Saône et Loire
Pour l’AOM de Saône et Loire, "la présence du Loup ne peut être réduite au problème des dommages causés à l’élevage".
Publié le 31 Mai 2023 à 11h43
La présence du Loup dans le département et les attaques sur les ovins et les bovins font l’objet d’un traitement médiatique systématique. Consciente du caractère dramatique de ces attaques pour les éleveurs qui en sont victime, l’Association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire (AOMSL) souhaite exprimer son analyse de la situation.
Le Loup une « espèce protégée » qu’il est permis d’abattre. - Le Loup est une espèce protégée par différents textes juridiques. Sa destruction est cependant possible sous certaines conditions. Afin de protéger les troupeaux, un mécanisme de dérogation à la protection autorise le préfet à accorder des autorisations de tirs (dits « tirs de défense simple », « de défense renforcée » et « de prélèvement ») pouvant entraîner l’abattage de certains individus. Ces opérations de tirs mettent en œuvre un important dispositif administratif.
La population de loups actuellement présente en France est estimée à environ 1000 individus. L’État a décidé qu’il était permis d’abattre jusqu’à 20 % de cette population. En Saône-et-Loire, depuis la fin-mars, le préfet a accordé 21 autorisations de tirs valables jour et nuit jusqu’au 31 décembre 2023 et, actuellement, 146 chasseurs sont habilités à participer aux tirs de défense renforcée et de prélèvement. Un Loup a été abattu le 23 mai à Fontenay dans le Charolais.
La mise en cause du Loup et l’élimination de certains individus sont facilitées principalement par deux moyens :
- d’une part, en cas d’attaque sur un troupeau (ou de risque d’attaque), il suffit que la responsabilité du Loup ne puisse être exclue, sans être formellement prouvée, pour que le mécanisme de dérogation à la protection soit appliqué ;
- d’autre part, en principe il peut être dérogé à la protection du Loup si des attaques ont lieu alors que les troupeaux ont été protégés. Mais cette condition n’est pas exigée si le préfet « reconnait » que le troupeau n’est pas protégeable. Ce qui est très souvent le cas en Saône-et-Loire.
Concernant le département de Saône-et-Loire, l’application du mécanisme de dérogation à la protection est déclenchée chaque fois que la présence d’un Loup est avérée ou simplement suspectée (présumée). De sorte que l’installation de l’espèce est, dans les faits, rendue impossible, en tous cas fortement empêchée. La Saône-et-Loire est devenue un territoire d’exclusion du Loup. Cette politique, guidée par une volonté d’éradication préventive, pose question :
- dans les faits, si l’installation de l’espèce est rendue impossible, que reste-t-il du statut d’espèce protégée ?
- la protection juridique du Loup est régulièrement mise en accusation. Mais, compte tenu que les possibilités actuelles de dérogation à la protection permettent de s’opposer à l’installation de l’espèce, qu’apporterait de plus une révision du statut d’espèce protégée ?
Dans les faits, en Saône-et-Loire, le Loup n’est déjà plus une espèce protégée. Sa présence y est moins le fait de son statut juridique que de la dynamique de l’espèce.
Pour l’AOMSL, la présence du Loup ne peut être réduite au problème des dommages causés à l’élevage. - Revenu naturellement (sans ré-introduction), le Loup, comme toute autre espèce de la faune sauvage, fait partie de notre patrimoine naturel. S’il est parfaitement compréhensible que les attaques sur les troupeaux fassent régulièrement la une des médias locaux et concentrent l’attention des pouvoirs publics, la présence du Loup relève aussi d’une politique publique de préservation de la biodiversité.
A cet égard, l’AOMSL souhaite l’ouverture d’un espace d’expression permettant une information plus diversifiée et des échanges non exclusivement polarisés sur les dommages causés à l’élevage comme, par exemple, le rôle de prédateur du Loup sur d’autres espèces de la faune sauvage. Dans sa composition comme dans son fonctionnement, le Comité départemental Loup ne répond pas à cette attente.
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