Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait mis le feu à la façade de La Suite et à la voiture du gérant

Le soir des faits, il n’a pas pris son traitement quotidien à 21 heures. Il sortait sa femme au restau puis à La Suite, sur l’île Saint-Laurent, à Chalon sur Saône. « Vous voyez le résultat », dit le président Dufour. Oui, il voit. Le 4 février dernier, au petit matin, il a mis le feu à l’établissement La Suite, et à la voiture du gérant qui était garée devant.

Pourquoi ? Parce qu’il est bipolaire mais n’avait pas pris son traitement et « j’avais envie de me venger sur du matériel, c’est pour ça que je n’ai pas agi immédiatement, j’ai attendu que personne ne sorte plus du café ».Ce prévenu âgé de 53 ans, arrêté rapidement et placé en détention provisoire, est jugé ce mardi 2 juin, à l’audience de comparutions immédiates. Dans la nuit du 4 février, les agents de sécurité de La Suite l’avait refoulé, sur un malentendu dit-il. « Comme beaucoup de bipolaires, j’ai des phases où je n’ai rien envie de faire, mais là, j’étais dans une phase d’euphorie, très active. Malheureusement ce sont les symptômes des bipolaires. »

 

Altération du discernement, mais accessible à la sanction pénale

 

L’expert psychiatre diligenté pour expertise avant le jugement, le confirme : « il souffre d’une pathologie bipolaire en phase maniaque au moment des faits. Son vécu de persécution explique en partie son passage à l’acte. Il n’est pas coupé de la réalité, il est curable. » L’expert conclut à une altération de son discernent, « ayant entravé le contrôle de ses actes ».

Maître Nicolle, qui représente l’établissement et son gérant à titre personnel, insiste sur la préméditation du geste. Il plaide à charge, interroge le tribunal sur les zones d’ombre du dossier. « Le portier a été interrogé mais ne relate aucun incident lors de cette soirée-là », mettant à mal la version du prévenu. « En tous cas les faits sont là et les dégâts aussi », conclut-il.

 

Des gestes criminels

 

Le prévenu a été rapidement identifié sur les images de vidéo surveillance, car il était déjà connu. 13 mentions à son casier. Délits routiers, violences sur conjoint et sur mineur, menaces de mort, faux et usage de faux, dégradation... Il a 4 enfants, deux CAP cuisine mais s’est reconverti comme verrier, dit-il. Il répète qu’il regrette, et que surtout il ne voulait blesser personne, et c’est pour ça qu’il a rodé avec ses bidons plein d’essence, avant de coller un mot sur l’interphone « pour narguer la sécurité », puis de répandre le liquide le long de la façade, autour de la voiture, et enfin d’y mettre le feu.

 

« Je n’ai rien contre cette personne mais ça aurait pu être très grave »

 

Or le gérant et un employé se trouvait encore à l’intérieur. Ils sortent avec un extincteur mais sont contraints à regarder fondre la voiture. Les pompiers et la police interviennent. À la barre, le gérant reste posé mais grave : « Ça nous a causé beaucoup de dégâts, financiers, physiques et matériels. Je n’ai rien contre cette personne mais ça aurait pu être très grave. » Maître Nicolle regrette qu’on ne puisse pas diffuser la vidéo qui montre l’embrasement, « c’est très impressionnant ». Il demande des indemnités correspondant aux devis pour les dégâts matériels et une somme pour le préjudice de réputation.

 

Entre pathologie et responsabilité

 

Christel Diez, substitut du procureur, balance entre la représentation d’une personne malade, pour qui on conclut à l’altération du discernement, et la représentation d’un homme qui a de nombreux antécédents judiciaires, qui a rempli des bidons en station essence avant de tourner autour des lieux puis de passer à l’acte. Elle requiert 2 ans de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis probatoire. Maintien en détention pour la partie ferme.

 

Phase maniaque : la moindre contrariété est vécue comme une persécution

 

« On ne peut pas parler de préméditation pour un individu qui est bipolaire », plaide Maître Marceau. L’avocat lit une partie de la lettre que son client avait collée à l’attention des agents de sécurité : « Vous m’avez chassé de votre établissement. Je suis un client anglais qui vient depuis 40 ans. Etc. » Et il signe : « George Paul Steven Harold Brian Mary » Son avocat se réfère au rapport de l’expert psychiatre : « Il était dans une phase maniaque si importante que la moindre contrariété est vécue comme une persécution. » « Je voulais juste bruler le trottoir pour me venger qu’on me rejette », disait le prévenu, minimisant en permanence la portée de son geste. Clairement, si c’est cela qui cause un tel passage à l’acte, il faut un traitement, conclut son avocat. Il en avait un.

 

18 mois de prison ferme puis 5 ans sous main de justice

 

Le tribunal retient l’altération du discernement. Condamne l’incendiaire à 18 mois de prison, ordonne son maintien en détention. Le condamne à un suivi socio-judiciaire de 5 ans, avec injonction de soins, obligation d’indemniser les parties civiles, interdiction de paraître aux abords de, et dans l’établissement. Interdiction de tout contact avec le gérant. Il devra indemniser la SARL de 10 044 euros pour son préjudice matériel, de 1000 euros pour son préjudice moral et verser 12 560 euros au gérant pour sa voiture.

 

« J’étais tellement mal d’avoir risqué de blesser des  personnes, que dans la nuit du 7 au 8 mai, j’ai fait une tentative de suicide avec une corde attachée au radiateur de ma cellule, parce que je regrette beaucoup mes actes. »

 

Florence Saint-Arroman

Annonces