Côte chalonnnaise

Le vibrant hommage rendu en cette 75e cérémonie en mémoire aux fusillés de Marloux

Chaque année, les commémorations de Marloux marquent en quelque sorte la rentrée. Et ce dimanche matin, ils étaient tous là pour commémorer la mémoire de ceux tombés sous la fureur de l'occupant.

En présence de très nombreuses personnalités locales, parlementaires, maires, élus et personnalités de la société civile et militaire, hommage a été rendu ce dimanche matin à l'orée du bois de Marloux à ceux qui ont été lâchement abattus par l'armée allemande. Chaque dernier dimanche d'août, une cérémonie, organisée à l'initiative du Comité d’Entente Résistance-Déportation devenu par la suite Comité Intercommunal pour l'organisation des cérémonies du Bois de Marloux, rappelle ces heures tragiques de notre histoire locale. L'honneur de l'hommage est revenu à Gilles Platret, maire de Chalon sur Saône et c'est une vibrante intervention qui est venue ponctuer ce moment de recueillement. Info-chalon.com vous propose l'intégralité du discours du maire de Chalon sur Saône en ce jour de commémoration. 

L.G

 

 

Cérémonie du Souvenir des Fusillés de Marloux
Dimanche 25 août 2019

Message de Gilles Platret

 

75 ans ont passé, et sur les larmes des veuves et sur les vies des orphelins. Et nous voici au pied de ces grands arbres muets, dont les racines ont épongé le sang des innocents.

Le temps qui fuit apaise tous les vacarmes. Les vociférations de la soldatesque nazie comme le râle des agonisants.

Il étouffe le cri sec des balles qui brisa le silence de la campagne, rogne le chagrin des familles et la camaraderie blessée.

Pourtant, aujourd’hui, c’est toujours hier. Car sous ces ramages des vies furent fauchées. Des existences connurent leur fin, qui n’en finira jamais de finir.

Et de la plus horrible manière encore ! Des prisonniers qu’on tire de leur geôle pour une libération illusoire. La mort au bout du chemin. Les cadavres abandonnés à l’éternité. Dans quel but ? Terroriser la population, la dissuader de faire son devoir et de gêner l’ennemi que recouvre déjà l’ombre de la déroute. C’est l’écume à la gueule du fauve qui, se sachant perdu, n’a d’autre ressource que de trancher follement l’air de ses dents coupantes et désespérées.

Tentative échouée, qui n’étend sa victoire que sur ces corps sans vie tombés ici. Car une population entière, censée courber l’échine, se redresse au contraire et éclaire la nuit noire de la lueur du sursaut. Elle se lève. Elle accompagne ses morts. Elle leur doit le recueillement obstiné du deuil. Et elle le leur rend. Au nez de l’occupant, qui l’attaque à son tour…

Vertes feuilles soulevées par la brise, naguère criblées par la mitraille. Porteuses de nos silences commémoratifs comme elles veillèrent la plainte expiatoire des victimes.

Orée de la grande forêt que cache l’arbre haut. Epilogue de la longue agonie que subissait alors une population en esclavage.

Jusqu’ici des hommes furent traînés et abattus. Nous honorons leur mémoire et celle des habitants fauchés pour, les premiers, dans l’interdit d’alors, leur avoir conféré l’hommage d’un peuple libre.

La brûlure fait mal, mais elle tient éveillé. Le temps console, mais s’il porte l’oubli, une seconde fois il assassine. Il tuerait nos morts si nous ne tenions pas sa torche allumée, comme nous y convie l’architecture de ce monument.

C’est bien la morale de tant de rassemblements convoqués ici même depuis tant d’années. Générations de parents, d’amis, de combattants, d’élus. Vagues sincères et patientes de la mémoire encore vive. Mais qu’en ferons-nous demain ? Qu’en feront-ils après demain, ceux qui prendront notre suite, si le souvenir se dissipe ?

Il ne tient qu’à nous, il ne tiendra qu’à eux de le faire durer encore.

Je vous sais fidèles et, pour nous, n’ai nulle crainte. Mais du moins faudra-t-il nous montrer capables de convaincre la génération nouvelle que ce testament du sang est tout autant le sien que le nôtre.

Si nous faillissions à la tâche, au moins resterait-t-il la prière des arbres.
Leurs racines ont bercé nos frères misérables et condamnés. Leur cime s’ouvre au ciel en une supplique qui défie le temps. Sans cesse ils offrent leurs rameaux aux divinités de la forêt. Peut-être les implorent-ils de donner aux hommes leur sagesse, arbres qui n’ont jamais tué d’autres arbres, hommes qui ont tué tant d’autres hommes.

Emplissons-nous de leur murmure en ce matin calme. Il porte à notre humanité autant de leçons pour demain que de feuilles ont poussé à Marloux depuis cet août sanglant.

Il y a 75 ans de cela.

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