Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Sans permis, sans assurance et en marche arrière ...

L’Audi de couleur rouge roulait en marche arrière sur la chaussée. Des gendarmes passant par là, ce 20 avril sur la commune de Serley, en Bresse, en ont contrôlé le conducteur. Il était ivre ? Que nenni. En revanche : point de permis de conduire, point d’assurance, point d’attestation de déplacement dérogatoire en règle.

  1. X., 42 ans, est en état de récidive. Il est jugé ce jeudi 23 avril selon la procédure de comparution immédiate. Placé en détention provisoire le 21, il nous parle du centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, il est masqué. Visio et masque, une combinaison assez pénible, mais c’est l’état d’urgence sanitaire, le chef de l’Etat a même dit que c’était la guerre, et en temps de guerre, n’est-ce-pas, les exceptions font rage.

Un confinement approximatif, des attestations itou

Elles font rage, mais pas trop chez C. X. Il a bien compris qu’un confinement national exigeait de chacun qu’il limite ses déplacements au maximum, et pour une part sans doute le fait-il, puisque la fois où il a récemment passé trois jours chez des amis, eh bien « j’étais en confinement chez eux ». A aucun moment il n’est question de ce fâcheux virus, de la contagion possible, non. Entre le 25 mars et le 5 avril, il est verbalisé à Arlay, à Blettrans, et à Relans. Une fois à se confiner en groupe, une fois à garder l’enfant d’une amie qui devait travailler, une fois à acheter des pièces pour sa moto. « C’est pas des produits de première nécessité, ça ! gronde un peu le président Dufour. – La moto, c’est mon moyen de transport, objecte le prévenu. – Ben oui, mais bon, c’est pas des achats autorisés. »

17 fois condamné pour conduite sans permis

Dernier contrôle et direction prison, le 20 avril… 28 condamnations à son casier. Des vols, et 17 conduites sans permis, « mais il n’a pas compris la leçon » dit le vice-procureur, Charles Prost. Le prévenu affirme que depuis sa sortie « de taule pour conduite sans permis, il y a 4 ou 5 ans, je n’ai pas touché de voiture ». « Sauf le 20 avril », le reprend le président. « C’est parce qu’en fait, mon ami avait bu une bouteille de Jack Daniel’s et il a pris ma voiture et il partait avec ! J’ai réussi à le rattraper, et c’est pour ça que je rentrais en marche arrière chez moi. » Hhhh... Il n’a pas de permis mais il sait conduire en marche avant, s’il le veut. En fait, il faisait une manœuvre pour repartir dans un autre sens et déposer l’ami bourré pas trop loin.

« Je sais pas lire, je sais pas écrire »

« Je sais pas lire, je sais pas écrire, je suis désolé, monsieur le juge. » Le parquet requiert une peine d’1 an de prison avec son maintien en détention. Maître Bernard ne discute pas la culpabilité de son client mais plaide « de vrais efforts de réadaptation depuis sa sortie de prison ». Elle plaide son logement, le fait qu’il a travaillé jusqu’à ce qu’un accident de la circulation lui brise les jambes en décembre 2018 et le laisse handicapé. « Il prend encore un traitement anti-douleur. » Alors, oui, il avait des attestations non conformes, mais il en avait au moins, a-t-on envie d’ajouter. Elle décrit un homme gentil, qui rend des services au détriment de son propre intérêt. Le prévenu conclut : « Je m’en veux. » Puis il prend sa tête entre ses mains : « Faudrait que j’arrête de penser à moi ! Euh… aux autres ! »

7 mois de prison, peine aménageable

Le tribunal le déclare coupable, le condamne à 7 mois de prison, ordonne la confiscation de son véhicule, n’ordonne pas son maintien en détention. Le président lui demande d’appeler la surveillante, le condamné se lève, ses jambes sont en accordéon.
Le 20 avril, il avait coché la case « déplacement pour motif familial impérieux », alors qu’il raccompagnait un ami complétement pété. Ainsi va la vie dans le pays en état d’urgence pour motif sanitaire.

Florence Saint-Arroman

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