Mercurey

Une centaine de pèlerins à la marche processionnelle du 15 août

Ponctuellement, le marteau de tintement de Claudine1 frappe 5 coups brefs sur sa jupe de bronze. Il est 17h ce

15 août 2019. C’est le jour et l’heure de la fête votive de Mercurey ; l’heure du rassemblement ancestral.

De tous les villages de la paroisse, ils arrivent en nombre. Cette année ils seront presque 100 pèlerins.

Tandis que près de l’église, le servant thuriféraire prend en main le bénitier et la brassée de buis, le groupe s’avance lentement, derrière le père Jean-Michel Payeur, accompagné cette année du père Christophe Alizard, prêtre parisien en séjour dans sa famille. Jamais le terme pasteur n’a été autant de circonstance. Comme leberger conduit son troupeau, le curé de la paroisse marche devant, guidant son peuple.

Dans les porte-bébés ont été calés les nourrissons, les papas ont installé sur leurs épaules les plus grands. Infatigables, des ados connaissant le trajet, partent en avant, faisant des allées et venues vers le groupe.

Après avoir dépassé la fontaine du Reu, l’assemblée s’engage sur le petit chemin du Curtil Valentin, endirection de la croix de Chaumeu, où elle fera un arrêt. Pas de pèlerinage, même éphémère, sans stations, lectures et instruction.

De là on aperçoit, dominant le vignoble, la statue de la Vierge de Mercurey. Mère admirable; Consolatrice des affligés; Etoile du matin; Porte du ciel; Reine de la paix, chante le psalmiste. A Mercurey, nous pourrions ajouter : Mère protectrice des vignes. Sur le coteau plein sud, la Dame et sa robe immaculée, les pieds posés sur la demi-sphère symbolisant la terre, attend ce rendez-vous annuel. De ses bras ouverts, depuis bientôt un siècle et demi, elle accueille ses enfants.

La pyrale qui a décimé les buis, ces dernières saisons, laisse apparaître la roche karstique du coteau de Bussière.Elle nous rappelle l’aspect de ce lieu jadis, avant l’implantation des conifères par l’ONF, en 1956, où lesrochers étaient à nu, soutenant une sorte de lande arbustive composée seulement, de chênes rabougris, de ronces, d’épines noires et de buis, qu’on appelait : les Chaumes.

C’est là que le groupe se rend en chantant. Il est curieux de noter ce besoin qu’ont les êtres humains de se rassembler autour d’une même cause et de chanter. Nos stades sportifs en sont l’exemple vivant.

Commence alors la lente montée à travers les arbres. Il faut gravir le chemin sinueux et pentu. Sur tout le trajet le chapelet s’égrène. Chaque culte possède le sien. Le teshib musulman comporte 99 grains de bois, lesbouddhistes répètent leurs mantras sur les 108 perles du Mâlâ. Certaines peuplades animistes d’Afriqueramassent des petits cailloux qui leur servent à invoquer leurs dieux. Que récitent les Incas sur leur quipu ?

Un léger plat annonce l’approche du site. Les chants s’arrêtent, un silence s’impose devant la beauté du lieu.En contrebas, la couleur des vignes qui servent d’écrin à la statue de Marie, rafraîchit l’esprit de ses camaïeux verts. L’instant devient soudain émouvant. Avant que le prêtre n’allume la lampe 9 jours, les enfants radieux, – dans leurs yeux on entrevoit le Ciel – déposent leurs bouquets de fleurs au pied de Marie. Un dernier chant,une dernière invocation, le pasteur bénit le vignoble, ainsi que l’assemblée. Celle-ci, revigorée de dévotion parcette marche processionnelle et l’eau bienfaisante, prend le chemin du retour, par la rue de Pourtu pour les plussportifs, par Monthelon pour ceux venus en voiture, d’autres empruntent le même chemin qu’à l’aller.

Revenus place de l’église, alors que Félicité2, de son battant matricé, annonce l’angélus en « sol 3 », les pèlerins sont invités à partager, offerts par la municipalité et quelques vignerons, les rafraichissementsaccompagnés des gougères et autres pâtisseries préparées par les bénévoles de l’association.

1. Petite cloche classée, qui date de 1579. Située au sud dans le clocher, d’un poids de 240 kg, richement décorée entre épaule et faussure,elle porte le prénom de sa marraine, Claudine de Ferrières qui résidait au château d’Etroyes. De son tintement, elle marque « en
piqué », les heures et les 3 fois trois coups en « do 4 » du début de l’Angelus, à 7h, à midi et à 19h, chaque jour.

2. Située au nord dans le clocher, cette cloche datée de 1612 pèse 560 kg. Elle sonne à la volée, en lancé franc, de concert avecClaudine, toutes les célébrations. Félicité des Barres, épouse de Jean de Digoine, Dame d’Etroyes et Mercurey, fut sa marraine.

J.Menand

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