TRIBUNAL DE CHALON - Il y a eu de la bagarre sur le marché du Stade à Chalon-sur-Saône, ce jeudi 1er avril peu avant midi.

Au terme de presque 2 heures d’audience, c’est la seule certitude qu’on a, comme dit maître Guignard. Dans le box, deux jeunes hommes, nés au Maroc, l’un, 29 ans, vit en Espagne depuis ses 6 ans, l’autre, 26 ans, vit en Italie. Ils sont cousins et sont arrivés en France il y a 6 semaines, sans visas.

Tentative de vol avec violence, puis violence avec usage d’une arme 

Ils sont jugés selon la procédure de comparution immédiate ce mardi 6 avril, car on reproche à l’un d’avoir tenté de voler un téléphone portable dans la poche du blouson de monsieur X, à l’autre, d’être venu frapper ce monsieur pour qu’il lâche le poignet de son cousin, et aux deux d’avoir, alors qu’ils s’étaient réfugiés derrière l’étal du boucher, alors qu’un groupe les poursuivaient, jeté une hache de boucher ainsi qu’un couteau « sur la foule ».  La police n’a plus eu, après ça, qu’à se saisir des deux prévenus que le groupe avait arrêtés. 

Ils contestent. Celui qui est accusé de vol dit être victime, on l’a frappé 

Alors que le président rapporte le récit des faits, les deux prévenus font de grands « non » de la tête. Ça et les yeux pétillants de leur avocat : on comprend qu’ils contestent. Ils contestent tout, et disent qu’en revanche on s’en est pris à eux. Ils ont chacun 1 et 2 jours d’ITT, ils ont reçu des coups. La victime au dossier en a pris aussi, elle a 1 jours d’ITT.

L’affaire est néanmoins pliée pour la représentante du ministère public. « Un des témoins dit que ça fait plusieurs semaines qu’ils sont sur le marché et qu’ils commettent des vols. Et une femme a dit que ces deux-là lui ont volé son collier (faits qui ne leur sont pas reprochés, ndla) (...) Prendre un hachoir et le jeter sur des gens qu’on ne connaît pas, ce n’est pas un geste de défense. »

Aucune mesure de suivi n’est possible,  donc, incarcération

Aurelie Larcher, substitut du procureur, propose au tribunal de requalifier les faits de violence avec arme en « mise en danger de la vie d’autrui », remarque au passage que la peine encourue est alors moins élevée. En conclusion, les deux jeunes hommes sont en situation irrégulière sur le territoire français, ils n’ont pas d’adresse ici, ils n’ont pas de travail non plus, dans ces conditions toute mesure de suivi serait impossible. De surcroît la préfecture a délivré deux OQTF (obligation de quitter le territoire français) contre eux, donc si on les met en prison, on saura où les trouver. Ils n’ont pas de casiers judiciaires en France. Elle requiert contre chacun une peine de 6 mois de prison avec leur maintien en détention. 

« Où sont les outils du boucher qu’on les accuse d’avoir jetés ? On ne le sait pas »

« Le premier témoin aurait dû être le boucher », plaide maître Guignard qui souligne que les seuls témoignages au dossier sont ceux de la famille du plaignant, lequel tient un snack au Stade. « C’est un patriarche, il est respecté. Il a dû voir d’un mauvais œil arriver ces deux-là qui voulaient gagner un peu d’argent et auraient pu prendre la place d’un des jeunes qui aident sur le marché. Donc on ne veut pas d’eux sur le marché. Où a commencé l’altercation ? On ne sait pas. Où sont les outils du boucher qu’on les accuse d’avoir jetés ? On ne le sait pas. Le boucher en question ne s’est pas manifesté... C’est hallucinant. Ces deux armes sont devenues quoi ? On ne sait pas, dit-il en riant, on ne sait pas du tout. »

« Ces deux-là ont été tabassés et on veut le justifier par une tentative de vol »

« Moi je ne vois rien qui puisse les accabler. Alors, savoir où ils vivent, s’ils ont de l’argent, etc., ce n’est pas le problème. Le problème, c’est d’avoir des preuves. Ces deux-là ont été tabassés et on veut le justifier par une tentative de vol, et d’avoir jeté des armes que la police n’a pas retrouvées au sol. On n’a aucun mobile, aucune preuve, aucune confrontation avec la victime. On vous apporte un dossier avec deux OQTF et on vous dit, comme on ne sait pas où les trouver, il faut les mettre en prison. Je vous demande de les relaxer des faits de la poursuite. »

« La victime a reconnu l’un de vous sur planche photographique »

Les prévenus sont bien habillés, ne présentent aucun signe extérieur de carences (comme on a pu l’observer chez d’autres). Ils disent qu’ils étaient sur le marché pour y trouver un peu de travail au black. Ils expliquent au tribunal qu’il y a eu erreur sur les personnes. « Pourtant, objecte le président Madignier, la victime a reconnu l’un de vous sur une planche photographique de 91 portraits. - On est monté dans la même voiture de police, on est arrivé ensemble au commissariat. » Un interprète assiste les prévenus, c’est donc lui qui parle pour eux.

6 mois de prison chacun, maintien en détention 

Le tribunal les déclare coupables, et les condamne à une peine de 6 mois de prison chacun, ordonne leur maintien en détention. Ils devront verser 600 euros de dommages et intérêts à la victime, représentée par maître Duquennoy et absente à l’audience, ce que l’avocat de la défense regrettait. « J’aurais voulu une confrontation. »

 

Florence Saint-Arroman  

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