TRIBUNAL DE CHALON - Un pizzaiolo chalonnais en guise d'interprète pour une affaire de violence

Si les gens pouvaient arrêter de se taper dessus, ça serait formidable et il y aurait alors peu de comparutions immédiates (CI), mais voilà, ils n’arrêtent pas. Celui-ci, un italien de 43 ans, comparaît ce jeudi 24 septembre pour des violences sur sa compagne, en état d'ivresse et en état de récidive légale.

 

La récidive légale ne fait pas de lui un coupable mais elle le renvoie en CI. Il a été placé en détention provisoire hier. La victime est présente, et représentée. L'ambiance ne tarde pas à devenir un peu folklo : comme le prévenu fut assisté d'un interprète lors de sa garde à vue et du défèrement, le tribunal en a recherché un pour l’audience. Faute de l'avoir trouvé, on a requis un pizzaiolo chalonnais qui est venu en avance, cheveux de jais coiffés en arrière, chemise et pantalon noirs, veste de cuir camel. Le look est hélas torpillé par un masque chirurgical. 

 

Maître Mirek l’embarque dans les geôles avant l'audience, en remonte pour apprendre aux magistrats dès le début de l'audience, que ces messieurs se connaissent. Le pizzaiolo dit avec ses mains que oui ils se connaissent mais « seulement du travail ». Comme le prévenu possède un restau italien dans la couronne chalonnaise, il est finalement un employeur potentiel, le fut peut-être, bref, comme dit maître Mirek, « c’est délicat », quoi qu’elle précise que son client « parle français ». Dans ces conditions on se dit qu'on peut se passer d'interprète, mais on se trompe.

 

Le tribunal renvoie le jugement. Béatrice Moure, pour le ministère public requiert le maintien en détention, car « faits graves », que « monsieur conteste entièrement », donc « ne se remet pas en question ». Du coup la magistrate estime qu'il y a un risque de renouvellement des faits, et la possibilité qu'il fasse pression sur la victime. L'avocate de celle-ci dit qu'elle a « très très peur ». Maître Faure-Revillet demande une interdiction de contact et une interdiction de paraître sur la commune où ils vivent tous les deux, sauf que le restaurant de monsieur s'y trouve. 

 

Maître Mirek, elle, se dit « très étonnée » que ce débat ait lieu sans que son client soit assisté d'un interprète puisque le tribunal l'estime nécessaire pour juger sur le fond. « Sa remise en liberté s'impose. Ces deux-là ont été en relation pendant deux ans sans la moindre violence. Il tient son restaurant depuis 2009, c'est toute sa vie. Il peut respecter une interdiction de contact ». Le prévenu le confirme de son accent chantant.

 

Le tribunal libère le pizzaiolo qui n'aura rien d'autre à raconter à ses collègues que les geôles du palais, quant à celui qui est dans le box, le tribunal ordonne son placement sous contrôle judiciaire, renvoie le jugement au 15 octobre. Il doit voir un psychologue ou un médecin, il devra pointer en gendarmerie. Interdiction de contact avec madame et ses enfants (lui, n’a pas d'enfant) et interdiction de paraître dans la rue XX où ils vivent tous les deux à des numéros différents. Le prévenu dit pouvoir sortir par l'arrière de son bâtiment, soit dans une autre rue, donc acte.

La présidente adresse quelques mots à la victime : « Si monsieur tente de rentrer en contact avec vous ou si vous le voyez rue XX, vous appelez la gendarmerie. »

 

Florence Saint-Arroman

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