Chalon sur Saône

Nouvelle manifestation en soutien à la famille Yeganyan devant la mairie de Chalon-sur-Saône

Plus de 150 personnes se sont à nouveau rassemblées, ce lundi matin, devant la mairie de Chalon-sur-Saône en soutien aux Yeganyan, une famille d'Arméniens enfermés dans un centre de rétention et sous l’effet d'une expulsion. Plus de détails avec Info Chalon.

À 8 heures 30, ce lundi matin, plus de 150 personnes s'étaient rassemblées devant la mairie de Chalon-sur-Saône pour exiger la libération d'Edvard (Édouard) et Gayane Yeganyan, un couple d'Arménien et de leur fils, Tigrane, âgé de 20 ans, qui était en passe de terminer sa formation de CAP d'agent de sécurité.


Si rien est fait, ils seront expulsés vers l'Arménie où un sort peu enviable les attend.


À leur arrivée en France, en janvier 2015, le couple a fait une demande d'asile, expliquant les problèmes de racket et de violence qu'il a subi en Arménie. Edvard a reçu des coups de couteau pour avoir voulu rompre le cercle infernal de "l'impôt" de la mafia locale et son magasin a été brulé. Les persécutions que les Yeganyan ont subies les ont profondément marqués.


D'ailleurs, conséquence de son agression, Edvard a eu de graves problèmes de santé. Il avait alors obtenu un titre de séjour pour raisons médicales. Les hépatites dont il souffrait stabilisées, sa carte de santé n'a pas été renouvelée.


Pourtant, Edvard a obtenu une promesse d'embauche en CDI mais rien y fait...


Cette promesse d'embauche est d'ailleurs toujours effective si le préfet acceptait de les sortir du centre de rétention administrative et lui donnait à lui et à sa famille des titres de séjour pour travailler.


5 ans après leur arrivée, les Yeganyan se sont intégrés à la vie et à la société française.


Les parents ont rapidement fait du bénévolat. Tous les deux donnent de leur temps à la Soupe Populaire.


Gayane, ayant moins de soucis de santé, est très active, notamment auprès de la paroisse Saint-Paul, la Banque alimentaire et au Restos du Cœur.


«Gayane est toujours partante pour aider les associations. L'ASTI a bénéficié de ses talents culinaires lors des spectacles», dira, à son sujet, le Père Stéphane Boyer, président de l'Association de Solidarité avec Tous les Immigrés (ASTI).


Très communicative, cette courageuse mère de famille a très vite appris à parler le français.


Hélas, les deux promesses d'embauche obtenues par Gayane n'ont pas été retenues par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE).


En garde à vue avec ses parents, Tigrane n'a pas pu valider son CAP, il doit passer une séance de rattrapage, en septembre prochain.


«Mais le pourra-t-il puisqu'il est en voie d'expulsion?», s'interroge le prêtre.


Pire, Tigrane n'a pas fait le service militaire obligatoire dans son pays d'origine.


«La police (arménienne) va lui régler son compte, il risque d'abord la prison et l'envoi sur la frontière avec l'Azerbaïdjan, où la guerre avec l'Arménie tue chaque mois», prévient le Père Stéphane.


Très appréciés, la famille a lié des liens d'amitiés avec de nombreux Chalonnais.


«Nous en avons de nombreux témoignages. Des pétitions nombreuses ont été remises au préfet, il y a quelques mois, demandant leur régularisation et montrant le soutien de tant d'amis», déclare le Père Stéphane.


«Alors?! Qu'adviendra-t-il de ses grands-parents et de ce frère, littéralement arrachés à la vie de leur fille et sœur! Lusiné pleure et souffre. Impossible de penser qu'on peut les condamner, elle et ses enfants, à ne plus voir ses parents et son frère. Nous savons que s'ils étaient renvoyés en Arménie, ils n'obtiendront jamais de visa pour pouvoir venir visiter leur fille et leurs petits-enfants en France», poursuit ce dernier.


Lusiné, la fille du couple, est régularisée et a deux enfants, un garçon, né en 2018, et une fille, née cette année.


«Le retour en Arménie signerait de nouveau des menaces, de la violence pour eux trois. Les parents n'ont plus rien, les persécutions vont reprendre, la mafia n'oublie pas...», avertit le président de l'ASTI.


La nouvelle de leur arrestation avait suscité un grand émoi au sein de la communauté arménienne de Chalon-sur-Saône.


«Je ne comprend pas qu'on s'acharne sur une famille sans histoires qui essaye de se reconstruire. Ils sont gentils comme tout et ne ménagent pas leurs efforts pour s'intégrer», s'insurge Toros*, un ami de la famille.


Vendredi, à 8 heures, lors d'une première manifestation de soutien à la famille, devant les grilles de la sous-préfecture, une délégation des manifestants avait été reçue par Jean-Jacques Boyer, sous-préfet de Chalon-sur-Saône.


Le même jour, les Yeganyan, détenus, depuis jeudi, à l'issue de leur garde à vue au commissariat de Chalon-sur-Saône et suite à une assignation à résidence datée du 13 août, au centre de rétention administrative de Metz (Moselle) ont été transférés à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle pour procéder à leur expulsion du territoire national. Comme la loi leur permet, ils ont refusé d'embarquer dans l'avion.


«Imaginons un peu... mettons-nous à leur place!», s'exclame le président de l'ASTI.


«Ce matin, un nouveau recours va se dérouler devant le juge au CRA. Leur souffrance doit cesser, nous sommes totalement solidaires, pour les soutenir et appeler à l'aide Monsieur Charles, le nouveau préfet. Il peut les faire libérer du CRA de Metz et revoir leur situation, leur avenir, leur VIE», explique le Père Stéphane.


«Tous ensemble, nous demandons le retour de cette famille exemplaire!», s'exclame ce dernier avant de céder la parole à Jacques Tatreaux des Accompagnants au Commissariat de Chalon-sur-Saône.


«Après le rejet d'un premier recours, un nouveau recours aura lieu ce lundi matin au CRA, d'où l'importance de se mobiliser nombreux. Nous lui communiquerons un courrier demandant une audience dès le mardi si possible puisque, à tout moment, le préfet peut arrêter l'expulsion de cette famille», explique le militant.


«De plus, lundi matin est aussi le jour d'entrée en fonction du nouveau préfet de Saône-et-Loire et nous souhaitons qu'il puisse entendre parler de cette situation dramatique dès son arrivée, sans toutefois gêner son installation» poursuit ce dernier avant de revenir sur le cas préoccupant du jeune Tigrane :«Nous rappelons que Tigrane n'ayant pas répondu à l'appel de l'armée sera considéré comme déserteur. Il risque d'être emprisonné dans son pays et envoyé sur le front de la guerre avec l'Azerbaïdjan où il a toutes les chances de mourir. Pratique courante pour punir les "traitres"».


Un message en arménien a également adressé par Léon Hovanisyan, gérant de La Suite, à destination des membres de la communauté, venus en grand nombre par solidarité avec les Yeganyan et des anonymes ayant connu la famille se sont succedé au micro afin de témoigner de leur soutien.


Étaient également présents, Aline Mathus-Janet, présidente de la Section Chalonnaise de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), Danielle Berthier, présidente de PEL'MEL, Dolorès Arnao, co-trésorière de la section du Parti Communiste Français (PCF) du Grand Chalon, Nathalie Leblanc, conseillière régionale et municipale (Socialistes), Alain Rousselot-Pailley, conseiller municipal (LREM), Christophe Regard et Mourad Laoues, conseillers municipaux de la liste écologiste et citoyenne, Bien Vivre à Chalon, pour ne citer qu'eux.


* Prénom modifié pour garantir son anonymat.

 

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche