Société
Servez-vous, c’est gratuit !
Publié le 19 Septembre 2015 à 19h07
Alors que nous vivons dans un environnement capitaliste incitant à penser que tout a un prix, les manifestations de solidarité par le don se multiplient à travers le monde. Info-chalon.com. vous donne quelques explications.
Dans un contexte économique où de plus en plus de personnes ont du mal à joindre les deux bouts, on note le développement d’une solidarité qui prend des formes multiples. On connaissait déjà, depuis de nombreuses années, des systèmes comme les SEL – Systèmes d’Echanges Locaux – permettant d’obtenir des produits ou services sur la base d’un échange. Une autre tendance se développe fortement ces derniers temps : la gratuité.
Depuis Coluche et les Restos du cœur, des initiatives ont fleuri, ici et là, dans un esprit de solidarité avec ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois. Gratiferia, boutique gratuite, commerce solidaire, etc., sont autant de solutions mises en œuvre pour tenter d’améliorer le quotidien de ceux qui n’y arrivent plus. Cependant, s’il est assez facile de donner, il n’en est pas toujours de même quand il s’agit de recevoir. Car l’idée du contre-don, que l’on se pense obligé de faire lorsque l’on reçoit quelque chose, est bien ancrée dans nos esprits. Aussi, la plupart du temps, les dons sont faits de manière anonyme, ce qui élimine le fait de se sentir redevable pour celui qui reçoit.
Et en matière d’initiatives, on est loin d’être à court d’idées. Graines échangées ou données dans des grainothèques, outils et petit électroménager prêtés à ceux qui ne peuvent ou ne veulent les acheter car utilisés très occasionnellement, fruits et légumes récupérés pour être donnés tels quels ou cuisinés, boîtes à dons dans lesquelles on peut déposer des objets et se servir directement, etc. Les commerçants également participent à ces démarches solidaires, en permettant à leurs clients de régler une prestation à l’avance pour une personne qui se présentera et ne pourra pas payer. Sont ainsi offerts des cafés, baguettes de pain, repas, coupes de cheveux, etc.
Récemment sont apparues les gratiferias (néologisme espagnol signifiant foires gratuites). La gratiferia est née à Buenos Aires, en Argentine. Ariel Bosio, lassé de transporter des objets dont il ne se servait pas ou plus lors de ses déménagements, a décidé d’en faire don et a développé ce concept de foire gratuite. Concept qui s’est vite répandu en Argentine, puis a traversé les frontières. Aujourd’hui, de nombreuses gratiferias sont organisées de par le monde. Le principe est simple : à une date donnée et dans un lieu défini, les personnes qui souhaitent se débarrasser d’objets en bon état et encore utilisables mais dont ils ne veulent plus sont invitées à venir les déposer. Que l’on amène quelque chose ou pas, si l’on voit un objet, vêtement, livre, jeu, etc. à notre goût, on le prend et on part avec.
Le principe est le même pour les nombreuses boutiques gratuites qui se sont développées ici et là dans nos villes de France, à l’instar de la Boutique gratuite* créée par les Glaneurs du Chalonnais à Chalon-sur-Saône. Dans le local situé rue de la Liberté sont reçus et mis à disposition des vêtements, chaussures, objets, livres, meubles, et des astuces peuvent vous être données pour transformer des objets ou vêtements voués à la destruction.
Toutes ces initiatives altruistes sont autant de systèmes alternatifs ouvrant d’autres horizons que les rapports marchands. Elles permettent à tout un chacun de créer des liens nouveaux et d’échanger. Ces nouvelles formes de solidarité, dans un monde individualiste et capitaliste dans lequel tout se monnaie, sont-elles le signe que ce système économique commence à atteindre ses limites ?
M.B.
Source : Le Monde – 6/7 septembre 2015 – p. 28
* Boutique gratuite des Glaneurs du Chalonnais
8B rue de la Liberté à Chalon-sur-Saône
Ouverte de 9h00 à 16h30 le mardi, de 14h00 à 16h30 le jeudi et de 14h00 à 16h30 le 2ème samedi du mois.
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