Elan Chalon

Pour Julien Espinosa, coach de l'Elan Chalon, " les différences culturelles sont une vraie richesse"

Arrivé dans l’urgence pour remplacer Philippe Hervé et remettre à flot une équipe à la dérive, Julien Espinosa prépare avec grand soin la nouvelle saison de l'Elan Chalon. Et ce, en s’appuyant sur un groupe construit aussi bien sur le joueur que sur l’homme. Interview pour info-chalon.com.

L’une de vos particularités est de ne pas avoir été un joueur de haut niveau.

C’est vrai, j’ai commencé le basket très tardivement et, évidemment, je n’avais pas la maîtrise technique pour me faire une place dans le milieu pro. J’ai tout juste réussi à intégrer le Centre de Formation à Antibes. Et encore. Je me souviens de la difficulté que cela a été pour moi de me faire une place dans cette structure tant le niveau d’exigence était élevé. J’ai ensuite poursuivi ma formation au STAPS de Nice que j’ai validée avec un Master Recherche en Sciences du Mouvement Humain. Le fait de ne pas avoir joué en pro m’a demandé de beaucoup observer les joueurs et écouter les collègues entraîneurs plus expérimentés. C’est un point fort et un point faible en même temps chez moi. Je doute constamment. J’observe, j’essaie de comprendre l’autre, de tirer des enseignements de ce qui est différent de moi. Je n’aime pas l’idée d’une structure de travail trop figée. J’aime m’adapter à mes joueurs et aux besoins que je décèle chez eux. L’apprentissage ne se donne pas, il se construit à plusieurs et, pour cela, entraîner c’est sans doute écouter plus que parler.

Lorsque l’on arrive dans un club, comment construit-on son équipe ?

Il n’y a pas de règle absolue. Par contre, il est important de trouver les cadres qui connaissent l’environnement. Chez nous, Mikaël Gelabale en sera un, c’est certain. D.J. Cooper a toutes les qualités pour en être un. A lui d’aller chercher ce statut. A côté d’eux, il y aura Myles Hesson, Ousmane Camara ou Assane Ndoye et Babacar Niasse qui connaissent le club et dont on sait quoi attendre au quotidien. Le tout en ajoutant quelques jeunes du centre de formation. Nous voulons partir avec des garçons en qui on a confiance.

Peut-on parler, en ce qui vous concerne, de philosophie de jeu ou, plus simplement, de grands principes ?

Philosophie est un bien grand mot. J’ai quelques incontournables, des choses non négociables en attaque comme en défense. Les appliquer demande de la concentration, des efforts, de sortir de sa zone de confort. Après, je pense qu’on doit toujours être capable de s’adapter aux joueurs que l’on a et aux particularités de son championnat. Par exemple, même s’ils sont sur le même poste de jeu, je ne ferai pas travailler Assane N’Doye et Mickaël Gelabale de la même façon. Je n’aurai pas les mêmes attentes non plus sur certains détails.

Pourriez-vous nous parler un peu plus précisément de ce que vous désirez mettre en place en terme de jeu ?

Il faut que les joueurs aient envie de défendre ensemble. De l’autre côté du terrain, il s’agira de mettre du rythme en attaque. Être ambitieux sur les premières secondes de l’attaque. Pour le reste, je crois en la hiérarchie dans une équipe, dans le fait que chaque joueur comprend bien son rôle et l’accepte pour aider l’équipe à gagner. Les formes de jeu sont là mais je sélectionnerai celles qui correspondent le mieux aux derniers joueurs que nous allons recruter. Enfin, j’aime garder une marge d’innovation chaque année et que les joueurs puissent participer à certains ajustements en fonction de leurs qualités. C’est une démarche volontaire et organisée dans notre travail.

Comment fait-on pour gérer un groupe dont les individus viennent de quatre coins de la planète ?

Les différences culturelles sont, à mes yeux, une vraie richesse pour chaque membre de l’équipe. Ce melting-pot est un plus dans l’ouverture d’esprit. Le basket est le sport pratiqué sur tous les continents, dans tous les pays du monde. Il ne faut pas se priver de cette diversité et de ce qu’elle apporte en terme de culture sportive. Mon rêve est de faire une équipe avec cinq nationalités différentes. Cinq Français et cinq étrangers venant de pays différents. Je n’aime pas le fait d’avoir un vestiaire acquis à une communauté de joueurs étrangers qui prendrait le pas sur les autres. Le multiculturalisme est une force. Mais c’est assez difficile de créer cette équipe dont je rêve en un claquement de doigt. Il faut bien connaître les joueurs et leur capacité à s’adapter.

Est-ce que c’est la qualité de jeu qui entraîne les résultats ou les résultats qui entraînent la qualité de jeu ?

C’est un peu l’histoire de l’œuf et de la poule. C’est sans doute un peu des deux. Au départ, il est important de créer une confiance entre les joueurs afin de croire en l’équipe et de se mobiliser pour gagner. Cette spirale positive permet ensuite de ne pas être trop dépendant des résultats immédiats. Au final, on en revient à la construction de l’effectif et aux personnes en qui on a confiance. Je pense que la stabilité d’un effectif d’une année sur l’autre y contribue fortement comme l’ont démontré certains clubs ces dernières années. De manière plus générale, Chalon est un club qui a du prestige et une histoire sportive qui en impose, qui est respecté par les joueurs, les agents, les dirigeants. C’est un club qui rassure et cela doit aider à créer cette confiance en début de saison.

La construction d’un effectif est toujours compliquée avec, notamment, l’équilibre jeunes-anciens.

Les jeunes peuvent être sur le terrain à partir du moment où les anciens font le job, qu’ils sont là au moment où les matchs se gagnent. Tout est une question d’équilibre au sein d’un groupe. A Antibes, en 2015 en Pro B, nous avions sur chaque poste, un ancien et un jeune. Mais également des joueurs d’origines différentes dans cette équipe. Nous avions le quatorzième budget et nous avons fini par monter. C’est sans doute l’un de mes plus beaux souvenirs sportifs jusqu’à ce jour.

Après plusieurs mois d’arrêt, comment préparez-vous la prochaine saison alors qu’aucune date de reprise n’est encore fixée ?

Cette incertitude fait partie du sport. Nous avons effectué une planification par rapport à ce qui est le plus probable en terme de début de championnat avec une petite marge d’incertitude. Nous espérons reprendre fin septembre. Voire début octobre.

Régis Gaillard

Photo Charlotte Geoffray - Elan Chalon

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