Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Le verdict de l'Affaire Fudji attendu dans l'après-midi

Internet a démultiplié les possibilités de s’exprimer, autrefois réservées à la table familiale, au moment passé au bar du coin, ou à la voie postale, dans tous les cas cantonnées au « entre nous »,

Désormais partout on vous invite à « réagir », à « commenter ». Partout on le fait, et puis voilà qu’on viendrait vous le reprocher ? Pire, un magistrat viendrait vous le reprocher ? Vous rappellerait la loi ? La loi sur la liberté d’expression ? Liberté réelle en France, mais néanmoins encadrée, donc limitée. On en trouve le principe et ses limites ici, par exemple http://eduscol.education.fr/internet-responsable/ressources/legamedia/liberte-d-expression-et-ses-limites.html. Cette loi semble être dépassée par l’usage de ces nouveaux espaces numériques.

 

Ainsi il y a 8 jours, lors du jugement d’une femme qui, dans un geste nourri par une forme de haine mêlée de jalousie et de craintes, a mis le feu au chien de son compagnon, et qui est devenue le symbole momentané d’une cause, ou plutôt qui est devenue celle qu’il faudrait abattre « au nom de la cause », la substitut du procureur a rappelé la loi, « le lynchage public n’est pas acceptable dans une société de droit ». Dès le lendemain on pouvait lire sur facebook, en lettres noires se détachant magnifiquement sur un fond rose orangé : « Pour Fudji , les personnes qui ont menacé de mort la cinglée seront poursuivi Selon le procureur de chalon Est ce normal. ?? NON » Quelque chose s’est perdu dans ce pays, quelque chose qui a à voir avec l’Etat de droit, et l’état du droit.

 

Toujours au lendemain de l’audience, et alors que des appels au calme s’expriment ici ou là, le post de 30 millions d’amis (officiel) fait le plein : 8356 like, 1070 partages et 1048 commentaires. Parmi eux, une femme réagit : « si je l'avais en face de moi je l'asperge d'essence et je craque une boite d'allumette ou l'arroser a l'acide !!! saleté qui ne mérite pas de vivre  (347 like ). Une autre lui répond : « je comprends votre colère qui se justifie totalement mais je ne cautionne aucune violence pour ma part j'attends de connaître le verdict le 10 septembre » (14 like).

 

La décision en effet fut mise en délibérée à une semaine, histoire que les esprits s’apaisent. Peine perdue. Beaucoup de gens par ailleurs confondent les réquisitions avec la décision, ou croient que le live dispensé par un journal local sont les notes du greffe. Tout se mélange parce que le fonctionnement de la justice est si mal connu, parce que ce qui motive les jugements est inconnu, sauf à venir assister aux audiences puisque de plus en plus de magistrats expliquent ce qui fonde leurs décisions, et qui éclairent leurs sens.

 

Dans ce cas précis, le cas de ce chien appelé Fudji, et de la femme jugée dont l’identité circule encore, le parquet a requis 18 mois de prison dont 9 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve qui serait au minimum de 2 ans. La loi prévoit pour les « sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux, apprivoisé ou captif » une peine maximale de 2 ans de prison et une amende pouvant aller jusqu’à 30 000 euros. Les réquisitions n’en sont pas si loin, quant au quantum de prison, mais voilà, l’interdiction de détenir un animal ne durerait que le temps de la mise à l’épreuve, et si la décision du tribunal suivait, cela serait incompris, parce qu’apparemment incohérent : comment ? quelqu’un cause la mort d’un animal, la mort dans les souffrances, et il faudrait l’autoriser à ravoir, un jour, un cheval ou un chien ?

 

Le parquet rappelait le 3 septembre les principes directeurs d’un jugement : juger selon la gravité des faits et selon la personnalité du prévenu. Deux axes à prendre en compte, et  dont les réquisitions rendent compte : un fort quantum de prison (pour une personne dont le casier judiciaire est vierge, les actes sont graves) et la possibilité, une fois la sanction passée, de se réhabiliter dans une vie dont on comprend, quand on a assisté à l’audience, qu’elle ne saurait se passer de liens avec les animaux. Cela paraît incohérent, soit, au même titre qu’un parent qui ôte la vie à un enfant dont pourtant il s’occupait et qu’il chérissait aussi. Le tragique nous laisse sans mots, mais la justice en met, des mots : rien de ce qui est humain ne peut lui paraître étranger, en dépit de ce qui reste incompréhensible, c’est une des façons dont cette société s’est tissée, et tout le monde a quelque chose à perdre de s’attaquer à ce tissu-là, mais tout le monde ne le sait pas, hélas.

 

Les appels à rassemblement ont repris, rendez-vous est à nouveau donné devant le palais de justice de Chalon-sur-Saône, pour entendre la décision que le tribunal a prise, et s'empresser d'y réagir.

 

Florence Saint-Arroman

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