Grand Chalon
GRAND CHALON BUSINESS DATING - Pour Olivier Lluansi, dans l'industrie, "il faut passer de la culture du censeur à celle de l'accompagnateur"
Par Laurent Guillaumé
Publié le 31 Mars 2022 à 19h30
A moins de 15 jours du premier tour de la présidentielle, la question de l'industrie française et de la souveraineté nationale sont plus que jamais sur la table... C'était le sens de l'intervention de cet "amoureux de l'industrie".
Longtemps conseiller spécial industrie et désormais Consultant, Olivier Lluansi, était l'invité du Grand Chalon ce mardi soir dans les salons du Colisée. Cet "amoureux de l'industrie" comme il aime à se qualifier est venu renverser quelques idées reçues sur les questions industrielles, face aux 200 chefs d'entreprise du Chalonnais.
"On a beaucoup parlé industrie ces dernières années et encore plus ces derniers mois" condède Olivier Lluansi, "mais où en est on aujourd'hui ?". Depuis 1975, il a rappelé les "trois millions d'emplois détruits" pour ne représenter "plus que 10 % des salariés". Il a été question de souveraineté nationale mais aussi d'impacts sur le déficit commercial.
La question qui est venue chambouler les esprits est celle de savoir "si la Grèce est un pays industriel ?". Une question piégeuse bien évidemment, d'autant plus lorsqu'Olivier Lluansi a rappelé que la part dans le PIB classait la Grèce au même niveau que la France, "c'est assez sidérant".
"Il y a 3 ans il y avait une forme de déni collectif sur les questions industrielles"
Les temps ont changé avec la crise sanitaire et désormais la crise ukrainienne montrant toutes les insuffisances de l'économie française face à un monde toujours plus mondialisé et interconnecté. "On a perdu tous nos avantages technologiques majeurs" a lancé sans sourciller le consultant industriel. "Toute la pharmacie a été délocalisée en Inde" et "malgré tous les Etats Généraux de l'industrie après la crise de 2008, on a juste stabilisé la situation". La crise de la COVID est venue chambouler l'appréhension des phénomènes de l'industrialisation des territoires... Espérons que la classe politique ait pris la mesure des défis face à nous.
Avant de parler industrialisation, il faut créer l'envie
Pour Olivier Lluansi, la question de fonds dans toute les politiques publiques liées à l'industrialisation, "c'est celle de l'envie, on n'a pas de boussole. De Gaulle et Pompidou forgeaient leurs politiques sur la souveraineté nationale. Mais aujourd'hui ? Il faut donner un sens. Il a fallu des crises à répétition pour se rendre compte de nos faiblesses et de notre dépendance".
"N'oubliez pas que 40 % de votre compétitivité est liée à ce que vous trouvez sur votre territoire"
Emploi, foncier, ingénierie... Oliver Lluansi a martelé le tryptique qui détermine la réussite ou pas d'une aventure industrielle, avant de s'attaquer aux "procédures administratives trop lourdes et pas assez simplifiées. Il y a un vrai sujet de la culture du censeur qui doit basculer vers celle de l'accompagnateur", soulignant l'efficacité du Grand Chalon dans ses dispositifs d'accueil industriel grâce au label Territoire d'Industrie.
Chapeau bas aux 54 milliards d'euros mobilisés en faveur de l'industrialisation française
Après des mauvais points, Olivier Lluansi a toutefois salué la volonté gouvernementale dans le déploiement de son plan financier, " 54 milliards, c'est considérable. C'est l'équivalent de 8 années de cadeaux de Noël offerts par l'ensemble des Français. C'est 480 000 emplois directs et 60 milliards de valeur ajoutée industrielle, mais on est au milieu du guet".
"On a le début d'un récit national mais pas aussi porteur que celui du Général De Gaulle" a prévenu Olivier Lluansi, avant d'appeler à la vigilance sur les ambitions politiques, "faire revenir des industries parties il y a 30 ans, ca n'a aucun sens. Si vous installez en France une production industrielle, il faut la demande en face. C'est une règle de base. Mais il est admis que le montant des biens importés qui pourraient être produits en France et qui correspondent à un besoin national sont estimés à 115 milliards d'euros".
Sur celles et ceux qui reposent leurs espoirs sur l'Union Européenne, le consultant industriel s'est voulu très clair, "notre salut passera par le sol national malgré de grands projets européens à l'image de ceux des batteries, des micro-processeurs ou des médicaments. Oui l'Europe a la bonne échelle mais il nous appartient de nous reprendre en mains".
Laurent Guillaumé
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