Chalon sur Saône

François Berléand aura un comportement paradoxal à Chalon : fantomatique tout en étant en chair et en os...

Inamovible comédien qui ne jure que par ce qui fait sens, à la carrière d’une richesse diversifiée, François Berléand inaugurera la scène 1 de l’acte 1 des Théâtrales 2019-2020 agrégées à Chalon-sur-Saône, le samedi 19 octobre à 20h, à l’espace des Arts. Interview de François Berléand pour info-chalon.com

L’un des piliers du macrocosme artistique émargera à la fortune du mot lors de la comédie « Encore un instant (auteur Fabrice Roger-Lacan,  metteur en scène Bernard Murat), assisté de Michèle Laroque et Lionel Abelanski notamment.

Un amour sans nuages pour Suzanne et vous ?

« Ah oui, un amour sans nuages, sauf le fait que je sois mort ! On est tellement sans nuages que même mort elle me convoque encore en pensée et sur scène, parce que je suis sur scène du début jusqu’à la fin, je ne quitte pas le plateau. Il se trouve qu’on a tellement vécu ensemble, on a tellement d’amour qu’elle sait parfaitement ce que je dirais dans telle et telle situation, et je vais dire ce qu’elle pense que je sais, car je suis un fantôme depuis un an, je dis ce que je pense. C’est assez drôle, parce que le public au départ ne comprend pas très bien qui je suis, pourquoi  je parle tout haut en disant des choses épouvantables, en fin de compte on comprend très vite que je suis un fantôme dès le départ. »

 

L’aura de votre compagne n’est-elle pas trop déstabilisante ?

« Non, c’est un peu comme dans « Le Dernier métro » de Truffaut, là il y a un metteur en scène qui est Juste, c’est pendant la guerre, il est obligé de se cacher, donc il fait la mise en scène du sous-sol du théâtre sans être vu par les comédiens et encore moins par les Allemands. Là c’est pareil, il y a quelqu’un, on ne le voit pas, mais qui est présent et qui est le mentor de cette femme depuis le début, il est metteur en scène de cinéma, metteur en scène de théâtre, et c’est lui qui a fait d’elle ce qu’elle est devenue, c’est-à-dire une grande actrice. Elle lui doit tout. L’aura qu’elle a, c’est l’aura que je suis censé lui avoir « donnée ». »

 

Par quoi est déclenché le rire dans la comédie ?

«Les situations sont très drôles, quand vous avez quelqu’un qui fait du commentaire sans arrêt, de plus en étant assez acerbe, sur le physique, les défauts de chacun, des autres, ça met en joie le public. Il y a des répliques qui sont très, très drôles, méchantes, enfin  tout ce que j’aime. »

 

Vous avez énormément tourné pour le cinéma, moins joué en revanche au théâtre et pour la télé. Qu’en retenez-vous ?

«Evidemment, j’ai beaucoup plus fait de films que de pièces, et pour cause, car une pièce ça dure des mois, quelquefois un an, mais j’ai quand même fait une pièce par an, donc ce n’est pas rien ! J’ai joué à peu près quarante-cinq pièces, j’allais plus souvent travailler au théâtre que sur des tournages. Ce que j’aime dans le théâtre, c’est le rapport avec le public, on sait tout de suite si ça accroche ou pas, si on est bon, si on est mauvais… Ce qui est drôle, c’est que quand vous jouez une pièce, un drame, c’est la qualité du silence qui prime, et quand vous jouez une comédie, c’est la qualité et le nombre du rire qui vous arrivent. C’est formidable d’être en direct sur le plateau, c’est la magie du théâtre de pouvoir avoir un peu plus de maîtrise qu’au cinéma, où vous faites quelque chose devant la caméra. Est- ce que vous serez à l’image ou pas ? Si ça se trouve vous serez qui parle ou ne parle pas, bref peu importe. On peut très bien enlever un personnage, être coupé complètement, ne pas vous voir dans une scène mais vous entendre…  c’est particulier. Après, j’aime ça, mais je préfère vraiment le théâtre. « 

 

Entrer dans un rôle ou en sortir définitivement, quel est le plus difficile ?

« C’est entrer dans le personnage, c’est le travail le plus difficile et le plus agréable aussi, comme tout le travail de répétition, s’imprégner de son personnage, toutes les questions que l’on peut se poser sur un rôle, c’est au départ. Ensuite, si le rôle est profondément marquant, il vous suit toute votre vie, mais j’en ai joué tellement ! Ce qui est drôle, là on a fini la pièce le 30 mai, et on la reprend début octobre, le rôle ne m’a pas quitté, je le quitterai parce que je dois aller fin décembre sur un autre rôle. Il faut faire le reset comme on dit avec les ordinateurs, on doit laisser un peu de place dans le disque dur, parce qu’il y a tellement de choses qui sont imprimées dans le cerveau…après, il faut faire du ménage. Si vous n’avez pas été transcendant vous l’enlevez, mais là le fantôme que je joue plaît beaucoup, donc je ne vais pas le quitter tout de suite, d’autant plus que j’ai tourné, on a commencé les répétitions en décembre, et en août-septembre d’avant je jouais également un fantôme au cinéma dans un film qui va sortir au mois de janvier. Donc j’ai fait «Le Dernier fantôme ! »

 

Qu’est-ce que vous aimez incarner et, a contrario, détestez interpréter ?

« Je ne sais pas ce que je déteste interpréter,  ce serait un théâtre qui ne m’intéresserait pas, mais comme ce serait un théâtre qui ne m’intéresserait pas je ne le connaîtrais pas ! Parfois on me fait parvenir des pièces qui, pour moi, ne présentent aucun intérêt, je suis très embêté, parce que c’est difficile de dire à des gens qui ont travaillé un an, deux ans, que leur pièce ne m’intéresse pas. Il faut trouver les mots… Ce que j’aime, ce sont plutôt des pièces drôles et intelligentes, et si on peut avoir les deux, la qualité et la quantité de rires, je suis ravi. »

 

Le public s’avère-t-il un juge impitoyable ?

«Oui, oui, j’aime bien ça, parce que si vous voulez c’est ça le théâtre. Après, il y a des pièces qui ne trouvent pas leur public, il y a des pièces formidables qui ne marchent pas car ce n’est pas le bon théâtre, ce n’est pas le bon moment…J’ai joué malheureusement une pièce que je trouve formidable et qui est pour moi l’un de mes plus beaux, parce qu’il y a beaucoup de très beaux spectacles, mais c’est une pièce qui n’a pas trouvé son public, sauf en tournée les gens car les gens  riaient. Malheureusement à Paris ce n’était pas plein, alors les gens ne savaient pas sur quel pied danser, ne savaient si c’était drôle ou pas. C’est assez particulier le théâtre, parce que quand vous avez une pièce que vous considérez comme bonne, le public ne vient pas, et une pièce que vous considérez un peu moins, et d’un coup c’est plein à craquer, et vous vous dites : quand même, ce n’est pas normal. On apprend tout le temps, c’est ça qui est formidable dans ce métier, si on savait comment et pourquoi ça fonctionne ou pas, vous pensez bien qu’il n’y aurait que des pièces qui marchent ; pareil pour les films, les CD, etc. On ne saura jamais, et tant mieux d’ailleurs, pour le coup on ferait tous les mêmes films, et les mêmes pièces, donc ça n’aurait aucun intérêt. »   

 

Du haut de votre expérience, et de l’évolution de l’univers artistique, vous verriez-vous débuter une carrière en 2019 ?

« C’est compliqué, parce qu’effectivement, avant il y avait moins de vecteurs artistiques, c’est-à-dire qu’il y avait trois chaînes de télévision quand j’ai commencé : la 1ère, la 2ème et la 3ème. Il y avait du théâtre autant que maintenant, le théâtre subventionné, le théâtre privé, etc. et le moyen de faire du cinéma ou de la télévision c’était de la pellicule. Donc c’était cher quoi qu’il arrivait, mais on était beaucoup moins de comédiens, on faisait autant de salles de théâtre, si ce n’est plus, il y avait autant de salles de cinéma, peut-être même plus encore avant parce qu’il y avait du cinéma de proximité qui n’existe plus, des complexes qui n’existaient pas. Grosso modo on faisait autant de salles, mais on est beaucoup plus nombreux au niveau des comédiens, notamment des jeunes. Beaucoup de monde veut devenir comédien, on veut être « star », on veut être connu, célèbre, on peut faire des films avec des téléphones portables, avec des petites caméras digitales, c’est donc plus facile. Je dirais chacun sa génération, je suis très heureux d’avoir connu la mienne, et d’avoir commencé au moment où j’ai commencé. Il n’y avait tellement pas de chômage, la vie était tellement plus simple ! On pouvait avoir un appartement à Paris qui ne coûte pas cher, on pouvait en louer sans problème, maintenant c’est une difficulté invraisemblable de se loger, alors peut-être pas autant en province, mais en tout cas à Paris c’est une catastrophe ! Parce que l’on est dans une société de surconsommation, tout tombe en panne au bout de deux-trois ans…on crée une société de surconsommation qui est un peu détestable par moment, et puis très égoïste. A un moment donné je pense que pour les jeunes acteurs d’aujourd’hui, c’est à la fois beaucoup plus difficile, et en même temps, si on a du talent, si on a quelque chose, c’est plus facile parce qu’on peut montrer son travail sur les réseaux sociaux, et tout à coup faire le buzz comme on dit à présent ! La particularité de notre société actuelle, c’est de pouvoir être vu tout de suite, très rapidement. Après, on peut être jeté aussi très rapidement, c’est ça le problème, mais en tout cas on peut accéder à une certaine notoriété,  extrêmement  rapidement, se faire beaucoup d’argent. Ce qui était absolument impossible à l’époque pour nous, du moins pour moi ! »

 

Crédit photo : DR                                                                  Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                                 poiriault.michel@wanadoo.fr

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