Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 18 personnes détenues au centre pénitentiaire de Varennes le Grand ont refusé de réintégrer leurs cellules.

Samedi dernier, le 21 mars en fin d’après-midi, 18 personnes détenues au centre pénitentiaire de Varennes le Grand ont refusé de réintégrer leurs cellules. L’un d’eux a mis le feu à une poubelle. Le feu n’a pas vraiment pris, et il l’a finalement éteint, avec un autre. N’empêche que deux gendarmes l’ont extrait et qu’il est dans le box des comparutions immédiates, ce lundi 26 mars.

Le président Grandel ordonne « la publicité restreinte » de son audience, se référant à l’ordonnance du 21 mars dernier, « compte tenu des circonstances de l’épidémie », et demande aux présents de respecter les distances. Il se soucie des gendarmes, mais à 3 dans le box il est impossible de respecter cette nouvelle règle. 

 

Le pic épidémique* n’est pas encore atteint

Concernant les infractions commises dans les prisons en temps de confinement national pour cause sanitaire, la ministre de la justice a demandé des réponses fermes, comme on dit, pour réprimer toutes les velléités d’ajouter des difficultés aux difficultés.

Si ce lundi, l’administration pénitentiaire nous déclarait que des mesures drastiques permettaient « à ce jour » de contenir la propagation du virus, ce jeudi, soit 4 jours plus tard, on apprend qu’ici et là, des détenu(e)s sont atteints (2 aux Baumettes, 3 à Perpignan, etc.), mais on apprend aussi qu’à la prison de Longuenesse, un surveillant est hospitalisé et un détenu est en état d’urgence absolue suite à deux feux de cellules, actes sans rapport avec la crise corona, mais qui pèsent bien plus lourd dans ce contexte.  

 

Les prisons en temps d’épidémie Covid19 ? « Une poudrière sanitaire »

Selon la ministre, au total 10 détenus ont été testés positifs au Covid19, et environ 450 présentent des symptômes. Or on sait désormais qu’un des facteurs qui conduit à l’état  d’urgence sanitaire et au confinement, est que ce virus est très contagieux et d’autant plus qu’il l’est pendant la période d’incubation des porteurs (lesquels, ne se sachant pas malades, continuent leurs activités normalement, et diffusent le virus à leur insu).

Le syndicat national de la magistrature parle, lui, de « poudrière sanitaire », et ce ne sont pas les libérations conditionnelles qui se font au compte-goutte qui pourront l’enrayer selon ce syndicat comme selon l’Observatoire national des prisons.

Alors bien sûr « le contexte » fait office d’amplificateur et il n’est pas indifférent que la presse doive continuer à couvrir les audiences (cf. article 7 de l’ordonnance du 25 mars 2020) : l’institution ne laissera rien passer, il faut le faire savoir.

 

6 mois de prison ferme, non aménageable

C’est ainsi que ce jeune homme de 23 ans qui a cumulé les infractions et les peines ces deux dernières années « à cause d’une rupture (sentimentale) et de l’alcool », ce jeune homme père d’une petite fille qu’il ne voit jamais (« de base c’était un accord, et là, ça s’est empiré ») - ce garçon sans diplôme, qui avait travaillé de nuit « dans les volailles », qui vivait à Louhans chez sa mère, laquelle serait alcoolique, est condamné à 6 mois de prison ferme, avec mandat de dépôt. « Le tribunal exclut toute possibilité d’aménagement de cette peine. »

Les magistrats, juges et procureur, se sont relayés pour insister sur sa responsabilité accrue « dans ce contexte ». Même si on entend bien qu’il fait l’objet de menaces, qu’il ne veut pas d’ennuis avec d’autres détenus, qu’il a demandé il y a un mois, dit-il, à changer d’étage mais qu’il n’a pas eu de réponse ; même si on entend bien qu’il est influençable : il a l’âge de prendre ses responsabilités et de faire des choix. « C’est une infraction qui n’est pas banale, monsieur encourt 10 ans de prison », rappelle le procureur avant d’en requérir 8 mois.

 

En ce moment, « on connaît tous la peur et l’enfermement »

Le prévenu est plutôt désarmant. Un des assesseurs lui demande quel était « l’objectif de base » quand il a mis le feu. Réponse candide : « C’était pour le parloir et les cantines. Mais moi j’ai pas de parloir, de toute façon, et en plus, vu le Corona, c’est mieux qu’il n’y ait pas de parloir. » Le juge lui explique que la possibilité de sortie anticipée vu le risque d’épidémie dans les prisons, vient de lui passer sous le nez, parce qu’il a participé à cet incident.

Maître Reynaud plaide le contexte lui aussi : « On a tous plus ou moins la trouille, on connaît tous la peur et l’enfermement, ça nous invite à comprendre d’autant mieux ce que vivent les personnes enfermées dans les centres pénitentiaires. » L’avocat plaide également « un repentir actif », puisque « il a participé à éteindre le feu ». 
Le contexte semble l’emporter. Le tribunal a toutefois réduit la peine requise. 

 

Florence Saint-Arroman

 

Un communiqué des Nations Unies, en date du 25 mars, demande aux gouvernements de « prendre des mesures d’urgence afin de protéger la santé et la sécurité des personnes en détention et dans d’autres centre fermés ». Le gouvernement français est en mesure de répondre que ces mesures sont déjà prises, mais le chiffre de 5 000 personnes paraît faible au regard du nombre de personnes détenues et de l’état de surpopulation. La Cour européenne des droits de l’homme a récemment (fin janvier) condamné la France pour les conditions de détention dans des prisons surpeuplées.
https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=25745&LangID=F

Au 1er janvier 2020, 70 651 personnes étaient détenues dans les prisons françaises, pour 61 080 places opérationnelles (chiffres direction administration pénitentiaire).

 

*https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/24/covid-19-qu-est-ce-qu-un-pic-epidemique-quand-la-france-va-t-elle-l-atteindre_1782467

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