Saône et Loire
Un mois en Saône-et-Loire : trois féminicides et un infanticide
Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI
Publié le 11 Juin 2022 à 06h00
Communiqué de presse du Planning Familial du 11 juin 2022
Aujourd'hui est un jour de deuil. Aujourd'hui est un jour de colère.
Aujourd'hui, nous sommes en deuil d'Audrey, assassinée par son ex conjoint le mois dernier, et en deuil de sa fille, également assassinée par ce même homme. Nous sommes en deuil d'Emma, assassinée il y a quelques heures par son petit ami, à Clessé. Elle avait quatorze ans et la vie devant elle. Nous sommes en deuil d'Eléonore, de Muriel, de Lisa, de Sihem, d'Evelyne, de Nana, d'Alessandra, de Dehbia, des 48 femmes françaises victimes de féminicides depuis le premier janvier 2022, et de toutes celles dont l'assassinat n'a pas été comptabilisé.
Nous sommes en deuil de toutes ces femmes tuées pour la simple raison qu'elles étaient femmes, ou perçues comme telles et, par là, perçues également par des hommes comme des objets dont ils pouvaient disposer puis casser comme bon leur semble. Nous pleurons pour elles, nous pleurons pour leurs familles, pour ces vies brisées.
Et pendant que nous pleurons nos mortes, pendant que nous demandons à l'Etat de prendre des décisions concrètes pour sa "grande cause quinquennale", pendant que nous hurlons pour tenter d'être entendues, pendant que le gouvernement se pavane et prétend s'inquiéter du sort des femmes et des personnes sexisées, nous voyons qu'en réalité les centres d'accueil pour les femmes victimes de violences conjugales reçoivent de moins en moins de subventions et doivent mettre les clefs sous la porte.
Nous voyons que les hommes ayant commis des violences conjugales ne sont pas spécifiquement surveillés, nous voyons que nos plaintes ne sont pas écoutées, alors que les chiffres, les statistiques pures et dures, nous disent que les auteurs de violences sont ceux qui risquent le plus de nous assassiner si nous essayons de les quitter.
Nous voyons que l'Etat refuse de déconjugaliser l'AAH, rendant les personnes handicapées dépendantes de leur partenaire, alors même que les femmes handicapées sont plus à risque que toutes les autres de vivre des violences conjugales.
Nous voyons que l'Etat, bien loin de s'engager avec toute la puissance dont il dispose, laisse des associations de bénévoles faire le travail d'aide et d'accompagnement, parfois même de sauvetage, qui devrait être le sien.
Nous voyons que les policiers et policières ainsi que les gendarmes manquent toujours cruellement de formations adéquates à l'accueil des victimes de violences sexistes et sexuelles, et nous devons faire face régulièrement à des refus de prise en compte de nos plaintes ou à des jugements qui relâchent des violeurs, quelle que soit la solidité du dossier. Nous voyons, insulte suprême, que des agresseurs et des violeurs accèdent aux plus hautes fonctions de l'Etat !
Alors oui, nous sommes en deuil, mais que nos représentants n'aillent pas croire que dans cette tristesse infinie qui est la nôtre, nous resterons passives. Notre deuil ne fait qu'exacerber notre colère, notre rage, même. Nous ne nous laisserons pas faire. Nous continuerons d'exiger la démission de Darmanin, de Damien Abad, de Dupont-Moretti et de tous les agresseurs et complices d'agresseurs que l'Elysée protège. Nous continuerons d'agir, à notre niveau, pour protéger nos soeurs, nos adelphes, victimes des violences du patriarcat et nous continuerons de lutter pour que ce qui est arrivé à Audrey, Albane, Sarah et Emma n'arrive plus jamais à aucune femme, à aucune personne perçue comme femme, à aucun enfant. Les femmes ne sont pas des objets, les femmes n'appartiennent à aucun homme, quel que soit leur classe sociale, leur couleur de peau, leur culture, leur santé. Les femmes sont des êtres humains à part entière et c'est à elle que doit revenir le droit à disposer de leur corps et de leur vie ! Aucun homme ne devrait plus se sentir le droit de vie ou de mort sur nous, juste parce que nous sommes femmes ou perçues comme telles. Tant que le patriarcat existera, nous le combattrons de toutes les manières possibles et à tous les niveaux. Nous n'oublierons aucune victime, ne pardonnerons aucun bourreau.
Le Planning Familial 71
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