Tribunal correctionnel de Chalon - La trésorière du Comité d’établissement a détourné 30.000 €

Ouvrière et élue du comité d’établissement dans une grande entreprise de volets roulants, la quadragénaire s’est enferrée dans une folle mécanique de crédits revolving qui l’a conduite au surendettement. Et à piocher dans la caisse du CE qui lui faisait entièrement confiance. Elle a détourné plus de 29.000 euros pour combler ses dettes de 2010 à 2014.

« J’ai honte », répète à la barre du tribunal de Chalon cette dame qui peine à articuler. Engagée par son entreprise en 2003, elle s’est toujours démenée pour elle, souvent au premier rang des luttes sociales. Réélue deux fois de suite au comité d’établissement, ses collègues n’ont vu aucun inconvénient à lui confier a trésorerie du comité. Une responsabilité qui lui allait bien, qui allait de soi. Tout le monde avait confiance en elle, son honnêteté n’avait jamais été ébréchée. Le trésorier-adjoint démissionne et n’est pas remplacé. La voilà seule en charge des comptes et des chéquiers du CE. Les détournements ont commencé en 2010. Elle doit gérer 15.000 euros annuellement.

 

Ce que ses collègues ignorent, comme son conjoint, c’est le drame financier et personnel qu’elle vit. Au total, elle contracte sept crédits-revolving pour rembourser ses dettes. L’un après l’autre. Imite la signature de son mari pour les obtenir, sans lui en parler. Une enveloppe et des mensualités qui explosent. L’argent du CE, de la collectivité est là, disponible. Ne sachant plus quoi faire, ni comment agir face à ce gouffre d’impayés, elle finit, un jour, par se faire un chèque. Puis un virement. Utilise la carte Bleue du CE à son profit pour régler factures courantes et achats de loisirs. Au total, sur les comptes du Comité d’établissement, elle retire 12.000 euros sur l’un, 13.000 € sur l’autre. Elle paie ainsi les leçons de conduite du fiston, des additions au restaurant, des sorties de vacances, des courses. Elle a mis son doigt dans l’engrenage infernal. Le CE, à qui elle présente régulièrement des comptes falsifiés, jusqu’à à mi-2014 n’a aucune raison de douter de sa trésorière. Les comptes affichés publiquement sur les panneaux dans l’entreprise sont évidemment erronés. « Vous avez tiré profit de votre fonction de trésorière, vous saviez que chacun avait une grande confiance en vous », note la présidente du tribunal. Elle pioche dans la caisse. Sans que,  personne de son entourage professionnel ou syndical ne s’en inquiète. L’entreprise et son comité d’établissement, à l’époque en proie à des tensions sociales fortes, ont d’autres chats à fouetter qu’examiner les comptes du Comité d’établissement à la loupe.

Depuis la révélation des faits, plus personne ne lui adresse la parole. Ses amis et collègues sont en colère, une colère à la mesure du choc et de la déception créés par ses détournements. Elle a perdu son poste, a été virée de son syndicat, est inscrite à Pôle Emploi et garde bien peu de contacts avec son ancienne entreprise, à qui elle doit comptes et remboursements. Le président du site de Montceau a déposé plainte contre elle en juin 2014. Des demandes d’avance répétées ont fini par attirer l’attention de ses collègues du CE. Placée en garde à vue en septembre 2014, elle reconnaît les faits. Elle est incapable d’expliquer pourquoi c’est arrivé. « Voir tout cet argent disponible alors que j’avais des découverts à boucher… ». Elle ne finit pas ses phrases. « J’ai tellement honte de moi, j’ai abusé », répète-t-elle, manteau sur le dos, regard fuyant et gestes saccadés. « C’est normal que je sois punie, je demande juste un peu d’indulgence. Mon mari me soutient, malgré tout ». La présidente Cécile Therme lui explique que les faits pour lesquels elle est poursuivie sont plus sévèrement réprimés que le vol, du fait, justement, de cette confiance initiale bafouée. « Elle a violé les termes de son mandat d’élue, a jeté le discrédit sur la représentation du personnel, assène Marie Gicquaud, représentant le Parquet. Avec sept crédits, le niveau et le rythme des remboursements était intenable ». Le Ministère public requiert six mois de prison avec sursis. Assise sur un banc avec son mari dans le hall du palais de justice, pendant la suspension d’audience, elle attend dans un silence lourd sa sanction. 

Elle a été reconnue coupable et condamnée à six mois de prison avec sursis. Elle doit rembourser près de 30.000 euros à son ancien CE, 3650 € de frais d’expert-comptable et verser 1000 € de préjudice moral.

 

Florence Genestier

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