Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Alcool et volant font mauvais ménage... et en plus en récidive

« Quand j’ai vu les gyrophares, j’ai senti une grosse chaleur monter et après je me rappelle plus de rien. » Le prévenu, 44 ans, a pris un coup de chaud, et vu son contexte personnel on peut comprendre pourquoi. Or ce qui l’amène jusqu’à l’audience de comparutions immédiates de ce lundi 16 décembre, c’est précisément ce dont il ne se souvient pas.

Vendredi dernier, le 13 décembre, à Verdun, il est environ 22 heures quand les gendarmes repèrent un conducteur qui roule sans avoir attaché sa ceinture. Ils décident de le contrôler et déclenchent leur avertisseur lumineux, mais ils voient l’homme continuer à rouler encore un peu et se garer en bas d’un immeuble, soit en bas de chez lui. Il sort de sa voiture et manque tomber. Il a bu. L’éthylotest est positif. Au départ, ce monsieur essaie de négocier le contrôle : l’absence de ceinture entraîne au pire une contravention, mais il est en état d’ivresse et il a un passé. Sa température intérieure monte en flèche et ça sort, « bâtards, sales c… , merdes ».

Il a les fils qui se touchent : point Godwin pendant le trajet vers l’hôpital

On le conduit manu militari à la brigade pour mesurer son alcoolémie à l’éthylomètre mais il refuse, il notifie au gradé qu’il est « un petit chef avec un petit diplôme de merde » puis se jette tête la première contre un mur. On décide donc de le conduire à l’hôpital pour s’assurer que son état est compatible avec une garde à vue, et c’est là que ses fils se touchent, portant les outrages au point Godwin. « Vous êtes des SS, des collabos, vous m’emmenez à la chambre à gaz. » « Une ignominie », dira Aline Saenz-Cobo, vice-procureur.

4 condamnations pour conduite sous l’empire de l’alcool

Ce coup de chaud ? « Je savais ce qui m’attendait : plus de permis de conduire, plus de travail, repasser en jugement. – Oui, acquiesce la présidente Verger, parce que vous n’êtes pas un novice. » A son casier, 5 condamnations dont 4 pour conduites sous l’empire de l’alcool. La dernière c’était en 2017, en état de récidive. « Quand on a 4 condamnations, poursuit posément la présidente, comment peut-on se dire, ‘je bois et je rentre en voiture’ ? – C’est stupide de ma part. Et en plus je fais souvent ce trajet à pied, mais là j’avais mes habits du boulot à laver, et… C’était idiot. » Dans la voiture, des cannettes de bières… « je ne nettoie pas cette voiture, plein de choses y traînent ».

« Il ne comparaît pas pour conduite dangereuse »

La représentante du ministère public estime que le prévenu est non seulement « stupide », mais « dangereux », et qu’il est trop tard pour se soucier du sort de son fils apprenti qui vit avec lui (parents séparés). Inutile, donc, d’ouvrir « le parapluie sentimental » et de parler de son enfant « quand on méprise les enfants des autres » qu’il aurait pu tuer s’il avait eu le moindre accident. « Il ne comparaît pas pour conduite dangereuse » répond maître Carle-Lengagne, qui ne trouve pas la peine requise (8 mois avec maintien en détention) adaptée.

« Dans la vie, il y a des moments de chute, de faiblesses en tous cas »

« Dans la vie, il y a des moments de chute, voire de destruction, de faiblesses en tous cas, et il y a les moments où on se restructure et ça ne se fait pas d’un coup et sans difficulté. Le chômage, la précarité, le RSA, il a connu. La séparation, il a connu. Néanmoins il a su rebondir, sans que ça soit linéaire c’est vrai. » L’avocate retrace à nouveau la journée de vendredi de son client. « Il était fier de ce CDI. Ce contrat apporte des perspectives importantes dans sa vie, pour son fils, pour ses dettes, aussi. » Ses propos si vivement insultants ? « Il s’est excusé plusieurs fois auprès des gendarmes. » Ses propos « ont dépassé toute mesure. Mais il reste ses failles à lui. Pourtant il se montre méticuleux et travailleur, on envisage de le passer chef de chantier. »

« Une peine de prison non préparée, c’est, pour lui… »

Maître Carle-Lengagne rappelle « les principes fondateurs de notre droit, qu’il ne faut pas mettre de côté ». « Oui, on peut extrapoler, mais enfin il n’y a aucune victime (de la route, ndla). Aujourd’hui, une détention non préparée c’est l’assurance de perdre son emploi, et un retour à la société extrêmement difficile. » Le prévenu a expliqué qu’il avait suivi des soins et qu’il ne buvait plus comme il avait pu boire, « et entretemps j’ai déjà été contrôlé et tout allait bien ».

« Il faut comprendre, et il faut agir »

Le tribunal déclare cet homme coupable et le condamne à une peine de 12 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve, avec obligation de se soigner et de travailler. Le tribunal ne décerne pas de mandat de dépôt. Il devra indemniser les deux gendarmes de 200 euros chacun. « ça veut dire quoi ? C’est une peine mixte : vous pourrez demander l’aménagement de votre peine de prison ferme. C’est une grande chance, monsieur, et c’est sûrement la dernière. Aujourd’hui il faut comprendre, et il faut agir. » Le tribunal annule son permis de conduire, il n’a pas le droit de le repasser avant un an.

Florence Saint-Arroman

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche