Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Au volant sans permis et positif à différents stupéfiants.. et en récidive !

« Je suis tête en l’air… » La consommation de cannabis depuis ses 15 ans y est peut-être pour quelque chose, non ? lui demande la présidente Therme. Il va sur ses 30 ans, il répond que oui, sans doute. Au cannabis s’est ajoutée l’héroïne, ça fait 7 ou 8 ans. « Il a décroché de ce qui pouvait devenir une carrière en s’accrochant à l’héroïne », explique Kadir Sarikan, son avocat.

Le tout fait un homme qui semble fatigué, usé, déjà abîmé. Tout jeune papa, il comparaît ce jeudi 25 avril avril selon la procédure de comparution immédiate parce que le 11 avril dernier il fut contrôlé sur la départementale à hauteur de Chagny : il conduisait malgré l’annulation judiciaire de son permis et sa salive réagit positivement au cannabis, aux opiacés et aux amphétamines. Il est en état de récidive légale pour les deux délits. A la perquisition les gendarmes trouvent chez lui moins d’un gramme de cannabis et moins d’un gramme d’héroïne. « Je l’achetais à la semaine, au Creusot, pour ma consommation. » On le laisse libre, mais le 24 avril soit la veille de l’audience, on le place en garde à vue (visiblement pour s’assurer qu’il soit présent à l’audience). Il est déferré, il apprend qu’une peine antérieure de 6 mois est mise à exécution : il sait dès lors que dès la fin de l’audience, il sera incarcéré.

Soulagé d’être incarcéré

Cette incarcération, finalement, est une bonne nouvelle, à deux titres : d’abord ça va lui donner « une pause », et il en a besoin car il ne va pas bien en ce moment, ensuite, et c’est lié, disparaît cette menace, cette crainte permanente de voir les gendarmes venir le saisir pour ça, à tout moment, n’importe quel jour. Cette incertitude lui a pourri les nerfs. Trop dur à vivre, dit-il. Il avait trouvé un CDD à Meursault, sa mère lui faisait ses trajets. Il avait trouvé une formation professionnelle qui « s’inscrivait dans la suite logique de ce qu’avais commencé à l’armée » (il est resté plusieurs années dans l’armée). Il allait pouvoir récupérer son permis (parcours en plusieurs étapes, toutes payantes, et le total fait une jolie somme, ndla).

Il avait fait une demande au procureur, mais les résistances à ses projets le découragent

Parasité par la peur de voir ses projets anéantis par son incarcération intempestive, il avait écrit au procureur de la République pour lui expliquer tout ça et lui demander de différer le moment d’exécution de la peine. Or, le 11 avril il n’avait pas eu de réponse et par-dessus le marché, le site de prise de rendez-vous pour la visite médicale obligatoire pour récupérer le permis, avait affiché une fois de plus « pas de plage horaire disponible, recommencez ultérieurement », et, terrible nouvelle, pôle emploi lui annonce qu’on ne lui financera pas sa formation, « alors qu’on la paie à d’autres », mâchonne le prévenu. « Alors j’étais pas bien dans ma tête, j’ai voulu aller m’aérer au parcours Vita, et puis… j’ai fait une bêtise. Et la seule chose qui ressort c’est que mon fils devra se passer de moi pendant longtemps. »

Au moment où il se met en état de récidive, le courrier du procureur était en route…

Il fut contrôlé un jeudi, il a reçu une réponse du procureur de la République deux jours plus tard, une réponse positive : on acceptait de reporter l’exécution de sa peine à février 2020, pour qu’il ait le temps de tout mener à bien.  « Après l’entretien avec le procureur, je me rends compte que je ne suis qu’un idiot, que je me prive de mon bonheur tout seul. Cette journée-là, je la regrette vraiment. Je vous laisse juger mon idiotie. » Son propos agace les magistrats, c’est un discours encore trop « ouin-ouin », ce n’est pas encore celui d’un homme qui dirait « je prends ma part (de responsabilité), je prends ma truelle, et je travaille à ». La présidente Therme ne le rate pas : « Il ne s’agit pas d’idiotie, monsieur. On est dans l’infraction pénale. Conduire en ayant fumé un joint c’est mettre en danger les autres car vous n’êtes plus maître de vous. Ça fait des années que vous êtes suivi… »

« Savoir que je pars (en prison) ce soir, ça me fait un stress en moins »

 « Oui j’ai un problème d’addiction. Ici, j’ai un passé et un passif qui me rattrapent toujours. Je trouve un peu de ‘j’oublie mes soucis’ dans la drogue, comme un alcoolique le trouve dans l’alcool. Je ne suis pas calme, je suis très stressé, alors de savoir que je pars ce soir, ça me fait un stress en moins. » 5 condamnations pour violence en état d’ivresse, vols aggravés et escroquerie, trafic de stups, conduite sous stups (deux fois avant aujourd’hui). Le rapport de sa conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP), avec laquelle il fut néanmoins honnête, est en demi-teinte, à l’image du suivi : il ne vient pas à tous les rendez-vous, il n’est pas conscient de sa dangerosité. « Avec tout le respect que je vous dois, dit-il au tribunal, c’est pour ça que je voudrais quitter la région. Tous les gens que je connais, ici, sont soit alcooliques, soit sous stupéfiants. »

9 mois ferme

Le parquet requiert 1 an de prison avec mandat de dépôt et interdiction de conduire pendant 1 an. Maître Sarikan reprend ses débuts dans sa vie de jeune adulte, puis le décrochage lié à la drogue. « Qu’il ne mette pas de mots dessus montre qu’il est à l’ouest. Il a absolument besoin de se faire soigner, il est totalement fragile. » Le tribunal relaxe le prévenu de la prévention d’acquisition de stups, « considérant que c’était pour votre usage personnel et non pour un trafic ». Reconnu coupable du reste il est condamné à 9 mois de prison (qui viennent s’ajouter aux 6 mois mis à exécution), le tribunal décerne mandat de dépôt.

« Y a-t-il un risque de manque, en prison ? – Ben, ça devrait le faire avec des calmants. Du Tercian pour dormir et ça ira. – Y a-t-il un risque que vous portiez atteinte à votre intégrité physique ? (le gars sourit franchement) – Non, mais y a une crainte qu’on porte atteinte à mon intégrité physique là-bas. »

Florence Saint-Arroman

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