« Le métier d’enquêteur est passionnant » Entretien avec le commandant Roux, chef de la BSU au commissariat de Chalon-sur-Saône

Le commandant Christian Roux dirige la brigade de sûreté urbaine, soit le service des enquêteurs, qui compte en tout pas loin de 30 policiers. Il nous a accordé un entretien qui présente le travail de la filière investigation. Dans quelques semaines, il quittera la BSU de Chalon-sur-Saône pour d’autres fonctions.

La brigade de sûreté urbaine du commissariat de Chalon est placée sous l’autorité du commandant Roux depuis 2007, mais celui-ci est également* sur le départ. Dans quelques semaines il prendra la direction du GIR (1) à la PJ de Dijon. Les GIR sont des groupes interministériels de recherches dont la mission principale est de lutter contre l’économie souterraine à travers l’identification et la saisie du patrimoine acquis avec l’argent tiré des trafics de stups, du proxénétisme, etc. Avant son départ, le commandant nous parle d’une filière à laquelle il est très attaché, son cœur de métier jusqu’à présent : la filière investigation. 

La filière investigation

La Brigade de sûreté urbaine au sein d’un commissariat est chargée de résoudre les enquêtes judiciaires, celles faisant suite à des interpellations par les unités de voie publique, celles initiées par des plaintes, ou des enquêtes d’initiative en fonction des informations que les agents peuvent obtenir. Mais pour Christian Roux, rompu à cette spécialité, les choses ont beaucoup changé, et pas en faveur de l’investigation.

« Je trouve que cette filière n’a pas été priorisée en termes de moyens au fil des années mais surtout elle s’est compliquée sur le plan procédural. Pourtant, l’investigation permet non seulement de mettre à disposition de la justice les auteurs d’infractions pénales, mais aussi d’apporter une réponse au préjudice subi par la victime quel que soit son degré de gravité. Il ne faut pas l’oublier. L’évolution de la procédure pénale a entraîné beaucoup plus de contraintes pour les policiers, qu’il y a 20 ans. Quand vous démarrez une affaire, les enquêteurs doivent veiller au strict respect de la forme procédurale sous peine de voir la procédure cassée, avant de se concentrer à 100 pour cent sur le fond du dossier et les faits. » 

 C’est le procureur de la République qui dirige la police judiciaire

Un jeune OPJ passe dans le bureau : il doit signifier au parquet des placements en GAV (gardes à vue). « L’officier de police judiciaire dispose d’une période de 24 heures de garde à vue pour accomplir ses investigations, période qui peut être prolongée d’une autre période de 24 heures sur instructions du parquet mais là encore il faut s’adapter aux disponibilités de l’avocat de permanence pour programmer ses auditions. Par exemple, aujourd’hui, on voit rarement d’audition de mis en cause la nuit. »
« D’ailleurs, celui qui dirige la police judiciaire, c’est le procureur de la République, et à travers lui ses substituts, à qui l’OPJ rend compte de l’évolution de ses actes de procédure. A Chalon, nous entretenons des relations privilégiées avec le parquet, basées sur la transparence, la confiance, la réactivité. Cette crédibilité, elle repose aussi sur la résolution d’affaires sensibles qui se terminent aux assises. Je pense notamment à cette femme violée en marge du festival de Chalon dans la rue, en juillet 2018 ou, plus récemment, l’élucidation du braquage du bar-tabac le Manon, en mai 2020. »

Ne pas confondre les missions de police judiciaire avec la PJ

« La BSU exerce des missions de police judiciaire mais fait partie de la direction centrale de la Sécurité publique. Il ne faut pas la confondre avec « la PJ », la police judiciaire. Un protocole répartit les compétences mais l’équipe que je dirige dispose de la compétence et de l’expérience pour traiter des affaires criminelles. La preuve encore aujourd’hui (jeudi 8 avril), avec ce vol avec arme commis au préjudice d’un particulier (LIRE L'ARTICLE D'INFO-CHALON.COM) , et l’identification puis l’interpellation des quatre mis en cause par les unités de voie publique et la BSU. » (Nous apprenons ce jour-là que l’un des quatre est déféré, c’est-à-dire présenté au procureur, et devrait être jugé selon la procédure de comparution immédiate, ndla). 

Les méthodes d’investigation ont changé, l’aveu n’est plus la reine des preuves

« L’investigation a aussi évolué avec le temps, la politique de l’aveu si cher à nos pairs n’est plus d’actualité. Vous me direz, avec le droit de se taire ou de garder le silence dont dispose à présent un suspect, cela ne facilite pas cette option, dit le commandant avec un sourire. Aujourd’hui, l’enquête repose bien sur les témoignages, les auditions mais aussi sur des éléments objectifs comme ceux que la police technique et scientifique peut relever, ou le recours à la vidéo surveillance. » A ce sujet, Christian Roux décerne « une mention spéciale au CSU de la Ville de Chalon-sur-Saône, qui révèle quotidiennement des indices à partir de l’exploitation des images qui permettront aux enquêteurs d’identifier les auteurs d’infractions pénales ».  

Un volet « prévention » auprès des scolaires, malgré un travail quotidien à flux tendu

A l’heure où le commandant nous parle, un de ses OPJ est parti faire de la prévention stups dans un collège. Ce volet « prévention » n’est jamais négligé, il relève de l’éducation civique au sens large, d’éduquer les jeunes à des réalités qui hélas les concerne et dont on veut les protéger. Pourtant les enquêteurs travaillent tous à flux tendu, les interpellations se succèdent, les déferrements en comparution immédiate aussi, obligeant les enquêteurs à faire preuve de disponibilité et d’une totale implication. « Un exemple parmi d’autres : hier, un major de l’unité et directeur d’enquête a accompli 16 heures de travail effectif en auditions, perquisitions et actes d’investigations. »

« ‘L’urgent chasse l’urgent’, cette maxime s’applique parfaitement à l’unité »

« Les dossiers s’accumulent et nous contraignent à les prioriser. ‘L’urgent chasse l’urgent’, cette devise s’applique parfaitement à l’unité. Comme je vous l’ai laissé entendre, cette filière investigation n’attire plus. Avant, on ressentait une certaine fierté à intégrer un groupe d’enquête. Aujourd’hui, c’est différent. Si on a le choix, on va ailleurs. Heureusement, il reste encore des gens à vocation, ils sont les moteurs du service. Nos dirigeants ont pris conscience de la nécessité de redynamiser cette filière investigation par le biais d’avancements accélérés, ou la revalorisation de la prime OPJ, et c’est une bonne chose, car même avec toutes ses contraintes, ce métier d’enquêteur reste passionnant. »

Propos recueillis par Florence Saint-Arroman 

* Le commissaire Pic a pris d’autres fonctions, dans un autre département
https://www.info-chalon.com/articles//2021/04/01/48987/la-securite-publique-ce-n-est-pas-que-la-police-pour-bertrand-pic-commissaire-de-police-a-chalon-sur-saone/

(1)https://www.police-nationale.net/gir/#missions-gir
(2) L’assistance de l’avocat est obligatoire pour les mineurs, elle est facultative pour les majeurs qui y ont droit mais doivent en faire la demande. Lorsqu’un avocat est appelé pour une audition, il a 2 heures pour arriver, ne serait-ce que parce qu’il peut avoir un trajet à faire quand il est appelé à l’autre bout du département. Si l’avocat n’est pas là dans ce délai, l’audition peut commencer sans lui.
(3) DIPJ : direction interrégionale de la police judiciaire 

 

 

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