Chalon sur Saône

"Entrez sans frapper", une comédie aux accents picaresques et baroques le 25 janvier à Chalon

Comédie créée de toutes pièces à Lyon il y a de cela trois ans, « Entrez sans frapper » égaye les fêtes depuis une paire d’années dans la capitale des Gaules, a vogué une fois sur les flots didactiques du festival d’Avignon, et son compteur atteste de pas mal de dates de tournée. Le samedi 25 janvier à 20h, en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône, narrera-t-elle les péripéties d’un couple aux prises avec un ancien détenu. Interview de Carole Greep, coauteur, pour info-chalon.com

« Entrez sans frapper, rien que le titre laisse bien augurer de la suite ?

«Oui, le titre résume à la fois une formule de bienvenue et il y a le mot frapper, car c’est un ex-taulard que les gens accueillent de manière un peu forcée. Donc il y a les deux notions : celle de l’accueil, et un peu une violence sous-tendue. »

Comment avez-vous travaillé avec Guillaume Labbé, votre coauteur, pour la construction du texte ?

«Ce n’est pas notre première collaboration, on s’entend très, très bien. J’arrive avec mes idées la plupart du temps, parce qu’il m’arrive dans la vie des choses, dont j’aime toujours me servir. C’est une anecdote de départ, et puis il me dit carrément que ça peut faire une histoire. On part de l’anecdote de départ, et on essaie de la mettre en dramaturgie, pour la tirer jusqu’à son maximum de comédie, en faire plusieurs actes et faire évoluer les personnages à travers cette idée de point de départ ou anecdote. Une fois qu’on a la structure et le plan, on déroule du dialogue, ce qui est notre partie à peu près préférée.»  

Mieux vaut donc que la relation de couple ne coule pas comme un long fleuve tranquille ?

« C’est-à-dire que c’est un couple un peu bourgeois qui s’est un endormi dans ses propres certitudes sans jamais les remettre en question, avec pourquoi pas du Mozart, du vinaigre balsamique, tout est un peu comme ça, surfait. Elle est quand même auteure de romans noirs, donc dans ses fantasmes  elle aime l’aventure, mais ça n’a rien à voir avec sa vie. Lui est psychanalyste, donc il a tout bon en théorie, mais en pratique il cafouille. Effectivement l’anecdote de ce taulard qui vient se réfugier chez eux, on aura ses raisons quand on ira voir la pièce, on comprend exactement pourquoi il vient ici et pas ailleurs. Mais tout à coup ça fait une espèce de court-circuit dans le couple qui se sentait presque en paix jusqu’à la fin, c’est-à-dire qu’il ne se passe plus grand-chose. Ca réveille ce couple dans tous les sens, elle trouve ça formidable cette aventure, et en même temps elle n’en prend pas toutes les dimensions de dangerosité. Son mec est pleutre, lâche, il a la trouille, il se réveille…C’est un peu nos défauts qui ont été exagérés. Avec Guillaume on aime bien extrapoler à partir d’un postulat de réalité de départ. » 

Les spectateurs sont-ils susceptibles d’assister à une psychothérapie préventive, ou alors peuvent-ils se rassasier de facteurs curatifs ?

« Je pense plus curatifs ! Dans une pièce, ce que j’aime beaucoup, c’est que de toute façon on s’identifie à l’un des personnages, voire même aux trois, de temps en temps, ce qui fait qu’on se voit en miroir grossissant dans nos défauts. C’est ce qui fait rire souvent et du coup, ce couple endormi à qui il arrive quand même une histoire extraordinaire, ronronnait dans le confort, se met en danger. On peut très, très vite se mettre à la place de tout le monde en fait, et on dégomme pour moi toutes les idées préconçues sur la générosité. Pour les gens qui donnent, en fait c’est très cool de donner quand on est à cinq cents bornes, loin, que l’on ne voit pas, et quand tu arrives chez toi, c’est une autre affaire ! Ca me faisait un peu plaisir de tacler ça et aussi, de déculpabiliser les gens, ça arrive à tout le monde d’avoir la trouille. Ne pas savoir s’il a pris perpète parce qu’il a fait un truc, est-ce qu’il y avait une échelle dans les valeurs qu’on peut tolérer comme taulard ? Est-ce que l’on prend quelqu’un qui n’a fait qu’un hold-up, alors que si c’est quelqu’un qui a tué, on ne peut pas le prendre ? Le truc qui frôle l’humour noir nous avait amusés aussi. Même si c’est intelligent, ça ne remédie pas à tout en fait.»

Est-ce que vous avez eu un fil conducteur ?

« On voulait juste qu’ils ne soient pas pareils à la fin de la pièce qu’au début, que ce soit les trois personnages, le couple, ou celui qui arrive chez lui qui apprend quand même de ses hôtes. On souhaitait quand même qu’il y ait une évolution au travers de cette diatribe d’un certain milieu. »

De quelle façon le public réagit-il ?

«C’est une grosse comédie. Le public , parfois est un peu choqué je ne vais pas vous mentir, ça vient de l’humour noir. Parfois jusqu’où va-t-on trop loin ? Ca dépend, la limite est propre à chacun, mais sinon ça rit beaucoup, parce que les situations extraordinaires mettent ces personnages en danger ; ils se comportent tout à coup comme des pleutres, des lâches, il y a des situations absurdes. Certains comportements nous font beaucoup rire, ils naissent de la situation extraordinaire. »

Pondre des écrits, une délivrance spontanée, ou un accouchement dans la douleur ?

«C’est une délivrance, j’aime beaucoup écrire, mais c’est un peu comme la natation, le plus dur c’est de s’y mettre en fait. Aller au gymnase, enlever les fringues, mettre le bonnet…quand j’y suis, j’adore, mais moi c’est plutôt la fainéantise, car je vais tout faire pour ne pas forcément écrire, mais dès que je suis dedans, j’adore. On a les portes d’un autre monde qui s’ouvrent, on crée nos personnages, on vit avec pendant pas mal de temps, on s’y attache, on les déteste, et c’est plutôt très agréable. J’aime beaucoup ce que je fais, en tout cas le métier, je ne vais pas dire que suis fière de ce que je fais, mais j’aime beaucoup écrire. »

Pour vous, est-ce le summum de l’état jubilatoire que de voir ses idées portées sur scène ?

«C’est pas mal, parce qu’entre l’écriture il y a la production, avec la production il y a le choix des comédiens, le décor, la mise en scène, et donc ça permet également les surprises. Parfois on est surpris, les comédiens nous emmènent plus loin que ce qu’on avait imaginé, ou un peu ailleurs, et quand on écrit un livre, eh bien les mots sont les mots, et après on n’est pas dans l’imaginaire des gens. Mais là, une fois qu’on a écrit les mots, toute la mise en scène et la production rapportent des choses derrière auxquelles on n’aurait pas forcément pensé, et lorsque ce sont des bonnes surprises c’est assez extraordinaire,  jubilatoire. Quand nous-mêmes allons voir une pièce, on ne sait pas ce que l’on va voir. On connaît le texte, mais quelquefois je ris, alors les gens me disent que je ris de mes propres pièces ! Je leur réponds non, que je ris parce que ce comédien me fait rire, et que je n’avais pas du tout imaginé le truc comme ça. »      

Avez-vous une certitude à l’heure actuelle quant à un énième challenge rédactionnel ?

« On a toujours plusieurs projets en cours, avec ou sans Guillaume. J’ai notamment un projet à Paris d’une grosse comédie, et puis aussi des interviews, de la télévision... On ne reste jamais très longtemps sans écrire, mais il faut des périodes de maturation, des périodes où on a l’impression qu’on ne travaille pas en tant que créatif. En fait on travaille, mais on ne le sait pas ! On observe, on se balade, etc. et après, tout s’accumule dans la tête, le cerveau. Puis au moment où ça va sortir, ça sort spontanément, c’est en branle, quoi. »

 

Obtenir sa place

Tarif unique : 28,00 euros. Placement libre. Plus d’infos auprès d’A Chalon Spectacles ([email protected], 03.85.46.65.89). Points de location : Office de tourisme et des congrès du Grand Chalon (03.85.48.37.97). Billetterie internet&grandes surfaces, réseaux France Billet et Ticketnet.

 

Crédit photo : Lucas Grenier                                  Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                    [email protected]      

 

  

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