Chalon sur Saône

A l’occasion de la 20e édition de la Semaine de la Danse, Théo Marion-Wuillemin, chorégraphe, danseur interprète, pédagogue, ancien élève au Conservatoire du Grand Chalon, est venu présenter une étape de travail de son nouveau solo 'Confessions'

A l’occasion de la 20e édition de la Semaine de la Danse, Théo Marion-Wuillemin, chorégraphe, danseur interprète, pédagogue, ancien élève au Conservatoire du Grand Chalon, est venu présenter une étape de travail de son nouveau solo 'Confessions'

Interview info-chalon

Comment et à quel moment la danse est-elle entrée dans votre vie ?

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours dansé. Très jeune, vers 3, 4 ans, j'accompagnais mes sœurs à leur cours de danse. Je regardais par la porte les différentes classes et j'ai tout de suite voulu les rejoindre. Je commence donc à danser dans une petite association de quartier, ensuite je rejoins le Conservatoire de Saint-Etienne, puis celui de Chalon, enfin j'intègre le CNSMD de Lyon. Et voilà déjà maintenant 6 ans que j'en ai fait mon métier ! 

Vous êtes originaire de la Loire. Qu'est-ce qui vous a amené au Conservatoire de Chalon-sur-Saône ?

Je suis resté une dizaine d'années au Conservatoire de Saint-Etienne. Je tente une première fois en 2012 l'audition pour rentrer au CNSMD de Lyon qui ne marche pas. Je croise en juin Lysiane Magnet qui était jury pour les examens de fin d'année au Conservatoire de Saint-Etienne. Elle me parle du Conservatoire de Chalon, et me dit qu'elle serait ravie que je le rejoigne. Ça faisait alors une dizaine d'années que j'étais avec les mêmes professeurs, les mêmes élèves, je me dis qu'il serait bien de changer d'air et de découvrir autre chose. Je prends ma décision et en quelques jours, j'organise ma venue à Chalon. 

Qu'y avez-vous trouvé ?

J'y ai trouvé une vraie effervescence chorégraphique. Je pouvais danser une vingtaine d’heures par semaine. J'ai fait pendant un an un double cursus Contemporain et Jazz. Je me souviens de cours de danse  avec des enseignant.e.s de qualité, généreu.x.se.s et investi.e.s dans leur travail. J'y ai aussi trouvé un groupe d'élèves plein.e.s de rêves et déterminé.e.s à se donner la chance et les moyens de les réaliser. Je crois que ce qui a fait la différence est que les profs étaient là pour nous pousser toujours plus loin, pour nous encourager à nous dépasser et pour nous donner des outils concrets pour nous préparer aux formations supérieures et au monde professionnel. J'y ai aussi trouvé de vrais ami.e.s avec qui je suis toujours en contact et que je peux aussi recroiser professionnellement. Il est clair que cette année à Chalon a porté ses fruits puisqu'après avoir raté l'audition pour intégrer le CNSMD de Lyon en 2012, je réussis en 2013, mais également celle pour le CNSMD de Paris et celle pour le CNDC d'Angers. 

C'est important pour vous de revenir à Chalon-sur-Saône et de rencontrer les élèves du Conservatoire?

C'est surtout émouvant et rempli de nostalgie. Revenir ici me fait replonger dans de nombreux bons souvenirs et me permet également de réaliser tout le chemin parcouru. Quand j'étais gamin, je rêvais de devenir danseur professionnel, de travailler avec de nombreux chorégraphes, de faire de la scène et de la création mon quotidien, de voyager, de partir en tournée... Aujourd'hui le rêve est réalisé. Et comme beaucoup de monde, quand on est dans le présent et dans son quotidien, on peut trouver ça dur, s'en plaindre, trouver des imperfections, avoir des moments de découragement... Revenir ici me ramène à l'enfant que j'étais et à ses rêves. Avec les pieds sur terre, je suis rempli de gratitude et de reconnaissance pour tout ce qu'on m'a apporté et tout le travail que j'ai fait pour arriver là où j'en suis aujourd'hui. 

Quels conseils pourriez-vous leur donner ?

Je leur dirais d'en profiter un maximum. Ces années sont précieuses, alors plongez dans la joie de danser, d'apprendre, de progresser et de découvrir.

Pour celles et ceux qui veulent en faire leur métier, je leur dirais qu'ils et elles sont au bon endroit. Bien sûr il va falloir travailler et s'investir mais je pense que vous pouvez trouver ici des clefs pour faire ça dans la joie et le plaisir. Je leur dirais aussi qu'il faut s'armer de persévérance. Que ce soit pour intégrer une formation supérieure ou le monde professionnel, ça risque de ne pas marcher du premier coup. Mais si on n’abandonne pas et qu'on persévère, on finira toujours par trouver notre place quelque part. Je leur dirais d'essayer de toujours se rappeler que si on fait ce métier, c'est parce que c'est notre passion et c'est ce qui nous rend heureux.ses. Je leur dirais de s'entourer d'amis et de gens qui les inspirent. C'est tellement plus enrichissant de travailler et de progresser avec des gens bienveillant.e.s autour de nous. Je leur dirais aussi d'aller voir le maximum de choses différentes, d'essayer d'ouvrir le maximum de portes. Allez voir ce qu'il se passe ailleurs, allez prendre des cours, des stages, des workshops de partout, allez voir un maximum de spectacles. Vous n'en serez que plus fort.e.s quand vous reviendrez. Je leur dirais enfin de ne pas avoir peur de l'échec. Parce que c'est inévitable dans ce métier (et sûrement dans la vie). L'échec c'est bien, c'est bon et savoureux ; c’est l'occasion de se poser et de réfléchir à ce qui n'a pas marché pour faire mieux la prochaine fois. 

Pour celles et ceux qui ne veulent pas en faire leur métier, je leur dirais qu'ils et qu'elles ont une grande chance d'être ici aujourd'hui. C'est sûr que ces années et cette expérience au Conservatoire restera dans leur mémoire. Alors profitez, éclatez vous, faites vous plaisir. 

En 2020, vous créez la Compagnie Théo MW -  Com Corpus, pouvez-vous nous en dire plus ?

A côté de mon activité d'interprète j'ai toujours créé. J'ai commencé pendant ma formation au CNSMD de Lyon et je n'ai jamais vraiment arrêté. Alors en 2020, j'ai décidé de créer ma propre compagnie pour être autonome et maître de mon travail de création. La Compagnie a aujourd'hui réalisé 2 créations : ‘Without’, une pièce in situ qui mélange danse contemporaine et musique électronique, et ‘BOILER’, un trio de théâtre physique qui parle de la résurgence de traumatismes. Les activités de la Compagnie sont orientées selon 3 grands thèmes : recherche, création et transmission.

Quel est votre fil conducteur ? Qu'est-ce qui vous inspire ?

J'aime dire que je suis un créateur d'émotions et de sensations. Je m'inspire de l'être humain pour emmener le spectateur dans un voyage hypnotique et naviguer à travers une poésie inattendue, engagée et grinçante. Sociologie et psychologie sont les bases d'un travail pluridisciplinaire qui fait dialoguer chorégraphie, théâtre physique et musique. Nos manières d'être, de penser, d'agir, de réagir et de cohabiter influencent les réflexions de mon travail.  

Sur quel projet travaillez-vous en ce moment ?

Je travaille en ce moment sur la création d'un solo. 'Confessions' est une pièce où je me livre, où je me mets à nu pour dévoiler mon histoire, mes cicatrices et mes joies. Je n'en suis aujourd'hui qu'aux prémices de cette nouvelle recherche qui se base sur la mise en mouvement de mon corps, de ma danse, de mon intimité pour essayer d'y trouver l'universalité. Une première version de 15 minutes sera jouée pour la première fois fin juillet au Top Floor Festival à Bruxelles, puis en septembre à Gdansk en Pologne et au Théâtre des déchargeurs à Paris. Une version d’une heure est prévue pour fin 2024, début 2025.

C'est un extrait de ce solo que les spectateurs de la Semaine de la Danse du mercredi 29 mars ont eu le privilège de voir sur la scène du Conservatoire.

SBR - Photo transmise par Théo Marion-Wuillemin pour publication. Crédit photo : Fabrizio Crestale