Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 10 mois de prison ferme pour une histoire d'Amour qui n'en finissait pas

C’est une liane qui comparaît. Une jeune liane sauvage. D’épais cheveux bouclés encadrent un minois à la moue boudeuse et aux aguets. 21 ans, en rupture familiale, isolée. Elle vit à Chagny, elle est née à Autun, et depuis 4 ans elle ressasse une rupture sentimentale : sa copine l’a quittée, elle veut « une explication, au moins ». Le problème, c’est qu’elle a déjà été condamnée à une interdiction de contact avec l’ex-copine. Elle en a, plus ou moins sagement, attendu le terme, et hop, s’est pointée au domicile chalonnais de la mère et de l’ex, tout aussi jeune qu’elle.

  Il est « hors de question qu’une personne ait entre les mains, la tranquillité, la vie de quelqu’un d’autre

Les versions diffèrent grandement. Les victimes ne sont pas venues à l’audience. La liane farouche, elle, arrive sous escorte de la maison d’arrêt pour femmes de Dijon où elle a été placée le 17 avril, on la juge selon la procédure de comparution immédiate le 19. Maître Faure-Révillet qui la défend, estime qu’il est injuste de ne poursuivre qu’elle, qu’il aurait fallu poursuivre les deux jeunes filles pour « violences réciproques », car la victime désignée dans cette affaire reconnaît avoir poursuivi Lola et « lui avoir donné un coup de poing », ouvrant ainsi une bagarre. Quand la police arrive, Lola est plaquée au sol, l’autre à califourchon dessus, « elle a des griffures dans le dos, des morsures ? Ce sont des blessures de défense ».

C’est bien possible, car le contexte véritable échappe à l’audience, audience rapide, expéditive. Mais les antécédents de la prévenue auront le dessus eux aussi, et la liane rebelle se retrouve une fois encore plaquée au sol. Madame Saenz-Cobo, vice-procureur, rappelle qu’il est « hors de question qu’une personne ait entre les mains, la tranquillité, la vie de quelqu’un d’autre. Elle n’a pas digéré la rupture, c’est son problème. On peut comprendre qu’on soit triste et malheureux après une séparation mais elle sait aussi que violences et coups sont interdits. » Elle requiert 8 mois de prison avec maintien en détention, auxquels s’ajouteront des mois de révocation de sursis.

« Elle vit sans amour, sans affection, elle a 21 ans  »

Lola a 4 mentions à son casier, toutes de 2016 : menaces de mort et port d’armes (« c’était une bombe lacrymogène, parce que je faisais beaucoup de stop, les policiers l’ont trouvée dans mon sac »), violences, outrages, rébellions. Ce jeudi 19 le port d’arme est encore à l’ordre du jour : un couteau, un petit couteau accroché à son porte-clés, qui lui sert aussi de coupe-ongles, de lime, et dont son avocate réclame pour elle la restitution, « il a une valeur sentimentale, c’est une des très rares traces de lien avec sa famille, son oncle le lui a offert, il devait lui porter chance ». Il sera confisqué : les victimes ont déclaré qu’elle allait finir par crever les pneus de leur voiture. Une entaille correspondant à la taille de la lame y fut relevée.

« Elle a été déscolarisée en 3ème, plaide Valérie Faure-Révillet. Elle vit dans la solitude, la vraie, dans le manque de relations humaines et de sentiments. Elle vit sans amour, sans affection, elle a 21 ans. Elle a projeté cet amour sur son ex-copine, qui bien sûr ne peut pas porter ce poids. Lola doit être aidée, avoir des soins. Elle a besoin d’être entourée. Elle a réussi récemment une formation pour travailler dans les vignes et commence bientôt en travail saisonnier. Elle a le droit d’avoir une seconde chance. »

10 mois de prison ferme

Lola avait violé l’interdiction de contact avant fin mars 2018. Le juge d’application des peines l’avait convoquée, pour en débattre. Il a noté qu’elle tenait des « propos provocants » mais que son attitude générale racontait autre chose : de la crainte, des peurs. Etre une liane livrée à elle-même, c’est pas facile, et parfois, avoir une grande gueule, c’est un moyen de défense : aboyer pour ne pas être mordue. Mais le 16 avril elle a mordu son ex qui la chevauchait, l’ex avait des traces de doigts sur le cou, suffisamment prégnantes pour être visibles sur une photo.

Le tribunal condamne Lola, 21 ans, qui circule avec des armes de défense par peur d’être agressée, et qui se bagarre depuis 4 ans pour obtenir de l’autre la réponse à une question qui la crucifie : pourquoi ? pourquoi l’avoir rejetée ?, à 10 mois de prison dont 5 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve (obligation de soins psychologiques, de travailler, interdiction de contact avec les victimes, interdiction de porter une arme), maintien en détention et révocation de sursis à hauteur de 3 mois et 2 mois, avec incarcération immédiate : ça fait 10 mois, 10 mois de prison, et 2 ans de suivi. De quoi poser tranquillement les questions qui lui pourrissent la vie, de quoi élaborer des réponses, avant de partir bosser dans les vignes. De quoi apprivoiser sa sauvagerie, si elle y consent, et si elle rencontre de bons interlocuteurs.

FSA

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