Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - « Aujourd’hui la justice intervient, et c’est bien »

Vers 21h40 ce samedi 14 décembre la gendarmerie de Couches reçoit un appel au secours émanant d’une commune alentour. Au bout du fil, un homme. Il a 33 ans. Il se dispute avec sa compagne, les coups tombent, il a peur de ce qui peut se passer, il se fait peur. Non, il ne peut pas s’éloigner. Il purge une peine de prison sous bracelet électronique. S’il sort de la maison, il déclenche une alerte d’évasion. Les gendarmes interviennent sans traîner.

Sans surprise, ils étaient tous les deux cuités. Sa compagne a décrit des scènes de violences réciproques ce soir-là, mais aussi des scènes où il avait le dessus, il l’a étranglée jusqu’à ce qu’elle en perde connaissance. Leurs enfants, quatre enfants âgés de 4 à 11 ans, étaient au domicile. Le prévenu a 7 mentions à son casier, pour des conduites sans permis, sans assurance, et sous l’empire de stupéfiants. Dès ses 15 ans il est accro au cannabis, jusqu’à 20 joints par jour, jusqu’à ne plus être jamais dans un état de conscience non transformé. Il s’est fait « soigner », il est devenu alcoolique. Depuis, ce sont des bières quotidiennes et du whisky en renfort, pour être le moins souvent possible dans un état de conscience nue, sans doute parce que ça lui est insupportable.

« Comment peut-on être aussi violent ? Vous étiez en pleurs, vous disiez ‘j’aurais pu la tuer’ »

Sa compagne ne pose pas plainte, veut qu’il revienne à la maison, mais « va réfléchir », expose la présidente Verger qui interroge l’auteur principal : « Comment peut-on être aussi violent ? Vous étiez en pleurs, vous disiez ‘j’aurais pu la tuer’. » « Je dois être puni pour ce que j’ai fait à ma femme, dit du box ce père de famille nombreuse. Elle ne mérite pas ça. J’ai été un monstre ce soir-là, j’ai été horrible avec elle. C’est juste pas possible que ça recommence. » Le ministère public est de cet avis : « Il est l’exemple type de ce que la justice produit de moins bon. Il y a souvent un dévoiement du sens de la peine. C’est quelqu’un qui a été condamné à 7 reprises et qui n’est jamais allé en prison, ses peines ont été aménagées. Comment voulez-vous que ça prenne sens ? »

« Il est sous main de justice et tente d’étrangler sa femme »

Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, développe sa position : « Quel a été le sens de ce placement sous bracelet électronique avec quelqu’un qui n’a fait guère d’efforts, avec une agressivité latente qui se transforme en violence. Il est sous main de justice et tente d’étrangler sa femme, et les enfants sont là. Est-ce qu’aujourd’hui on prend acte ? Est-ce qu’aujourd’hui on fait le job ? Madame dit qu’elle ne sent pas en danger mais il ne faut pas écouter cela, on sait que ces victimes sont perdues. » Elle requiert 15 mois de prison dont 7 assortis d’un SME, incarcération immédiate pour la partie ferme et interdiction à sa sortie de paraître au domicile conjugal, interdiction de rencontrer la victime.

« Il n’est pas trop tard » plaide l’avocate…

L’avocate qui intervient pour la défense du prévenu entend bien faire le job. « Il n’est pas trop tard, commence maître Carle-Lengagne. On a un couple qui a mis la barre très haut : ils se sont connus très jeunes. C’est un couple très aimant, mais la barre est haute. Monsieur a connu des violences. Son père frappait sa mère. Il a un jour trouvé sa mère dans la baignoire, baignée de son sang : elle avait la mâchoire éclatée. Second problème : son addiction. Il a remplacé le cannabis par l’alcool, il n’est sevré de rien du tout. »

… mais il était temps que des tiers interviennent

« Alors, on a ce couple qui fonctionne en dehors de la justice, mais c’est bancal et difficile. Le maire avait fait un signalement, pour des petits soucis d’hygiène et de tenue des enfants. La maman est réputée pour partir en furie facilement contre les enfants. Tout est difficile, et puis il y a cet épisode. Ce soir-là, ils sont pris dans une spirale. Aujourd’hui la justice intervient, et c’est bien. Il est temps, et il n’est pas trop tard. A cause du bracelet il ne peut pas s’en sortir sans intervention extérieure. Il appelle les gendarmes, il sait qu’il faut que ça s’arrête. Il ne nie rien. Il a déclaré : ‘j’ai besoin d’aide psychologique, on aurait besoin d’être aidé dans notre couple’. Il appelle au secours. Est-ce que ce n’est pas le moment de faire intervenir des tiers ? C’est une famille qui peut avancer, mais pas seule, il lui faut des aides médicales et sociales. »

Le tribunal ordonne une pause, le prévenu est incarcéré, mais il y a du possible

Au début de la plaidoirie, le prévenu semblait hagard. A sa fin, il est défait. Il sanglote. « M’enlevez pas ma femme et mes enfants. Mettez-moi en prison si vous voulez, mais me les enlevez pas. »
Le tribunal le condamne à 12 mois de prison dont 8 mois seront assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligations de soins, de travailler, de suivre un stage de sensibilisation aux violences intra-familiales. Le tribunal décerne mandat de dépôt pour la partie ferme : outre la sanction, une pause s’impose.

Florence Saint-Arroman

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche