TRIBUNAL DE CHALON - Dans la nuit du 30 décembre, le ton était monté dans ce quartier de Chagny...avec menaces et dégradations de véhicules

Ce soir, 4 janvier, un garçon âgé de 20 ans est sorti de détention provisoire. Ce soir, il doit trouver où dormir, car à l’issue du jugement en comparution immédiate, la rue où vivent ses parents à Chagny lui est tout simplement interdite. A l’audience trois victimes sont venues, la quatrième est représentée. Histoire de jeunes qui font « du bordel, parce qu’il n’y a pas d’autre mot ».

Des jeunes désœuvrés et bruyants et…

Alors le bordel, justement, ça va bien cinq minutes. Les chahuts nocturnes de gamins qui enfreignent le couvre-feu, circulent sans porter de masque et squattent les parties communes de l’immeuble, avaient bien entamé la santé nerveuse des autres habitants. Cette montée d’escalier avait perdu la paix. La nuit du 30 décembre a porté le coup de grâce. Une dame, n’en pouvant plus, est descendue demander le calme, elle a été intimidée par une barre de traction, puis gazée à la bombe lacrymo. L’ex-époux de cette dame est descendu, puis est remonté chercher son pistolet d’alarme, il a tiré (il est convoqué pour en répondre en correctionnelle). Et les gosses ont abîmé des voitures, celles de cet ancien couple, celle d’une autre voisine qui pourtant avait littéralement « supplié » qu’ils épargnent sa Twingo, rapporte maître Marceau.

Innocenté à l’audience par les victimes elles-mêmes, pour les violences

Les gendarmes sont arrivés, puis le PSIG en renfort, mais les jeunes se sont enfuis et ont joué à cache-cache tout en insultant les militaires pendant une heure. Au final deux d’entre eux sont déférés : deux frères. Le plus âgé est dans le box, le petit est mineur. Le plus âgé s’est accusé des violences mais les victimes présentes à l’audience l’innocentent. « Il m’a défendue », dit la dame. Il a couvert son petit frère, et aussi un autre, finalement, qui sera poursuivi pour ces faits. Le monsieur qui a tiré à blanc le regrette, mais « ça fait des mois que des gamins viennent dans l’immeuble. Ils ne respectent rien. » Innocenté des violences, mais coupable d’avoir cassé le pare-brise de la Twingo, le jeune homme ne sait même pas pourquoi, en revanche il fut condamné en juin dernier pour avoir dégradé une borne à la gare, ça sent le roussi.

Les réquisitions

« Monsieur est un menteur patenté. Il a menti en confrontation, et aussi devant le juge des libertés et de la détention. Il a juré que c’était lui qui avait gazé ces gens. Donc, on ne peut pas lui faire confiance. Aujourd’hui on a le fin mot de cette histoire et X sera poursuivi. Mais je n’ai pas entendu d’excuses de monsieur. Toute cette famille pose problème, toute. Elle n’est pas là depuis longtemps (le prévenu est né sur l’île de la Réunion, mais la vice-procureur en nomme deux autres, comme si c’était pareil, ndla), elle a du mal à s’adapter. Ce sont des gens qui ne cessent de perturber le bloc, ils ne cessent de générer des troubles. » Devant la violence de la charge, une jeune fille dans la salle éclate en sanglots. « Eux qui ne travaillent pas », poursuit la magistrate. « Monsieur est un voyou. Très clairement, il ne peut pas retourner dans l’immeuble : c’est eux (les victimes) ou les voyous. » Elle requiert une peine de 8 mois de prison dont 4 mois seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, et l’interdiction de paraître à Chagny.

La plaidoirie de la défense

« Ces gens-là… ça me rappelle une chanson de Brel, c’est pas un terme très sympathique. ‘Ces gens-là’, ‘ce voyou’. » Maître Öztürk plaide d’un ton dépourvu, lui, d’énervement, et pourtant il s’inscrit fermement en faux : « Je défends F. et il est mis hors de cause par les victimes, c’est tout à votre honneur messieurs et madame. On nous parle de violence en réunion. Ils étaient 5, on en poursuit que 2. Est-ce que F. est un voyou ? Est-ce que ces gens sont des cas sociaux ? Eh bien, pas du tout ! C’est qui ces gens qui viennent des îles ? Des oisifs qui profitent des allocations ? Pas du tout. La mère cumule deux emplois, le père travaille aussi, en CDI. La grande sœur travaille. Alors, c’est pas ‘ces gens-là’. » Le mépris dans les propos du parquet ne passe pas. On comprend que les parents, occupés à gagner leur croûte avec des boulots aux horaires qui mordent sur les nuits, n’étaient plus disponibles pour tenir leurs garçons. L’avocat resserre son propos sur le prévenu : « Il a menti, oui, pour protéger son petit frère. Voilà. Il a un problème avec l’alcool, il faut faire quelque chose là-dessus. Pour autant il n’a pas démissionné de la vie, il a fait des missions intérim. Il a passé quelques jours en détention, c’est violent, c’est autre chose que le hall de l’immeuble. »

Interdit de reparaître dans sa rue pendant 2 ans

Le tribunal relaxe le jeune homme des violences, le condamne pour les dégradations à une peine de 4 mois de prison assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Obligations de travailler, de se soigner (en addictologie), et d’indemniser la victime (bris de pare-brise et préjudice moral). Interdiction de paraître dans sa rue. « Il faut que les habitants de cet immeuble soient tranquilles » ordonne le tribunal.

FSA

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