Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Jugé pour conduite sans permis, conduite dangereuse, conduite en état d’ivresse, délit de fuite, et pour avoir embouti une voiture de police à Chalon sur Saône

« Je vous demande d’être cléments, de me donner une chance de m’en sortir » dit-il aux juges avant qu’ils partent délibérer. Il a 39 ans, 30 condamnations, une pancréatite à un stade avancé au point de vomir du sang. Il est jugé ce lundi 5 octobre pour conduite sans permis, conduite dangereuse, conduite en état d’ivresse, délit de fuite, et pour avoir embouti une voiture de police, le 31 août dernier à Chalon. A quoi aspire-t-il ? À une vie paisible.

 

Il est né à Chalon mais vit désormais dans le Jura, et pourtant le 31 août dernier, « le rodéo » comme dit Charles Prost, vice-procureur, s’est déroulé dans le centre-ville de Chalon. Pourquoi ? Il était venu voir ses frères, dit-il. Sauf qu’il n’a jamais eu son permis de conduire, sauf qu’il avait 1,6 gramme d’alcool par litre de sang dans le corps, sauf que sa conduite était dangereuse alors que c’était la fin de l’après-midi, qu’un bus scolaire a dû s’arrêter pour éviter l’accident, et qu’il a enfoncé tout l’avant droit du véhicule des policiers.

 

« En aucun cas je pensais que c’était des policiers » 

« Je ne vais pas nier les faits, madame, dit-il à la présidente, mais en aucun cas je pensais que c’était des policiers. » Alors qui ? Il a cru, dit-il, que c’était des personnes, impliquées dans une histoire de fausse monnaie, qui l’avaient pris en chasse pour lui faire du mal. « Et quand les policiers ont mis la sirène ? - Je suis sourd à 30 %, je n’ai pas entendu. - Et quand ils sont passés à votre hauteur, vous n’avez pas vu le deux-tons sur le toit de leur véhicule ? » Il n’était pas en état d’avoir les idées claires, dit-il.

 

Interpellation pas facile

Son avocat demande une expertise psychiatrique, le tribunal rejette sa demande, estimant qu’aucun élément nouveau sous le soleil du prévenu ne viendrait en justifier la nécessité. Le 31 août, il a grillé deux feux de signalisation, se dirigeait vers le quartier du Stade. Un des policiers de la BAC l’a mis en joue, il lui aurait lancé « vas-y, tire ! », au lieu de ça il a pris un coup de pied qui l’a jeté à terre, il s’est relevé, a couru, est tombé de nouveau, fin de la course. « Moi je me rappelle que je suis au sol à prendre des coups, je me rappelle de rien d’autre. »

 

« Qu’est-ce qui a basculé il y a huit mois ? »

« Ça fait huit mois que j’ai sombré dans l’alcool. Je suis désolé, mais je suis devenu un alcoolique. ». La présidente, bien que consciente que ce n’est pas en huit mois qu’on bousille un pancréas, lui demande d’où vient cette spectaculaire rechute. « Qu’est-ce qui a basculé il y a huit mois ? » Il y a qu’il ne voit plus son fils, alors qu’il pourrait le voir une fois par mois. Alors « je voulais mourir, avec l’alcool, mais là ça va mieux, avec les psychologues et les traitements. (Il est en prison) » Par ces mots, ce prévenu, bien trop connu des forces de l’ordre et des agents de l’administration pénitentiaire, parce que connu comme le sparadrap du capitaine Haddock, celui dont on ne parvient pas à se débarrasser et qui sans cesse revient, à un endroit ou à un autre, à un moment ou à un autre, ce prévenu devient touchant.

 

Une équation terriblement humaine

On s’occupe de lui, on s’intéresse à lui, il est contraint, et ça va mieux. L’équation est terriblement humaine. Terriblement, parce que la police, les cellules de garde à vue, les magistrats, les tribunaux, tout cela est dénué de tendresse, n’empêche qu’au final, on s’intéresse à lui, et « ça va mieux ». Sa compagne en a peut-être gros pendant l’audience, car elle est venue et elle entend maître Moundounga Tsigou plaider « les efforts énormes depuis 4 ans » soit depuis qu’ils sont ensemble, visant à le rétablir sur des rails constructifs, ceux qui lui auraient permis de viser « une vie paisible ». Elle s’y est consacrée, investie.

 

12 mois de prison ferme, 2 ans de sursis probatoire

On recourt au conditionnel passé parce que ces 4 ans d’efforts ne pèsent que peu au regard de la mise en danger des autres, au regard des récidives et de l’ensemble de son casier. C’est un homme très abîmé et peu conscient de la gravité de son comportement et de ses conséquences.

Le tribunal le condamne à une peine de 18 mois de prison, dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans (obligation de soins en addictologie), interdiction de porter une arme pendant 5 ans, interdiction de passer le permis de conduire pendant 12 mois.
Il est maintenu en détention pour la partie ferme (12 mois).

 

« Pardon d’être brutale, lui disait doucement la présidente, car il y a votre santé, certes, mais il y a aussi le danger que vous représentez pour les autres, quand vous êtes alcoolisé. »

 

Florence Saint-Arroman

 

Maître Ronfard représentait deux policiers, le tribunal condamne le prévenu à leur verser 800 euros pour leur préjudice moral.

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