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De Givry à Paris, le pianiste sans frontières Mathieu Picard s'affranchit de la normalité avec son spectacle "Moi Je", tribune pour l'agglutination musique-chanson-théâtre

Il était doué d’un sens aigu du spectacle, qui a commencé à provoquer très jeune un bouillonnement intérieur de prime abord à Givry, berceau familial aidant, de façon informelle en compagnie de ses camarades de jeu placés sur la même longueur d’onde. Interview pour info-chalon.com de Mathieu Picard, garçon attachant et méritant.

Avant qu’il ne gravisse les échelons un par un en étant canalisé, puis en développant  son substrat technique à des niveaux supérieurs, lesquels mènent, un beau jour, à l’acmé de son facteur de production dans les règles de l’art, par le biais de la pédagogie, ainsi que par la démonstration publique de son savoir-faire. Interview pour info-chalon.com de Mathieu Picard, garçon attachant et méritant.

Qu’il semble désormais loin le temps où un jeune homme déclamait ses tirades avec ses amis en toute liberté au pied d’un immeuble givrotin…

« Pas tant que ça. J’ai l’impression de m’en rapprocher, avec ce spectacle. En fait, j’avais « perdu le contact avec le théâtre », parce que j’ai fait beaucoup de musique classique. Ce rapport au théâtre et au public me manquait, vraiment, et c’est en partie pour cela que j’ai monté ce spectacle. Du coup, je ne vais pas dire que je me sens vingt ans en arrière, ce n’est pas ça, mais j’ai la sensation de retrouver ce même plaisir, et donc de me rapprocher d’il y a quelques années en bas des immeubles HLM…On est restés très proches, amis, vraiment. On se voit moins, parce que la vie et le temps font que… »

Si on vous avait dit à l’époque qu’un jour vous en seriez là…

«Ce n’est pas que je ne l’aurais pas cru, mais quand on est petit, jeune, que l’on fait ce qu’on aime, c’est-à-dire que ma passion c’était le théâtre, on est loin d’imaginer ça ! Après, on a tous des rêves de gamin…De toute façon quand on fait du théâtre ou quand on est sur scène, avec quand même un minimum de narcissisme, on se dit que l’on aimerait bien « aller plus loin », « faire plus », etc. mais jamais je n’aurais imaginé faire de la musique comme métier, puis ensuite du théâtre. Je pense par contre que tout cela s’est fait naturellement au fil de mes années professionnelles sans que j’y réfléchisse. Loin de moi l’idée d’imaginer il y a quelques années que je monterais ce genre de spectacle. L’autre jour je faisais un concert à Castres, quelqu’un me posait la question, et je disais que je devais beaucoup à mes parents, ma famille, parce qu’ils sont très ouverts d’esprit, et m’ont toujours fait confiance.

A l’école publique également. Je m’aperçois  qu’autour de moi, dans les musiciens que j’ai côtoyés au CNSM, au Conservatoire de Paris, il y a beaucoup de gens qui sont issus de familles musiciennes et professionnelles, qui ont grandi à Paris dans les grandes classes à horaires aménagés, les grands lycées parisiens musicaux. Je n’ai pas eu ça, mais en fait l’école publique m’a vachement porté. A la maison je ne vais pas dire qu’il n’y avait rien, mais mes parents n’ont pas fait d’études, en revanche on écoutait beaucoup de musique, ça c’est sûr. Tout ce qui est ensuite développement intellectuel, c’est l’univers public, et si j’en suis là aussi, c’est que j’ai pu bénéficier à l’école comme au Conservatoire publics d’une qualité d’enseignement, de la richesse, et puis la gratuité de l’enseignement, ça compte véritablement. » 

Comment s’est passé ce premier rendez-vous du 29 novembre avec le public ?

« Très bien ! C’est là que je me rends compte que j’aime vraiment cette forme, parce que mélanger la chanson, la musique, le théâtre, je me sens très bien sur scène, et l’accueil a été assez chaleureux. Tout cela m’encourage pour la suite. » 

A qui rendez-vous hommage dans « Moi Je » ?

« A plein d’artistes qui ont été mes modèles depuis mon adolescence. Ce sont plutôt des artistes de variété à la base, avec des chansons françaises, comme Michel Berger, Véronique Sanson, découverts quand j’étais ado. Il n’y a pas qu’eux, Barbara, Queen… et puis tous mes modèles classiques : Bach, Brahms, Schumann…Beaucoup de compositeurs et de musiciens qui m’ont marqué,  m’ont construit musicalement. C’est un hommage, mais aussi je détourne aussi les codes, c’est-à-dire que le fait de mélanger tout ça, c’est aussi une sorte de pied de nez au milieu classique dans lequel j’ai évolué quand j’ai fait mes études. Je ne me moque cependant pas, c’est plutôt une manière de dire que j’aime tout ça, et que je n’ai plus envie de choisir. »  

Vous écoutera-t-on un jour en Saône-et-Loire ?

«C’est fort possible, mais je ne peux rien dire de précis pour l’instant. »

Avez-vous l’impression d’avoir brisé des chaînes en désacralisant en quelque sorte la musique classique ?

«Je ne sais pas si c’est « à moi de le dire ». Au départ, ma démarche n’était pas une réflexion théorique sur le milieu de la musique, c’est très personnel. Il y a un an, à ce stade-là, je n’avais plus envie de faire un concert uniquement classique, assez traditionnel, en enchaînant les sonates, etc. et je ne voulais pas non plus faire un concert où j’enchaînais une sonate, une chanson, etc.  pour tomber dans le schéma classique. C’est pour cette raison que j’ai trouvé cette forme théâtrale qui me convient bien, car ça mélange du théâtre, il y a un scénar bien précis et écrit. Donc, est-ce que j’ai désacralisé, je n’en sais rien…peut-être !

C’est montrer que quand on est musicien classique, ce que je suis, on peut aussi avoir des tas d’autres passions, des goûts musicaux très différents, et que rien n’est contradictoire en fait. C’est vrai que pendant longtemps, et encore aujourd’hui, certains ont une image poussiéreuse de la musique classique, alors que lorsque l’on navigue dans ce milieu, on se rend compte qu’il y a des musiciens classiques hyper-jeunes, hyper-modernes d’esprit, etc. mais après, quand ils se produisent sur scène, ça reste très classique. Ce que je voulais, c’était dire que j’étais musicien classique à la base, mais que j’avais envie, et que je sais faire plein d’autres choses. Si en plus ça dépoussière, tant mieux. »

Quelles ont été les opinions de vos pairs ?

«Eh bien, assez encourageantes là-dessus. Après, je n’ai pas les avis de tout le monde pour l’instant, mais c’est vrai que les gens vers lesquels je suis venu pour présenter le projet, mes pairs au niveau classique pour le coup, ont accueilli vraiment avec joie le spectacle. Je pense que ça correspondait à leur conception d’un monde musical ouvert, pour l’heure c’est assez bien reçu. Pourvu que cela dure ! Après, il y aura forcément des critiques de la part des musiciens classiques purs, je m’attends à ça. » 

Est-ce une voie que vous suivrez dorénavant, ou s’agit-il simplement d’un pas de côté sans suite ?

« Le fait que je me sente vraiment très à l’aise dans cette forme, j’ai l’impression d’avoir trouvé mon mode d’expression, pour le moment en tout cas, après on ne sait pas ce qui peut se produire…En tout cas c’est quelque chose que j’ai envie de creuser. »

Créer un spectacle et l’interpréter seul sur scène, est-ce un pari risqué, ou l’assurance d’une prestation gagnante ?

« Je le sens comme un plus, parce que c’est quelque chose que j’ai écrit, donc corporellement, tout ça, je l’ai vraiment plus intégré. Mais ça peut être un pari risqué, car quand on est seul on n’a pas de recul, c’est pour ça que j’ai fait appel à une metteure en scène(Laurène Thomas NDLR) pour avoir un regard extérieur. Pour me guider également sur les plans de la scénographie, de la mise en scène, et de tous un tas de choses, parce qu’on ne peut pas tout savoir. On ne peut pas avoir un regard critique tout le long.»

A quelle hauteur situez-vous la pédagogie et le récital ?

«C’est marrant comme question, car ça m’a toujours intéressé. C’est au même niveau et aussi important l’un que l’autre. En fait, un spectacle comme celui-ci, la volonté ce n’est pas de transmettre ni une doctrine, ni une pédagogie, ni une réflexion, c’est plutôt transmettre un goût multiple pour la musique. C’est une forme de transmission qui va au-delà de la pédagogie, parce que la pédagogie, surtout comme je l’ai faite pendant cinq ans avec les enfants de l’école, c’est aussi se lever en se disant : ce que j’ai envie de leur donner, là, c’est ma passion pour la musique. Donc, la création, le théâtre et la pédagogie se rejoignent par la transmission de la passion en fait. J’ai un nouveau poste au Conservatoire avec des étudiants depuis un mois, et je me rends compte que, même si j’ai changé de public, ce qui n’anime autant c’est la transmission de ma passion pour la musique. »

Comment se dessine votre avenir ?

«Je suis pianiste aussi dans un chœur parisien d’enfants qui s’appelle « Les Polysons », et du coup question projets il y a des tournées partout jusqu’à 2021 ! »

Une petite virée dans la capitale afin de se friser les moustaches ?

Exit les 29 novembre et 6 décembre, place maintenant aux prochaines séances qui se dérouleront comme suit au Théâtre Comédie Nation, situé dans le 11ème arrondissement de Paris :

-les vendredi 13 et samedi 28 décembre à 19h

-le mardi 31 décembre à 19h

-les samedis 18, 25 janvier, 1er février, ainsi que le dimanche 8 février, à 21h à chaque fois

 

Crédit photo : DR                                                                       Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                                      [email protected] 

 

 

 

 

 

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