Faits divers
TRIBUNAL DE CHALON - « Va voir ton connard, va vite pleurer, va, salope ! »
Publié le 31 Mai 2021 à 19h01
Il lui a dit de manger ses morts et lui il mange ses mots. Son élocution est difficile à suivre. Il se tient les bras croisés sur sa chemise blanche, il porte une coupe undercut surmontée d’une grosse mèche de cheveux roulée en chignon. Il est poursuivi pour violences et menaces de mort, contre son ex conjointe et mère de ses trois enfants. Il a 33 ans.
Mais il conteste : elle veut lui faire du mal gratuitement. Il appelle ça « honteux ». La situation est difficile des deux côtés, elle semble excessivement douloureuse du côté de madame dont les enfants ont été placés en 2019. Ils lui manquent. Elle est allée déposer plainte le 18 mars dernier au commissariat de Chalon-sur-Saône. Il l’avait contactée pour régler des choses (avocat, enfants,..), elle s’est rendue chez lui avec une amie. L’amie a ensuite témoigné : « vachement violent », « il m’a arraché mon téléphone pour pas que j’appelle la police », « il a dit au chien, ‘bouffe la !’ », puis il est passé dans la cuisine avec son ex, et « ça poussait, ça tapait, ça criait ».
« J’en ai marre de passer pour une menteuse. Il m’a toujours tapée »
Dix ans de vie commune, trois petits, et des violences contre elle pour lesquelles il fut condamné en 2015 et 2019 (violences habituelles). Il soutient, d’une voix pâteuse, que le 17 mars dernier, c’est elle qui l’a agressé. Pourquoi ferait-elle ça ? « Elle sait très bien sûr quoi jouer, elle sait très bien que je serai condamné. » Il baisse complètement son masque, son escorte lui demande de le remettre, une fois, deux fois. Elle, cheveux noirs, vêtements noirs, se saisit en larmes de la parole que la présidente Verger lui propose, parce que « j’en ai marre de passer pour une menteuse. Il m’a toujours tapée. En 2019 je suis partie, je n’en pouvais plus. » Il est jugé ce lundi 31 mai en état de récidive légale.
« De toute façon, c’est toujours lui qui veut avoir raison »
Au fil de l’audience, tous les rapports viennent contredire les propos du prévenu (le JAP préconise la révocation totale du sursis antérieur), et cela rejoint ce que dit son ancienne conjointe : « De toute façon, c’est toujours lui qui veut avoir raison ». A une question de son avocat, il répond qu’il n’a personne autour de lui « à part les parents de madame, et c’est ça qui lui plaît pas ». 19 fois condamné. « Qu’est-ce qui vous rend violent ? - C’est mon caractère, je suis comme ça. » Il est tellement comme ça que c’est ainsi qu’il a été interpellé. Comme il est domicilié au CCAS, la police ne l’avait pas trouvé mais le 29 mai, suite à une rixe dans la rue, un homme est emmené à l’hôpital, il doit y donner son identité, et voilà.
« On a affaire à quelqu’un de profondément antisocial »
« `Les petits tu ne les auras pas, ni toi ni tes parents, je vais les tuer.’ Il menace régulièrement de tuer les enfants » , plaide maître Faure-Revillet pour la victime, soignée pour dépression depuis le placement de ses petits. « Aujourd’hui elle culpabilise parce que c’est elle qui est allée chez lui, pas loin de penser que c’est de sa faute. » Clémence Perreau, substitut du procureur, reprend les faits de violences, corroborés par deux certificats médicaux et une ITT de 5 jours. « C’est sa 6ème comparution pour des violences. Il a fait de la prison pour des violences sur madame et on le retrouve devant votre tribunal 7 mois après sa sortie ? On a affaire à quelqu’un de profondément antisocial, et les suivis n’ont pas d’effet. »
« Chacun a besoin de tenir l’autre responsable de ce placement »
Elle requiert la révocation des 6 mois de sursis antérieur, et, pour les faits du 17 mars, 24 mois dont 6 mois SP pendant 3 ans. Maître Marceau pense que « la clé de ce dossier, c’est le placement des trois enfants. Chacun a besoin de tenir l’autre responsable de ce placement, pour échapper à sa propre responsabilité. » Sur la scène du 17 mars, « il y a eu une altercation mais... », l’avocat rappelle que la seule témoin est « très attachée à la victime » et que les certificats médicaux ne se superposent pas aux faits tels que relatés par la victime.
« Deux individus extrêmement fragiles »
« On a deux individus extrêmement fragiles, et monsieur est en perte d’identité. Tout est parti, et ils ne s’entendent plus. » Problèmes d’alcool et de drogue « très importants » mais le prévenu se serait débarrassé de la drogue, il ne prend plus de traitement de substitution. « Il a le désir de s’en sortir, il lui manque un noyau social, il doit être entouré, et ne saura pas parler de madame ni avec elle, mais... » L’avocat plaide une peine protégeant madame et permettant à monsieur de reprendre pied. Celui-ci prend la parole, toujours quasiment incompréhensible.
« Salope »
Pendant le délibéré, on entend Coluche chanter « Misè-re, misè-re ».
Le tribunal revient, relaxe le prévenu pour les menaces de mort, le déclare coupable du surplus, le condamne à une peine totale de 2 ans et demi de prison ferme.
A sa sortie, il sera en sursis probatoire pendant 2 ans (obligations de soins, de travailler, d’indemniser la victime, interdiction de contact avec elle, de paraître à son domicile, obligation d’intégrer le dispositif AIR*), 1 an de prison en sursis au cas où.
Il n’est pas content du tout, grommelle que « non, non, non, je vais faire appel. Son ex se lève et quitte la salle sous ses invectives : « Va voir ton connard, va vite pleurer, va, salope ! »
Florence Saint-Arroman
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