Chalon sur Saône

Retour sur les reproches adressés par certains habitants de la résidence « Les Aubépins » à Adoma, avec son directeur territorial pour la Bourgogne-France-Comté, Driss Bechari

Suite à notre article du 24 août 2017, relatif aux conditions de vie dénoncées par certains habitants de la résidence « Les Aubépins » de Chalon-sur-Saône*, le directeur territorial Bourgogne / Franche-Comté d’Adoma, Driss Bechari, a souhaité rencontrer info-chalon.com pour donner des éclaircissements quant aux reproches faits par ceux-ci à l’administration qu’il dirige. Le retour d’info-chalon.com.

Directeur territorial pour la Bourgogne et la Franche-Comté depuis 6 ans, à la suite d’une restructuration de l’entreprise décidée par l’actionnaire majoritaire (l’Etat), Driss Bechari est un homme qui a consacré une large partie de sa vie à la désormais société d’économie mixte, filiale du groupe Société Nationale Immobilière (Caisse des dépôts et consignations), qu’est Adoma**. Auparavant, en effet, ce juriste de formation fut le directeur de l’agence départementale de cette société dans le Haut-Rhin (2005-2011), un poste obtenu après avoir été assistant d’unité de gestion à Strasbourg, Colma et Belfort (1992-1999) puis responsable de résidence à Besançon (1999-2005).

Juriste, Driss Bechari est naturellement précis quand il s’exprime et aime tout aussi naturellement contextualiser une situation particulière quand il doit l'évoquer. Aussi a-t-il commencé, avant d’aborder plus précisément le dossier de la résidence « Les Aubépins » de Chalon-sur-Saône, par présenter Adoma, en revenant sur son histoire et ses missions.

« Le sourire de quelqu’un qui se sort de ses difficultés n’a pas de prix »

Adoma a une assez longue histoire. Celle-ci remonte au 4 août 1956, lorsque l’Etat créé SO.NA.CO.TR.AL / LOGI, la Société Nationale de Construction pour les Travailleurs Algériens, plus connue sous le nom de « SONACOTRA ». L’une des missions de ce groupe consiste alors à résorber les bidonvilles français, à l’instar de ceux décrits par Azouz Begag dans son roman Le gône du chaaba ou par certaines personnes interrogées par Yamina Benguigui, pour son documentaire intitulé Mémoires d’immigrés. Il lui revient aussi d’aménager des grandes villes avec l’édification de cités familiales et d’appartements HLM, de construire et gérer des foyers pour les travailleurs immigrés venus reconstruire la France pour une période que l’on pensait temporaire.

Puis, au fil du temps, ses missions, ses métiers, sa « clientèle » ont évolué. Une évolution en partie actée par le changement de son nom pour Adoma.

Aujourd’hui, Adoma « accueille, loge ou héberge tous les publics en difficulté, de toutes nationalités, traversant des difficultés économiques ou sociales : jeunes en insertion professionnelle, travailleurs précaires, familles monoparentales, anciens travailleurs migrants… ». C’est aussi « le premier bailleur national du logement accompagné », « avec 26 000 places dont 20 000 dédiées à l’accueil de demandeurs d’asile », l’accueil humanitaire étant une tradition chez Adoma, en plus d’être l’une de ses missions. Et tout cela conduit Adoma à gérer « plus de 71 000 logements meublés et équipés, répartis dans 69 départements et 13 régions », à accueillir et accompagner « au quotidien 78 000 personnes ». Un accueil et un accompagnement qui, à la résidence « Les Aubépins » de Chalon-sur-Saône, est assuré par pas moins de 14 salariés, dont 6 travailleurs sociaux, un responsable de résidence, un directeur adjoint, un agent d’entretien. Sans compter les prestataires de services extérieurs. Autrement dit, une équipe dont le travail permet bon an mal an aux résidents, plus ou moins temporaires, de repartir du bon pied dans la vie, le passage par Adoma étant transitoire, conçu comme une étape dans un parcours accidenté. Un travail pas toujours facile mais  utile et efficace, qui permet à beaucoup de gens de s’en sortir, parfois même de retrouver ce sourire dont Driss Bechari dit que, pour lui, comme pour ceux qui travaillent chez Adoma, « n’a pas de prix ».

Une situation ponctuelle, due à un accident sur un chantier et à l’obligation pour Adoma de respecter des procédures

Mais si le travail d’Adoma est ainsi que le décrit Driss Bechari, comment, dès lors, expliquer que des habitants de la résidence « Les Aubépins » en soient venus à contacter la presse locale pour se plaindre de leurs conditions de vie, photos à l’appui ? A l’écouter, par un malheureux concours de circonstances. Et quand l’un des résidents déclare auprès d’info-chalon.com que depuis 6 ans qu’il réside là, il n’avait « jamais vu ça », il faut en un sens le croire car les désagréments pointés par ce dernier sont purement ponctuels et s’expliquent par la survenue d’un accident sur un chantier, ainsi que par l’obligation de respecter des procédures exigeantes ayant perturbé le fonctionnement habituel de la résidence.

Adoma, c’est certes un organisme gestionnaire d’un parc de logements, mais pas un organisme se contentant d’une gestion de l’existant. En effet, Adoma a défini des objectifs prioritaires et entend les atteindre. Parmi ces derniers, trois sont encore plus prioritaires que les autres :

-accélérer la réhabilitation et la transformation des foyers restants en résidences sociales et développer de nouvelles capacités, c’est-à-dire concrètement, transformer des chambres foyers en studios (plus de 3 milliards d’euros y seront consacrés d’ici 2026) ;

-adapter les résidences au vieillissement d’une partie de la clientèle ;

-accueillir des jeunes en insertion professionnelle.

Pour les atteindre, Adoma, et notamment pour ce qui concerne la résidence « Les Aubépins », a lancé des travaux. Le problème, c’est qu’à Chalon, un accident grave est survenu ces derniers mois, au cours duquel 3 salariés, dont le responsable d’agence, ont été blessés et temporairement arrêtés en raison de leurs blessures. Cet accident a assez profondément ému et désorganisé le « service », en plus d’interdire, le temps de l’enquête menée pour déceler les causes et responsabilités de l’accident, l’accès au chantier. Ce fameux chantier où, faute de pouvoir légalement y accéder, se sont malheureusement accumulés des détritus et déchets que l’on peut voir sur les photos prises par les résidents. Amoncèlement pour lequel Adoma va d’ailleurs organiser une nouvelle réunion d’information afin de rappeler les gestes élémentaires de bonne conduite pour vivre en harmonie au sein d’une collectivité, et le règlement intérieur de la résidence.

On l’a dit plus haut, Driss Bechari est juriste et, en bon juriste, il entend scrupuleusement respecter les procédures, aussi contraignantes soient-elles parfois. Et parce qu’il entend respecter le droit applicable en toute situation, il peut arriver qu’une épave de voiture reste plus ou moins longtemps sur un parking. « Ça ne se déplace pas comme ça, le bien d’une personne, aussi gênant soit-il… Il y a toute une procédure… Il faut retrouver le propriétaire du véhicule, etc… Alors oui, ça peut mettre du temps. Mais, au final, l’épave en question finit par être enlevée. C’est juste que les gens ne voient pas tout ce par quoi il faut passer avant d’aboutir. Idem pour une borne arrachée par un camion lors des travaux. Avant de remettre les choses en ordre, il y a des déclarations à faire auprès des assurances, etc. Cela peut prendre du temps. Surtout au moment de la pause estivale et surtout quand vous avez eu un accident grave durant l’été ». Et comme l’été, c’est  une période de congés, qui fait que la résidence vit à un rythme plus ralenti, « les trois résidents à demeure » interrogés par info-chalon.com « ont pu se sentir quelque peu délaissés et agacés par l’incivilité de certains résidents qui n’hésitent pas à jeter des déchets par terre ». Mais fondamentalement, « il n’y a pas de raisons objectives pour qu’ils ressentent continuellement un délaissement. Toute l’année, le personnel d’Adoma est là pour eux, pour les aider à solutionner leurs problèmes administratifs. Quand il faut changer une ampoule – ce que l’on ne peut plus faire comme ça en raison des normes et procédures actuellement en vigueur… –, l’administration enregistre leur demande et y répond, si les résidents donnent l’autorisation de pénétrer chez eux car, j’insiste, ils sont chez eux et Adoma n’intervient chez eux qu’avec leur consentement. On a des classeurs entiers de demandes et de procès-verbaux d’interventions… La redevance – et non pas le loyer – dont ils s’acquittent chaque mois – 61,35 euros de reste à charge pour une personne bénéficiaire du RSA logée dans un studio de 14 m², 55 euros si elle est en chambre – inclut ces prestations d’entretien, en même temps que la fourniture d’eau, d’électricité, de chauffage, de draps propres. Peut-être que tout n’est pas toujours parfait, surtout si les résidents ne nous font pas part de certains besoins, comme celui exprimé dans votre article de bénéficier d’un escalier au-dessus du chemin communal longeant la résidence… Faute d’être au courant, on ne peut pas solliciter un tel aménagement auprès de la mairie… Mais Adoma essaye de répondre dans des délais plus que raisonnables aux demandes de tout le monde. Quelque part, on est une petite famille. Et cette petite famille, on en prend soin ».

Samuel Bon

 

*Lire l’article d’info-chalon.com :

http://www.info-chalon.com/articles/chalon-sur-saone/2017/08/24/31967/a-la-residence-les-aubepins-administree-par-adoma-des-residents-n-en-peuvent-plus-de-voir-leurs-conditions-de-vie-se-degrader/

**Nom construit à partir du latin « ad » qui signifie vers et « domus », la maison.

 

 

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