles la presse tout en ligne n’est pas éligible
Sur ces 87 millions d’euros, plus de 75 millions d’euros concernent exclusivement la presse imprimée en raison de la nature même des aides qui excluent la presse en ligne. Une telle discrimination entre supports est particulièrement préjudiciable à la presse numérique confrontée à des investissements lourds et indispensables en matière rédactionnelle, technique et marketing.

Près d’un cinquième des aides directes pour un seul groupe


Cette discrimination creuse dans la durée un rapport de force inéquitable entre les médias historiquement imprimés – aujourd’hui très offensifs sur Internet – et une presse numérique en plein essor, pas moins essentielle au pluralisme. Le montant des aides directes de 2019 avantage de manière totalement disproportionnée quelques médias aux dépens de tous les autres. L’exemple le plus emblématique est le montant de 16,8 millions d’euros accordé au seul groupe LVMH qui capte à lui seul près d’un cinquième des aides directes. Cette colossale aide financière dépasse le cumul des aides allouées via le fonds stratégique pour le développement de la presse (9,3 millions d’euros) et le fonds de soutien à l’émergence (2,2 millions d’euros). 

Cette disproportion est indécente et décourageante pour les nombreux éditeurs indépendants qui œuvrent au pluralisme de l’information.

Une nécessaire remise à plat des aides à la presse


Le Spiil dénonce cette préjudiciable distorsion de concurrence et réclame un rééquilibrage d’urgence pour l’année 2021.

Comme la Cour des comptes dans son rapport de janvier 2018, le Spiil préconise une refonte globale de toutes les aides à la presse, autour de cinq idées :

Neutralité des supports : les aides ne doivent privilégier aucun support.
Proportionnalité selon l’usage et donc le lecteur : les aides doivent être attribuées en fonction de leur utilité démocratique et de leur impact sur le pluralisme, et non compenser des coûts de production.
Évaluation : mise en place d’indicateurs de performance sur le pluralisme de l’information. L’absence de ces instruments de mesure jette un doute sur la sincérité de l’objectif du soutien public au secteur.
Déontologie : les aides doivent encourager les éditeurs dans la voie de l’exigence déontologique, et notamment exclure les acteurs confondant contenus publicitaire et éditorial.
Redéfinition de l’IPG en Information Politique et Citoyenne (IPC) pour adapter le concept aux formats numériques.

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