TRIBUNAL DE CHALON - Chalonnais, étudiant Dijonnais... et adepte de pédopornographie

Il a 24 ans, vit habituellement chez sa mère pas loin de Chalon, poursuit avec succès un cursus universitaire à Dijon, mais l’autorité publique lui est tombé dessus il y a deux jours, en venant perquisitionner le domicile parental. Le 3 janvier, une veille informatique repère le téléchargement de fichiers à caractère pédopornographique.

Une investigation supplémentaire révèle des téléchargements de cette nature à hauteur de plus de 20 000 fichiers entre juin dernier et début janvier. Voilà comment a commencé le début de la fin d’une addiction sévère au porno, mais surtout, et c’est ce qui concerne la justice, au goût pour les mineurs pris dans des situations de contraintes et d’abus, victimes d’agressions sexuelles voire de viols. Une addiction qui durait depuis 10 ans.

L’audience pose plusieurs questions/problèmes toutes échelles confondues : l’exposition des enfants à la pornographie via les appareils de leurs parents, puis via leurs propres ordinateurs et téléphones ; l’existence de la pédocriminalité sous la forme d’un « marché » contre lequel il n’est pas facile de lutter (question de moyens mais pas seulement) ; la prévention du passage à l’acte : le tribunal a-t-il face à lui un pédophile, susceptible d’agresser des mineurs ?

Accès accidentel à la pornographie, il a 8 ans, à la pédopornographie, il en a 13
Le prévenu dit qu’il a été exposé accidentellement à la pornographie, vers 8 ou 9 ans, quand il a découvert des films que stockait son père. Il s’y attache. Puis, vers ses 13 ans, il découvre la pédopornographie suite à une erreur lors d’un téléchargement e-mule. Deux accidents, donc, si on l’écoute. Depuis, sa vie s’organise autour de moments de cette sorte : il télécharge, il se masturbe, puis il a honte, il supprime. Puis il recommence. La répétition donne un cumul de fichiers proprement impressionnant : quand les enquêteurs le mettent face à cette réalité, il en est surpris. Il ne se rendait pas compte ? C’est possible.

« Rien en faveur d’un passage à l’acte » conclut le psychiatre 

Il a conscience que le principe du P2P diffuse les images et les vidéos vers d’autres, mais il nie en avoir eu l’intention. Il a déclaré avoir eu un attrait pour « l’absence de consentement », pour l’usage de la force, donc, et l’abus du plus fort sur le plus faible, mais il maintient que pour lui, « avoir des relations sexuelles avec un enfant est inconcevable ». L’expertise psychiatrique, obligatoire avant dire droit pour toutes les infractions à caractère sexuel, va dans ce sens : pas de pathologie psychiatrique, des difficultés affectives peuvent expliquer qu’il ait versé dans le virtuel, « rien en faveur d’un passage à l’acte, conclut le psychiatre, mais il faut une prise en charge adaptée, à long terme ».

« Monsieur, il y a des victimes, sur ces vidéos »

Des difficultés affectives, soit. Des traits de sa personnalité, on le verra ensuite, parlent en ce sens, mais les juges l’étrillent un peu, car, en substance, il est trop facile de s’en sortir ainsi. « Il y a un impensé, lui dit un assesseur. Il y a des victimes sur ces vidéos. » « Monsieur, lui dit une des juges, dans votre discours, lisse, posé, on ne sent pas d’émotions. On a l’impression d’un discours calculé, alors même que ce type d’images et de vidéos suscitent l’horreur. » L’étudiant répond : « J’ai une certaine froideur, je suis comme ça. La situation est déjà indigne et humiliante, je ne veux pas en rajouter. » On achoppe là sur des aspects de sa personnalité.

Rigidité et enfermement

Rigidité. L’étudiant reprend la procureur, alors qu’elle a la parole, sur sa façon de dire ‘le pair à pair’, il la corrige, croit-il, d’une voix parfaitement audible et avec l’accent : ‘peer to peer’. Il est donc capable d’autorité, une autorité parfaitement déplacée au moment où on le juge, trait dominateur, dominateur par son savoir, qu’importe, on frémit un peu. Comme s’il disait : « Vous voulez être exigeante avec moi ? Commencez par l’être avec vous-même ». Il disqualifie le discours de l’autre. Du reste le regard dur qu’il a posé sur la représentante du ministère public alors qu’il avait baissé son masque à l’issue de l’audience, raconte sa difficulté à encaisser qu’on le remette à sa place.

Enfermement. Son avocate le dit « très brillant », « d’une intelligence supérieure à la moyenne », c’est possible mais cela doit-il inévitablement entraîner des problèmes relationnels ? Peut-être. Cela doit-il inévitablement entraîner une « consommation » (« Consommer ! Depuis quand on ‘consomme ‘ des images sur lesquelles des enfants se font violer ? » pointait la procureur ) d’images d’enfants violés et agressés - des crimes qui se placent au sommet de la pyramide des crimes ? Certainement pas.

Les magistrats le confrontent, mais il garde la maîtrise de son discours

Pour sa défense il répète à l’envi que lorsqu’il avait 13 ans, il est tombé « par hasard » sur un fichier contenant de telles images. « Je voyais des gens de mon âge. » « Donc, il n’y avait la distance adulte-enfant », reprend maître Faure-Revillet dans sa plaidoirie. C’est vrai, mais il n’a pas eu non plus l’effroi de voir ses pairs ainsi maltraités, ainsi violentés, ainsi abusés. Les magistrats le confrontent mais il garde la maîtrise de son discours, même s’il semble parfois en difficulté pour dire les choses. Le parquet requiert une peine d’1 an de prison, sans aménagement ab initio, « vu la nature des faits, leur durée (il est poursuivi sur 6 ans, car au-delà il y a prescription, ndla), et la personnalité de monsieur », ainsi qu’un suivi socio judiciaire pendant 3 ans (18 mois de prison à la clé).

Réel/virtuel : le virtuel c’est du réel

Tout au long du jugement, les magistrats, siège et parquet confondus, se relaient pour pointer la responsabilité du prévenu, sa participation active en dépit du caractère passif de sa masturbation, à une chaîne criminelle, celle de l’exploitation d’enfants. De cela le jeune homme se défend, puis finit par comprendre ce qu’on attend de lui, et reconnaît, en bon élève, qu’en effet… Son avocate vient à son secours : « Quand on va faire des courses et qu’on achète nos avocats (sic), notre café, notre chocolat, nos noix de cajou pour l’apéritif, observe maître Faure-Revillet, on ne pense pas aux gens exploités au départ de la chaîne, aux mains en sang, aux cadences, aux gens exploités voire pas payés. » Bien vu : nous sommes tous confrontés à des responsabilités qui peuvent nous écraser, entre les tests sur animaux, les Ouïghours qui seraient soumis à du travail forcé pour telle ou telle marque, les enfants qui descendent chercher les minerais indispensables à la fabrication technologies sophistiquées que nous portons tous sur nous désormais. « Lui il n’a pas fait ce lien. » Mais on imagine les juges lui répondre : il avait les scènes sous les yeux, lui.

Epilogue

« Je suis tombé dessus à 13 ou 14 ans. Je ne m’explique pas pourquoi je le regarde encore, je ne comprends pas. Moi-même, je ne me comprends pas, car quand vous parlez de pédophilie, ça renvoie à des détraqués, à des déviants. Les gens qui font ça sont des déviants. » Sa mère est dans la salle, elle a ce courage, à la hauteur de son attachement à ce fils devenu brillant mais à quel prix ?
Il aurait pu demander de l’aide ? « J’aurais dû, mais je pensais régler ça tout seul après mes études. Oui, j’étais dans le déni. » Il parle beaucoup du stress qu’il subit et qu’il évacuait pour une part dans ces décharges pulsionnelles excitées par des vidéos. Il n’est pas le premier ni le dernier, le problème pour la justice, on se répète, ce sont les enfants et les adolescents victimes de prédateurs, de criminels.

Décision : 10 mois ferme et 5 ans de suivi socio-judiciaire

Le tribunal le déclare coupable et le condamne à une peine de 10 mois de prison. Il verra un juge d’application des peines pour savoir si la peine peut être aménagée et selon quelles modalités. Il est également condamné à un suivi socio-judiciaire pendant 5 ans, avec une injonction de soins. Le tribunal constate son inscription au FIJAIS, rejette sa demande de dispense d’inscription de peine au B2 de son casier judiciaire (demande prématurée, il pourra la reformuler plus tard).
Sa mère va lui dire quelques mots par la meurtrière du box, il baisse son masque, on lui demande de bien vouloir sortir car escortes et prévenus attendent pour entrer. Il se lève et jette un regard dur sur l’enceinte.

FSA

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