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Info-chalon.com a lu pour vous "Le tombeur du Général" de Christine Clerc

Et si, le Général de Gaulle et Dany Cohn-Bendit s’étaient rencontrés au plus fort des « évènements », de la « révolution » de mai 1968 ? C’est le cœur du dernier livre de Christine Clerc, longtemps journaliste au Figaro.

La lecture est plaisante, la rencontre amusante et la révision de la période rigoureuse dans les faits. On connaît l’admiration de Christine Clerc, longtemps grande reporter politique au Figaro pour le Général de Gaulle et le côté conservateur de l’échiquier politique. A la lecture, la sympathie de l’auteur penche évidemment davantage du côté du plus célèbre habitant de Colombey-les-Deux-Eglises que vers le désormais bi-national lutin des amphis enflammés. Deux parties dans ce livre : d’abord une réécriture plaisante et exacte des faits, un récit qui débute le 5 mai 1968 au palais de l’Elysée puis la fiction, le roman d’une rencontre qui comme la guerre de Troie chez Giraudoux n’a jamais eu lieu, le dialogue dans le bureau du président de la République entre deux figures françaises historiques, la nuit du 28 au 29 mai.

Opposer un récit très précis de ce mois de folie - devenu un horizon indépassable pour tous les révolutionnaires d’aujourd’hui voulant renverser le système et hantise de la « chienlit » pour les citoyens les plus attachés à l’ordre - avec un dialogue imaginaire fait de ce récit à moitié fantasmé une lecture printanière agréable, mâtinée d’une révision d’un mois historique précis et bienvenu. On s’amuse à décrypter la rivalité feutrée mais forte du premier ministre Georges Pompidou et du héros de la Libération à ce moment crucial. Et exploit créatif, ce livre pourra plaire aux admirateurs du Grand Charles comme à ceux de Dany ex rouge-vert, qui désespéré par la gestion de François Hollande s’intéresse désormais en 2016 à Alain Juppé (si !)... En racontant et rêvant simplement  les états d’âme de l’un et de l’autre, Christine Clerc réussit à mettre en lumière l’humanité de chaque protagoniste, qui fut rebelle à des moments différents du XXe siècle. Même au cœur de la crise et de ce printemps français particulier, n’est-ce pas l’essentiel ?

 

Florence Genestier

« Le tombeur du général », de Christine Clerc, Allary Editions, 19 €.

 

Extraits

« En fait, mon général, il n’éprouve aucune haine personnelle pour vous. Son itinéraire de juif apatride et l’influence de son frère Gabriel, un idéologue gauchiste, l’ont conduit à rejeter toute forme de patriotisme et toute hiérarchie de pouvoir. C’est profondément, un anarchiste. Comme il a une voix, un style, qui tranchent avec ceux des politiciens, des apparatchiks et des professeurs, comme il enfreint gaiement tous les tabous, il a provoqué chez les jeunes une espèce d’explosion de liberté et de joie. Ca l’a grisé, forcément : tribun populaire à 23 ans, dans un pays qui n’a pas voulu lui donner sa nationalité »

« Tout le monde l’y voit déjà. Même son propre fils, Philippe de Gaulle « Papa, lui a-t-il dit la veille au soir, il faut bien voir que votre règne est fini ! » Comme s’il ne le savait pas ! Comme s’il n’avait pas entendu que les Français étaient aussi fatigués de lui qu’il est fatigué d’eux ! « C’est mon départ qu’ils réclament, répètent-ils. C’est à moi qu’ils en veulent. Ils veulent ma mort ! » Mais il y a la France. Jusqu’au bout, il tentera de la sauver de l’abîme. »

« Cohn-Bendit s’exécute et revient avec les deux verres, en couvant De Gaulle d’un regard presque affectueux. Celui-ci hoche la tête.

-          Merci. Ça va mieux, vraiment. Merci. Et maintenant qu’allez-vous faire ?

-          En sortant d’ici, je vais faire la surprise à mes camarades de reparaître à la Sorbonne…

-          Mais vous n’êtes pas un peu lassé de ce jeu ? Qu’allez-vous faire après ? Quand vos camarades seront retournés à leurs cours ? Quand tout sera fini, soit que les communistes aident Pompidou à rétablir l’ordre…

-          Les communistes ? Ou l’armée ? On dit qu’elle se rapproche de Paris. Des centaines de fusiliers marins seraient partis de Toulon. Les parachutistes de Carcassonne et de Castres arrivent au camp de Frileuse. Deux brigades motorisées seraient attendues à Maisons-Laffitte. Vous avez pris vos précautions !

-          -On ne pouvait pas faire moins. J’espère que vous n’irez pas vous faire tirer dessus ! Ne commettez pas cette folie !

-          -Jusqu’à présent, franchement, j’ai plus souvent détourné la violence en amusant la galerie que je ne l’ai attisée. Chacun de son côté, le préfet Grimaud et moi, on s’est donné beaucoup de mal pour éviter le pire. Tant qu’il ne s’agissait que de calmer de jeunes exaltés qui voulaient mourir sur les barricades comme chez Victor Hugo, ça allait. Mais maintenant, on voit apparaître de plus en plus de petits groupes de provocateurs ultra-violents, venus d’on ne sait où. »

Le général Charles de Gaulle est mort en 1970. Christine Clerc lui a consacré plusieurs ouvrages dont le dernier en date « Tout est fichu !, les coups de blues du Général » Albin Michel.

Daniel Cohn-Bendit fêtera le 4 avril son 71e anniversaire. Il vient de publier « Si on arrêtait les conneries » chez Fayard. Il a lancé une campagne de crowdfunding pour financer un documentaire sur la démographie et partir filmer en Inde : http://www.kisskissbankbank.com/la-demographie-avec-dany-cohn-bendit. Une bête rumeur affirme qu’il prépare un livre fashion sur le port du T-shirt à col rond sous la chemise pour clamer son horreur de la cravate...

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