Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Un couple face au danger de l'héroïne

Cédric et Coralie volaient des manettes de jeu et des casques Bluetooth, pour se faire un peu de tune, pour acheter des doses, de l’héroïne, à Carrefour Chalon sud lors de leur interpellation vendredi dernier.

« Si je vis en couple, disait Fabrice Luchini un jour à la télé, il faut qu’il fasse que la vie soit supportable, faut qu’il m’enlève de moi, me sorte de moi. » Eux, ils sont en couple, et « elle » leur rend la vie supportable, les sort d’eux-mêmes, ce qui fait qu’ils sont trois. Parfois séparés, toujours ils se retrouvent. Mais la vie reste pénible, comme elle fut sur le parking de Carrefour sud à Chalon, lorsque la police les a arrêtés, vendredi dernier. Cédric et Coralie volaient des manettes de jeu et des casques Bluetooth, pour se faire un peu de tune, pour acheter des doses, de l’héroïne.

 1 à 2 grammes d’héroïne par jour, il faut que la monnaie suive.

Il faudrait aimer la vie, disait Nietzsche, au point de pouvoir en souhaiter l’éternel retour. Que diraient Cédric et Coralie sur ce point de vue ? Aiment-ils la vie qu’ils mènent à ce point ? Chacun d’entre eux a un enfant. Celui de Cédric, 30 ans, vit avec sa maman, il ne l’a pas vu depuis un an. Celui de Coralie est avec elle, mais elle vit chez ses parents. La grand-mère s’occupe beaucoup de la petite, en particulier lorsque la maman, 30 ans elle aussi, joue la fille de l’air pour faire des virées amoureuses et toxiques avec son gars. Lorsque Cédric est incarcéré, la vie est plus calme, semble-t-il, et Coralie commence des démarches dites d’insertion, en vue de travailler, de se loger. Puis Cédric sort et l’appel du large prend le dessus, ainsi que la came, car Cédric consomme 1 à 2 grammes d’héroïne par jour, Coralie moins mais quand même, alors faut suivre, et faut que la monnaie suive.

Un savoureux paradoxe 

A Carrefour vendredi dernier ils ont volé pour 619 euros de marchandises, Cédric pensait en tirer 200 euros en revendant à la sauvette. A ce sujet il expose un savoureux paradoxe : « Je suis sorti de prison avec un peu d’argent, parce que je travaillais, là-bas. » « Là-bas », c’est le seul endroit où il peut en gagner car l’héroïne est une compagne exclusive, et dehors elle a le dessus. En prison, il a sa dose quotidienne via un traitement de substitution. Alors, bon an mal an, ça ne s’y passe pas si mal, si on oublie la privation de liberté, d’autant que Coralie, fidèle et accro, l’attend.

« Vous nous qualifiez comme des déchets de la société »

Le ministère public désespère : « Je n’attends pas grand-chose d’eux car leurs attitudes et déclarations sont toujours les mêmes. Monsieur est en état de récidive légale, il encourt 10 ans de prison. Il n’y a rien qui les fera changer de mode de fonctionnement. Le risque de récidive est très fort. ‘L’homme est le seul fruit qui mûrit à l’ombre’, a dit un célèbre cinéaste, c’est adapté à monsieur et à madame. » Marie Gicquaud requiert 12 mois de prison pour lui et 9 pour elle, maintien en détention pour les 2. « 9 mois ! » s’exclame d’une voix étouffée la jeune femme dans le box. Cédric, lui, prend la parole fortement : « Vous m’avez jamais aimé, vous m’avez déjà mal parlé, vous nous qualifiez comme des déchets de la société. »

« Ils ont perdu le contrôle de leur malhonnêteté »

La procureur a également dit que les prévenus sont « acteurs de leurs vies, et responsables de ce qu’ils font ». Maître Diry rebondit là-dessus, car « responsables pénalement », oui, mais « acteurs », certainement pas : « Ils ont perdu le contrôle de leur malhonnêteté, plaide l’avocat. C’est un couple écrasé, poussé sur un chemin qui ne devrait pas être le sien. Ils sont soumis à l’héroïne dont on sait que tant qu’on n’en est pas descendu, le voyage ne fait que s’accélérer et rien ne peut l’arrêter. » Rien, à part un sevrage, or celui de l’héroïne est l’un des plus difficiles. « Mon client s’énerve en disant ‘on est des victimes’. Le pire, c’est qu’on peut le croire : ils sont contraints. Il faut penser à l’après. » Maître Faure-Révillet parle pour Coralie, une Coralie qui doit visiter un logement le 1er mai, et qui doit comparaître devant le tribunal de Dijon le 3. « On parle de maladie chronique, pour les toxicomanes, je vous demande de lui laisser une dernière chance. »

Maintien en détention, c’est la 1ère incarcération pour elle

On ne sait pas toujours où la chance va se nicher, tant les trajectoires de vie ont leurs paradoxes et leurs surprises. Le tribunal condamne Cédric X à 10 mois de prison ferme, qui s’ajoutent aux 8 mois (une condamnation antérieure) que le parquet a mis à exécution samedi, lors de son défèrement. Coralie est condamnée à 6 mois. Ils sont maintenus en détention. Cédric a répété : « On n’est pas des déchets sociaux. » L’héroïne est tyrannique : si elle rend la vie supportable par moments, elle dévore, comme en contrepartie, l’estime de soi. Ces deux-là choisiraient-ils cette vie-là, s’ils en avaient le choix ?

FSA

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