Faits divers
TRIBUNAL DE CHALON - « Elle a autant de droits que moi, mais c’est normal qu’elle demande quand elle veut sortir »
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 21 Septembre 2021 à 07h18
Il est né en 1976 au Kosovo. En 1999, toute sa famille se réfugie en Serbie. En 2014 il arrive en France où il demande l’asile et obtient le statut de réfugié politique.
Il comprend assez bien le français, mais a besoin d’une interprète pour l’assister devant le tribunal.
Le 13 juillet dernier, après 23 heures, ce sont des ados qui font le 17 : une femme se trouve sur une pelouse, dans Chalon, elle a le visage en sang. La police intervient, les ados désignent l’auteur. La femme est également venue des Balkans, elle a 3 filles qu’elle élève seule. A son arrivée à Chalon, en 2017, le prévenu l’a aidée pour toutes ses démarches. Rapidement ils s’installent ensemble, mais tout aussi rapidement, il décide de vivre dans un logement séparé. Il n’a pas d’enfant, la cohabitation avec les filles n’est pas reposante, mais il reste en couple avec leur mère.
En la voyant saigner, il s’est calmé et a entrepris de lui nettoyer le visage
En juillet, elle voulait aller à la piscine, et d’après ce qu’on comprend à l’audience, il ne voulait pas, ou pas sans lui. Elle lui téléphone. Une femme répond. Choc. Elle se rend au logement de monsieur, il est bien avec une autre femme (il dit qu’il hébergeait une femme en difficulté sans avoir la moindre relation amoureuse et/ou sexuelle avec elle). Il s’énerve, peut-être de recevoir des reproches ? Ou des questions inquisitrices ? Visiblement, lui, il peut être jaloux, mais dans l’autre sens ça ne marche pas. Il ordonne à sa compagne d’aller l’attendre dehors. Il la rejoint, la frappe d’un coup à la tête. Elle tombe et finalement ne se souvient guère du reste, si ce n’est qu’en la voyant saigner, il s’est calmé et a entrepris de lui nettoyer le visage.
« Elle a autant de droits que moi, mais »
Il se tient à la barre. Il est sous contrôle judiciaire depuis le 6 août, avec une interdiction de contact. Mais il veut rester avec madame. Ça n’était jamais arrivé, et ça ne se reproduira pas. Sous réserve, tout de même… Clémence Perreau, substitut du procureur, l’interroge : les filles de madame (qui n’est pas à l’audience, et pas représentée) ont dit que leur mère devait avoir sa permission à lui pour sortir ? Lui : « C’est normal. » La substitut : « Est-ce qu’il sait qu’en France on est libre de faire ce qu’on veut ? Qu’on ne peut pas interdire à quelqu’un de faire quelque chose ? » Il fait dire à son interprète : « Elle a autant de droits que moi, mais c’est normal qu’elle demande quand elle veut sortir. »
Interroger les cadres et leur efficacité/utilité réelle
Il est déjà arrivé que je retrouve des morceaux de mes articles sur des sites qui promeuvent la peur et la haine à l’encontre des personnes d’origines étrangères. Le procédé est insupportable et malhonnête, mais ça… L’histoire ici n’est pas de jeter de l’huile sur un méchant feu, mais de pointer les différences culturelles, qui existent, comme le répond maître Faure-Révillet au parquet : « Il faut admettre que partout dans le monde on n’a pas la même éducation. » C’est le premier point. Le second concerne les conditions d’accueil en France. Cet homme a obtenu un statut de protection. En principe, avec, il y a un kit : le contrat d’intégration républicaine. En 2014, on l’appelait le contrat d’accueil et d’intégration. Le CAI est donc devenu le CIR, ce qui fait une belle jambe aux personnes concernées. Cet homme a-t-il bénéficié du parcours ? Des tests préalables ? Des heures de cours de français langue étrangère ? Sait-il d’ailleurs lire et écrire ?
Les réalités sont toujours plus complexes que des sigles ou des déclarations
Il travaille en intérim. Homme de ménage, aide-déménageur, préposé aux espaces verts… il fait tout ce qu’il peut faire. Il était en CDD cet été, il a ensuite changé de boite, son contrat court jusqu’au 23 septembre. Il gagne 600 euros par mois, comme « technicien de surface ». Tout ça pour dire que les réalités sont toujours plus complexes que des sigles ou des déclarations, qu’elles soient humanistes ou martiales. « Elle a autant de droits que moi », dit-il, mais la coutume, les pratiques du pays ou de la religion prennent le dessus, et madame ne s’en plaint pas spécialement : elle veut le garder comme compagnon, elle dit lui avoir pardonné. Les filles, qui n’ont pas spécialement d’affection pour lui, ont dit « il est gentil ».
« L’important, c’est que vous ayez compris… »
Alors… « Il faudrait un stage de citoyenneté », dit son avocate, « sauf qu’il faudrait une interprète », ajoute-t-elle. Voilà. Le tribunal l’a bien compris, qui condamne monsieur à une peine de 9 mois de prison, entièrement assortis d’un sursis simple. Son casier était néant. « C’est un avertissement important, lui dit la présidente Verger. L’important, c’est que vous ayez compris, qu’il y a des comportements adaptés et des comportements qui ne le sont pas, au sein d’un couple. »
On aurait bien voulu rapporter le dossier suivant à la suite de celui-ci : un couple poursuivi pour violences réciproques. Lui comme elle nés en France, sans difficulté pour s’exprimer, et pourtant… Pourtant on observe bien des différences culturelles au sein même du pays. Il faudrait des stages de vie relationnelle, mais ça n’existe pas.
FSA
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