TRIBUNAL DE CHALON - Molestée, insultée, et/ou frappée, depuis 8 ans sur les 11 que compte leur vie commune

Après ses accès de violences, la plupart du temps il ne se rappelait de rien, disait-il. Quand elle lui reprochait ce qu’il avait fait, il répondait « Ah bon ». À force d’être molestée, insultée, et/ou frappée, depuis 8 ans sur les 11 que compte leur vie commune, elle était comme creusée de l’intérieur. Il est jugé ce jeudi 5 novembre selon la procédure de comparution immédiate.

Elle travaille comme employée de maison. C’est son employeuse qui l’a emmenée poser plainte à la gendarmerie de Saint Germain du Plain, le 26 octobre. Au printemps dernier, elle avait commencé à parler, à sa patronne, mais un peu seulement. Ses larmes en revanche montaient de suite lorsqu’elle était l’objet d’une attention délicate, ou d’un mot gentil de la part de l’employeuse. Puis en octobre, elle lâche tout, elle n’en peut plus, elle veut partir, il est violent. La dame appelle une association d’aide aux victimes, puis l’accompagne.

 

Violences habituelles

Onze ans de vie en concubinage à Longvic, puis en Bresse, un enfant âgé de 3 ans, 8 ans de maltraitance. Il est poursuivi pour 6 ans, sans doute le moment de la première trace objective, puisqu’elle s’était effondrée sous les coups sur un trottoir de Longvic. Par la suite, les violences avaient lieu au domicile. Pourquoi ? Parce qu’il buvait, beaucoup, beaucoup trop, et qu’il ne supportait pas que sa compagne le lui fasse remarquer. Il ne supportait pas non plus « que j’éteigne la musique ». Ambiance.

 

Ses réponses sont toujours creuses, générales

Ses filles aînées. L’une ne vient plus du tout chez lui. L’autre ne vient presque plus mais elle a témoigné des scènes qu’elle entendait de sa chambre. L’une et l’autre savent que leur père a un problème avec l’alcoolisme. Il a eu pris de l’héroïne, et puis lorsqu’il a arrêté il a compensé en buvant davantage. « Je bois trop d’alcool, j’en ai conscience. » Son discours à l’audience n’ira pas au-delà, et sa compagne, présente, souligne à quel point ses réponses sont toujours creuses, générales. « A jeun, il pouvait être d’accord avec moi, mais il restait sans opinion. »

 

« Avez-vous conscience des dégâts que les faits de violence ont pu provoquer sur madame ? »

Cette forme d’apathie finit par interroger les juges : « Monsieur, vous êtes passif, inerte. Vous risquez plusieurs années de prison, vous êtes jugé selon le mode de comparution le plus violent qui soit, et vous ne réagissez pas ? » Il répond : « Je ne suis pas quelqu’un de violent, je suis plutôt du genre à ne rien dire, justement. » Maître Girardot intervient pour la victime, souligne les 30 jours d’ITT fixés par le médecin légiste pour « préjudice psychologique » ce qui est rare. « Vous rendez-vous compte, monsieur ? Avez-vous conscience des dégâts que votre attitude et les faits de violence ont pu provoquer sur madame ? » Il répond : « Avant, c’était plutôt j’y pense puis j’oublie. »

 

« Il dit qu’il n’est pas quelqu’un de violent ? On a un problème de définition »

Le président Dufour confronte un peu la victime à elle-même : « Il y a quand même quelque chose de pathologique dans votre relation, madame. Vous en pensez quoi ? » Elle pense qu’il ne supportait pas « la vérité ». Maître Moundounga Tsigou axe sa plaidoirie sur le couple, justement : « On est deux dans un couple, or, à un moment donné, madame n’a pas mis fin à la relation, n’a pas essayé. » L’avocat prend la parole après des réquisitions virulentes : « Il dit qu’il n’est pas quelqu’un de violent ? On a un problème de définition. S’il veut ficher sa vie en l’air (en buvant), ça le regarde. Mais il n’a rien compris. » Aurélie Larcher requiert 16 mois de prison dont 8 mois de sursis probatoire renforcé pendant 2 ans, elle demande son maintien en détention pour la partie ferme.

 

Incarcéré, 10 mois ferme

Le tribunal va un peu au-delà. Il condamne cet homme de 44 ans à une peine de 18 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans, avec obligation de travailler, de se soigner, d’indemniser la victime (reçue comme partie civile). Interdiction de tout contact « sauf pour le passage de bras (l’enfant) en présence d’un tiers, en attendant la décision du juge aux affaires familiales ». Interdiction de paraître au domicile.
Maintien en détention pour les 10 mois ferme. Il n’est pas impossible que le centre pénitentiaire accueille un grand dépressif.

 

FSA

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