Chalon sur Saône

Cérémonie d'hommage aux victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français à Chalon-sur-Saône

Ce dimanche matin, à Chalon-sur-Saône, une cérémonie avait lieu en mémoire aux victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français, 78 ans après la Rafle du Vél d'Hiv'. Plus de détails avec Info Chalon.

«Les Pavillons-sous-Bois, le 16 juillet,


Chers Roland, Annie et Paule,


Il est 4 heures du matin. Ils sont venus nous chercher. Je regrette le mal que j'aurais pu vous faire mais sachez que je vous aime par-dessus tout même si je n'ai pas eu le temps de vous le prouver.
Je vous embrasse et priez pour moi.


Édith»


Édith sera déportée avec son père par le convoi N° 13, le 13 juillet 1942.


«Paris, le 16 juillet,


Chers amis,


Je suis enfermée et je crois que je vais être envoyée en Pologne. Je vous en supplie, prenez mon enfant chez vous, je ne veux pas qu'il meure quelque part en Pologne. Je veux mourir sans lui...


Antonina».


Antonina sera déportée, le 23 juillet 1942.


«Paris, le 18 juillet,


Chers Oncle, tante et cousine,


Nous avons été pris jeudi à 3 heures du matin.


Nous sommes très malheureux, à chaque instant, il y a de nouveaux malades, des femmes enceintes, des aveugles. Je ne sais pas si nous pourrons supporter ceci encore longtemps...


Jeannot pleure tout le temps car il veut retourner à la maison.


Clara».


Clara et sa mère seront déportées par le convoi N°16, le 7 août 1942.


Tous seront déportés à Auschwitz.
Aucun ne reviendront...


Ces trois lettres émouvantes, évoquant les heures les plus sombres de l'histoire de notre pays, nous sont parvenues grâce à la complicité de quelques pompiers et gendarmes, touchés par le sort des internés. Ils devaient échapper au regard des policiers français et des membres de la Gestapo car contrevenir à la politique du Vichy et de l'occupant allemand était extrêmement risqué. Elles ont été lues, ce matin, par Serge Rosinoff, conseiller du maire de Chalon-sur-Saône chargé de mission Mémoire et monde patriotique, à l'occasion de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux Justes de France, des commémorations qui, comme chaque année, ont lieu un peu partout en France.


À Chalon-sur-Saône, la cérémonie ce dimanche 19 juillet, se déroulait, à 11 heures, devant le monument des Déportés et des Résistants de l'arrondissement, dont les dessins ont été réalisés par Lucien Branchard, fils de l'un des fusillés du Bois de Marloux en 1944.


Cérémonie instituée en 1993, cette Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux Justes de France est fixée autour du 16 juillet. Cette date correspond aux rafles des 16 et 17 juillet 1942, au cours desquelles près de 13 000 personnes juives furent arrêtées dans Paris et sa banlieue. 8000 d'entre elles furent regroupées au Vélodrome d'Hiver (le tristement célèbre Vél' d'Hiv') avant d'être internées dans les camps de Pithiviers et de Bonne-la-Rolande, dans le département du Loiret, avant d'être déportées.


Ce triste anniversaire est l'occasion d'évoquer la mémoire des 76 000 Juifs déportés de France, durant la Seconde Guerre mondiale, vers les camps de la mort.


3943 seulement sont revenus.


La cérémonie avait lieu en présence du maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, du président du Grand Chalon et 1er vice-président du Conseil départemental de Saône-et-Loire, Sébastien Martin, du sous-préfet de Chalon-sur-Saône, Jean-Jacques Boyer, du député de la 5ème circonscription de Saône-et-Loire, Raphaël Gauvain, Laurence Fluttaz vice-présidente du Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté, — représentant la présidente du Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté, Marie-Guite Dufay —, du conseil départemental, Jean-Vianney Guigue, — représentant le président du Conseil départemental de Saône-et-Loire, André Accary —, et du lieutenant-colonel Éric Jaillard, qui représentait l'Ingénieur en chef de 1ère classe, Sylvain Hilairet, commandant de la Base pétrolière interarmées et commandant d'Armes de la place de Chalon-sur-Saône.


Encadrée par les portes-drapeaux de Marcel Landré, de l'Union Nationale des Parachutistes (UNP) — section 712 Guy de Combaud-Roquebrune —, la cérémonie débutera par la diffusion de la chanson «Nuit et Brouillard» (1963) de Jean Ferrat.


«Malgré le danger que comportait ces actions, pendant toute la guerre, des Français appartenant à toutes les catégories sociales et de toute confession ont soustrait des hommes, des femmes et des enfants aux recherches de la Police, en leur fournissant des faux papiers, en les avertissant des rafles ou en refusant de donner leur nom aux autorités», déclarera Serge Rosinoff, au sujet des Justes, après avoir évoquer le sort des personnes raflées.


Les Justes de France «dont il est impossible de quantifier le nombre», précisait-il, «qui, par souci d'humanité, ont caché et sauvé des milliers de personnes», saluant ainsi le courage de ces hommes et ces femmes qui ont refusé l'impitoyable traque menée contre les Juifs.


«Forts de l'expérience douloureuse de la montée des périls fascistes d'avan-guerre que les Puissances de l'époque n'ont pu stopper, nous ne pouvons que saluer le travail remarquable de toutes les organisations de lutte contre le racisme et l'antisémitisme qui luttent pied à pied contre les résurgences du mal et ne laissent rien passer», poursuit celui qui est président de la communauté israélite de Chalon-sur-Saône avant de conclure son discours par une citation empruntée à la philosophe Simone Weil (1909-1943) :
«Je n'aime pas l'expression devoir de mémoire. Le seul « devoir » c'est d'enseigner et de transmettre».


Puis, ce fut au tour du maire de prendre la parole.


«Combien furent-ils, de milliers, les Juifs opprimés de la France du Nord, de l'Europe du Nord, de l'Humanité du Nord, qui cherchèrent à fuir la pression de la botte nazie les écrasant? Combien furent-ils à Chalon et dans le Chalonnais? Portés par l'espoir du Sud qui prenait les couleurs de la Liberté. Combien furent-ils, trompés par de faux passeurs et de vrais truands, d'abord intéressés par l'argent au mépris de la Vie?», s'interroge l'édile.


«Mais combien, furent-ils, qui comprirent, par un sourire, par un geste de compassion, par une main tendue qu'ils avaient à faire à de vrais humains, à d'authentiques résistants, bien décidés à opposer à la barbarie nazie l'humanité simple et claire du matin où l'on sauve une vie?», poursuit-il, faisant allusion aux Justes «que leur reconnaît, plus tard, Israël, nation relevée de la cendre des crématoires, pour affirmer à la face du mondel'éternité de ce grand peuple», terminant son discours par un «Gloire aux Justes à ceux qui ont sauvé des Juifs! Gloire aux Justes qui ont sauvé des vies!Gloire aux Justes qui nous ont sauvé!», avant de céder sa place au sous-préfet qui a procédé à la lecture du message de Geneviève Darrieusecq, la Secrétaire d'État auprès de la Ministre des Armées, Florence Parly.


Après quoi, les autorités civiles et militaires ont déposé des gerbes commémoratives des associations patriotiques au pied du monument des Déportés et des Résistants de l'arrondissement.


Ensuite, ce fut la Sonnerie aux Morts, une minute de silence, l'hymne national avant la salut aux portes-drapeaux et honneur aux autorités sur la Marche des soldats de Robert Bruce.


Étaient également présents, Dominique Rougeron, conseillère au maire de Chalon-sur-Saône déléguée Personnes âgées Accompagnement du handicap, Paul Thebault, conseiller au maire chargé de mission suivi des délégations de service public et commission de sécurité, Alain Rousselot-Pailley, conseiller municipal de l'opposition, Jean-François Drillien, président du Comité de Chalon-sur-Saône de la FNACA et Bernard Loiseau, président départemental UNADIF-FNDIR de la Saône-et-Loire, pour ne citer qu'eux.


La cérémonie a pris fin un peu avant midi.

 


Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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