Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - « Moi j’ai toujours parlé de cette vidéo, mais en attendant je suis en prison. »

Il a 25 ans. On l’a rencontré à l’audience de comparution immédiate du 25 juillet, il faut lire le premier article ici (https://www.info-chalon.com/articles//2020/07/28/45106/tribunal-de-chalon-la-justice-prefere-ne-pas-prendre-de-risque-ordonne-la-detention-mais-exige-un-complement-d-information/) pour se remémorer cette histoire si triste, si océaniquement triste. Ce lundi 7 septembre, les victimes présumées ne sont pas venues, le tribunal lui, a reçu en fin de matinée l’expertise des téléphones portables et son contenu semble favorable au prévenu.

La fameuse vidéo, qui selon le prévenu serait une preuve qu’il dit vrai

Le 25 juillet dernier ce jeune papa a enfreint le cadre d’une ordonnance de protection ordonnée en faveur de son ex-compagne, plus jeune que lui et mère des deux petites. La maman et sa sœur accusent le jeune homme de violences contre elles. A l’audience de comparution immédiate, le prévenu se défend et parle de « guet-apens ». Le tribunal avait ordonné l’expertise des téléphones portables de ces deux parents, mais, explique le président Dufour, « je n’ai reçu cette expertise que ce matin, et par mail, donc je n’ai pas pu voir la vidéo dont parle l’expert » et qu’il a pu extraire d’un téléphone qui fut pourtant cassé. Les avocats eux, n’ont connaissance de rien, et en plus l’expertise psychiatrique du prévenu n’a pas pu avoir lieu. « Il faut donc renvoyer » une fois encore.

« Mais moi je suis quand même en détention »

« Moi j’ai toujours parlé de cette vidéo, depuis le début. Je comprends ce que vous me dites, dit-il au président, mais là je suis incarcéré alors que je travaillais, pour mes filles, justement. » Le président dit comprendre à son tour, et le jeune homme reprend, calmement, posément, clairement : « Mais moi je suis quand même en détention et je n’ai aucun contact avec mes filles. Et moi, mes filles, c’est tout ce que j’ai. D’accord, je n’ai pas respecté la mesure (= l’ordonnance de protection) et je regrette, car tous les jours je cogite. Elles grandissent et ce temps-là est irrattrapable. »

« Je ne pense pas que la prison soit un bon moyen pour rebondir »

« Vous souhaitez sortir en attendant le jugement ? – Oui. » Le président fait le point sur sa situation. Missions intérim dans la démolition – « Avec le covid, c’était pas simple, mais tout de même je trouvais des missions de 15 jours à 2 mois. Et je sais que seul le travail me permettra de voir mes filles. » Logé chez un ami à Saint-Etienne – « J’espère pouvoir un jour prendre un logement, pour recevoir mes filles. » Ordonnance de protection, visites médiatisées de ses enfants – « Et ça se passait très bien, mon éducatrice pourra le confirmer. » Il ajoute : « Je ne pense pas que la prison soit un bon moyen pour rebondir. Ça me met avec d’autres personnes qui ont leurs problèmes. » Addiction au shit ? « Juste pour m’aérer la tête, de temps en temps. Je sais que ça n’est pas bien, mais… »

« Si vous me donnez cette chance, je serai le plus heureux »

Le président reprend son casier judiciaire. « J’étais pas mûr, sur ces faits-là. J’étais sous l’emprise de l’alcool et des stupéfiants, à me croire plus fort que les autres. Ça a changé. J’ai deux petites filles. Je regrette tout ça et je l’ai payé. » Se sent-il capable de respecter l’interdiction de contact avec la mère ? « Oui. Mes filles c’est important pour moi. Si j’avais respecté cette interdiction, je les verrais en ce moment. » Sortir de détention ? « Si vous me donnez cette chance, je serai le plus heureux. Je pourrais reprendre ce que j’avais commencé. »

« Je requiers qu’il soit placé sous contrôle judiciaire »

Angélique Depetris, substitut du procureur, se lève : « La partie de l’expertise qui est revenue donne un éclairage plus nuancé sur le dossier. La position du ministère public se doit d’être plus nuancée également, c’est pourquoi je requiers qu’il soit placé sous contrôle judiciaire. Il lui appartient de refuser d’entrer en contact avec la mère. » Maître Diry souscrit pleinement.

Fin de la détention provisoire

Le tribunal renvoie à mi-novembre, ordonne le placement sous contrôle judiciaire du jeune homme. Interdiction de contact avec la mère et sa sœur, interdiction de paraître à leur domicile. Obligation de soins en addictologie, « il faudra apporter vos justificatifs de soins et des prises de sang ». Il pointera au commissariat de Saint-Etienne, le tribunal désigne un expert psychiatre lyonnais. « Je peux récupérer mon téléphone ? demande le prévenu. – Non. Il est cassé, de toute façon. »

L’escorte va remmener le jeune homme au centre pénitentiaire. Une fois les formalités administratives terminées, on lui rendra sa fouille et il sera libéré. A Varennes-le-Grand, sans téléphone, et personne pour l’attendre.

Florence Saint-Arroman

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