Chalon sur Saône
Les infirmiers libéraux en colère : «Quitte à se faire saigner autant que ce soit pour la bonne cause !»
Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI
Publié le 10 Mars 2023 à 05h00
La colère monte chez les infirmiers libéraux. Près de 10 000 se sont déjà fédérés dans un collectif national, né fin 2022. Ce jeudi après-midi, une quarantaine d'infirmières libérales ont manifesté devant l'Établissement français du sang (EFS) de Chalon-sur-Saône, où elles sont venues donner leur sang. À travers cette action symbolique, elles expriment tout haut la souffrance de toute une profession. Plus de détails avec Info Chalon.
Les Infirmiers libéraux en colère, c'est le nom de leur mouvement et de leur collectif national né fin décembre 2022, suite à un reportage d'Élise Lucet, qui les a consacré «champions du monde de la fraude», dans son émission Cash investigation sur France 2.
«Nous nous sommes sentis très insultés, d'autant que ce n'était pas une enquête très poussée. Ce reportage à charge était la goutte d'eau en trop, puisqu'il est sorti en même temps que la loi de la Sécurité sociale, passée au 49-3», nous explique Fabienne, croisée à la sortie du Centre hospitalier William Morey de Chalon-sur-Saône.
Ce jeudi 9 mars 2023, de 14 heures à 16 heures, une quarantaine d'infirmières libérales ont manifesté devant l'Établissement français du sang (EFS) de Chalon-sur-Saône, où elles sont venues donner leur sang.
Un fait inhabituel pour une professions souvent discrète.
À travers cette action symbolique, elles entendent protester contre le manque de reconnaissance et de considération de leur profession.
Devenus un rouage essentiel de la santé sur nos territoires, les infirmiers libéraux sont un des maillons essentiels de notre société, puisque c'est eux qui assurent la continuité des soins post-ambulatoires, maintenir les personnes âgées à leur domicile et parfois les assister jusqu'à la fin...
Sauf que la coupe est pleine, les infirmiers libéraux sont en colère parce qu'ils se sont souvent tus et même trop souvent tus.
Ces travailleurs indépendants avaient jusque-là à cœur le bien-être de leurs patients et de maintenir leur cabinet rentable. Un équilibre devenu très difficile à trouver ces temps-ci.
Ce collectif Les infirmiers libéraux en colère, asyndical et apolitique, qui ne souhaite aucune récupération politique, a quelques revendications :
• une revalorisation des actes infirmiers, qui n'ont pas été revalorisés depuis 2009 malgré une inflation de 20% ;
• une revalorisation de frais de déplacement ;
«Aujourd'hui, nous nous déplaçons chez le patient pour 2,50 euros brut, soit environ 1,25 net», nous explique Camille A. Moreira, la porte-parole du collectif à Chalon-sur-Saône.
• le retrait de la loi 102 ;
• une retraite à l'âge de 64 ans.
«Avec cette loi, il faut savoir que nous avons le taux plein à 67 ans, à l'heure actuelle, sachant que nous avons sept ans d'espérance de vie en moins que la moyenne nationale. Nous aimerions que notre retraite passe à 64 ans, comme tout le monde déjà. Et que la pénibilité soit reconnue pour un départ possible à 60 ans», précise Camille.
Les infirmiers libéraux nous préviennent, si rien ne bouge, c'est la mort programmée d'une profession qui arrivera.
Et comme nous pouvons le lire sur un de leurs tracts, «une société sans infirmiers libéraux, c'est la santé de ville qui prend l'eau. Une société sans infirmiers libéraux, c'est l'hospitalisation illico».
Sur la quarantaine d'infirmières libérales présentes, toutes celles qui pouvaient donner leur sang l'ont fait. Elles appellent d'ailleurs les Chalonnais et les Grand Chalonnais à donner le leur. «C'est très important», conclut Sylvie Ciron, dit Picpic, une infirmière libérale de Gueugnon.
Une pétition a été mise en ligne.
Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati
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