Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Interdit de séjour sur la commune de Cuisery

A sa sortie de prison, il sera interdit de séjour sur la commune de Cuisery. Ce lundi 20 février, à l’audience de comparutions immédiates, le tribunal a jugé un homme de 33 ans, auteur de 15 vols ou tentatives de vols, entre le 27 novembre dernier et le 17 février, dans le bourg de Cuisery. Il sort de garde à vue, les gendarmes l’escortent.

Il est fatigué, forcément. Une garde à vue, ça rince, ça vide, et puis du même pas on est présenté au procureur de la République qui décide de l’orientation qu’il donne au dossier, sauf que le dossier c’est vous, et quand c’est la comparution immédiate alors vous êtes jugé sans avoir pu prendre une douche.
Un cabinet dentaire, une pharmacie, une agence immobilière, une auto-école, un salon de coiffure, un cabinet infirmier, une école maternelle, et deux dames. Il a volé essentiellement du matériel multimédia et des bijoux, un peu de numéraire quand il y en avait. Il a revendu du matos sur Marketplace. Ça lui a rapporté 400 euros, c’est peanuts à côté de ce qui s’abat sur lui.

« J’avais besoin d’argent. J’ai des dettes »

Il forçait les portes en pesant avec un tournevis. Mode opératoire constant, dans un périmètre limité. Des images de vidéo-surveillance, un signalement, on l’interpelle enfin. Quelle mouche l’a piquée, à faire n’importe quoi sur son lieu de vie ? « J’avais besoin d’argent. J’ai des dettes. » Quelles dettes ? « Des amendes de train, et puis aussi quand j’avais ma voiture. J’avais acheté une voiture quand j’allais au travail. » Il estime le montant des amendes à 10 000 euros, et il a un crédit pour cette somme-là. Ça fait 20 000. Il perçoit le RSA. Autant essayer de remplir un océan avec une petite cuillère.

« Alors j’ai dit que j’allais me débrouiller tout seul »

« Depuis novembre dernier je n’avais plus rien. J’ai vu une assistance sociale, elle n’a jamais voulu m’aider parce que j’avais pas de domicile à mon nom, alors j’ai dit que j’allais me débrouiller tout seul. » La présidente Catala lui demande un peu comment il voit les choses, désormais. Il répond d’un ton vif : « Ben, j’aurais dû trouver un autre moyen avant de faire des conneries. » L’évidence doit l’agacer un peu. Il semble s’être tiré une balle dans le pied à fracturer autant de portes à l’endroit où il était hébergé, car comment pouvait-il imaginer ne pas se faire arrêter ?

« Je ne pensais pas que ça vous ferait autant de mal »

Il vit sous Subutex, il a 4 condamnations à son casier (dont recel et deux conduites sous l’empire de l’alcool). Il a déjà exécuté une peine sous bracelet électronique, peine réservée à ceux qui ont un logement, justement. Une des victimes est présente, elle vient expliquer les dommages moraux et pécuniaires subis. La présidente en profite pour faire une pédagogie du préjudice au prévenu, lequel dit à la gérante du salon de coiffure : « Je suis désolé, je ne pensais pas que ça vous ferait autant de mal. Je m’excuse. »

 « Les marqueurs de la misère »

Il a eu une fille il y a 8 ans, mais il ne la voit jamais. Il a un bébé (tout petit) avec sa compagne actuelle. Une relation distendue, mais ce bébé, désormais. Et plus de 20 000 euros de dettes, pas de voiture, pas de logement, pas de travail. Le vice-procureur requiert 18 mois de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, il demande un mandat de dépôt pour la partie ferme. Maître Diry plaide « les marqueurs de la misère » et « l’ancienneté du passif pénal » (la dernière peine date de 2013). « Ça interpelle sur l’extrême urgence, donc la nécessité dans laquelle il se trouvait. » L’avocat argumente contre le mandat de dépôt, mais son client n’a pas de logement et sa mère ne veut plus l’héberger.

Mandat de dépôt

Le tribunal condamne cet homme à 18 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligations de travailler, d’indemniser, interdiction de paraître à Cuisery. Mandat de dépôt pour les 10 mois ferme. « Il faudra mettre à profit ce temps d’incarcération pour prévoir la suite, bâtir un projet. » A cette fin le tribunal lui impose un « accompagnement individualisé renforcé ».

Florence Saint-Arroman

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