Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Alcool et violence au coeur d'une vie de couple

« Ils savent que leur relation est toxique. Ce n’est pas la faute de la victime mais le climat est trop malsain pour avoir une relation sereine et lui, il est derrière les barreaux. On a une conjonction d’éléments qui montre que ça ne pouvait que dégénérer entre ceux deux-là. Il ne faut plus qu’ils se voient ! C’est terminé. » Maître Charbonnel écarte grand les bras face au tribunal pour souligner l’évidence. Il est poursuivi pour violences conjugales, et en détention provisoire depuis le 6 octobre, depuis que la police l’a arrêté devant son domicile dans la nuit. Elle était à terre. Ils avaient tous les deux bu, elle appelait au secours, des voisins ont fait le 17.

« Elle marque facilement », « elle fait des crises », « elle avait trop bu »

Le prévenu est soulant, il ne fait que prendre la parole, il la coupe au besoin, il n’arrive pas à se contenir, et il déblatère sur sa compagne. Autant dire qu’il se tire des balles dans le pied, tant les propos comme « elle marque facilement », « elle fait des crises », « elle avait trop bu, elle tombait d’elle-même et se cognait », ressemblent en tous points au discours de l’agresseur dans le déni. A chacune de ses interventions on frémit : il s’enfonce en cherchant à l’enfoncer, c’est du moins ce qu’on ressent jusqu’au moment où la compagne s’avance à la barre, à l’audience de comparutions immédiates de ce lundi 7 octobre.

Crises et violences réciproques

Il a une trentaine d’année, elle s’en approche. Ils sont ensemble depuis 6 mois, ils se connaissent depuis 2 ans. Leur relation est émaillée de crises et de violences réciproques. La jeune femme est tendue. « Je voudrais dire ce qui est vrai : c’est moi qui ai donné le premier coup. Ce qui est faux : j’étais soule au point de tomber. Il avait bu une bouteille de whisky, il a tapé sur tout mon visage, je voudrais qu’il reconnaisse ce qu’il a fait. C’est vrai que je suis quelqu’un qui crie et qui part au quart de tour, mais je voudrais qu’il s’excuse. S’il va en prison je vais souffrir encore plus. » L’émotion la submerge elle éclate en sanglots.

« Quand elle me tape je ne riposte jamais »

Elle reconnaît l’avoir frappé. Il y avait eu des mains courantes. « Elle avait cassé une chicha et s’était coupée exprès avec les morceaux. Ses parents m’ont dit, elle est comme ça, elle fait des choses comme ça. J’ai rien à dire à part ‘pardon’. » Il pleure aussi. « Quand elle me tape je ne riposte jamais. Je suis excédé, elle le sait. Je fais des cauchemars tout le temps, elle le sait. » Il veut prendre l’alcool comme excuse à un coup « mal régulé », qu’il regrette d’ailleurs « beaucoup », mais le tribunal lui oppose une alcoolémie franchement basse au matin. Sa compagne, elle aussi, part un peu en roue libre à la barre, elle poursuit : « Dans mon préjudice, j’ai besoin qu’on ait une discussion, et ensuite qu’on se sépare. »

La victime a 20 jours d’ITT

Une discussion… on imagine aisément à quelle vitesse un échange peut tourner à la manifestation hystérique vu ce que les deux laissent entrevoir de leurs personnalités à l’audience. Elle regagne sa place le visage creusé de rigoles de larmes, il est bien trop secoué pour reprendre la parole. Le ministère public maintient une lecture sans équivoque, revient sur le casier judiciaire du prévenu (une condamnation pour violences – pas conjugales), rappelle qu’« une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son compagnon » et parle même « d’emprise ». Marie-Lucie Hooker requiert 9 mois ferme suivis d’un sursis mis à l’épreuve. La victime a 20 jours d’ITT, elle veut une séparation mais ne semble toutefois pas disposée à lâcher l’élastique pour autant.

6 mois de prison et fin du couple

C’est avec tous ces éléments que la défense démontre que la séparation des deux est impérative. « Les deux mains courantes rapportaient des conflits qui viraient à la crise d’hystérie et une alcoolisation des deux. » Le prévenu s’excuse auprès de la victime qui ainsi entend les paroles qu’elle espérait. Il a sans doute eu raison de le faire car les dés sont jetés : le tribunal relève l’état de récidive légale (condamnation de 2016) et le condamne à 12 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, ordonne son maintien en détention pour la partie ferme, et motive cette peine par la récidive, la gravité des coups portés, et « votre positionnement à l’égard des faits, vous minimisez beaucoup ». Interdiction de contact : la séparation est actée.

Florence Saint-Arroman

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