Politique de gauche

"Les mesures annoncées par le gouvernement ne vont pas dans le sens d'une hausse du pouvoir d'achat" dénonce Cécile Untermaier, député de Saône et Loire

Dans le cadre de la rentrée politique, info-chalon.com donne la parole à Cécile Untermaier, député de Saône et Loire. La parlementaire revient sur les réformes gouvernementales, l'Affaire Benalla, les élections européennes... Petit tour d'horizon pour les lecteurs d'info-chalon.com.

C’est l’heure de la rentrée scolaire mais aussi politique, loi Pacte, Réforme parlementaire… qu’attendez-vous des grands chantiers parlementaires ?

Nous aborderons tous ces chantiers lors des journées parlementaires du Groupe Nouvelle Gauche qui se dérouleront les 10 et 11 septembre à Toulouse. L’agenda parlementaire sera serré à la rentrée. Le gouvernement devra sans doute repousser l’examen de la la réforme constitutionnelle et faire passer avant le Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises (loi PACTE), pour tenter une rentrée plus apaisée que la fin de la session extraordinaire - dans tous les sens du terme - au début du mois d’août.

La question de la santé, ressentie de manière très forte sur le territoire va également s’imposer, d’autant que la ministre Agnès Buzyn doit présenter à la mi-septembre une refonte du système de santé, avec un volet sur la réforme des hôpitaux. Fin juillet, lors de la dernière séance des Questions au Gouvernement, au nom de mon Groupe, j’avais d’ailleurs réservé notre dernière question à la fermeture temporaire des urgences dans un certain nombre d’hôpitaux du pays par manque de moyens et de personnel.

Il nous faut engager une politique ambitieuse de service public de santé à destination des citoyens.  Nous en sommes à un stade où les effets de seuil font que tout craque, principalement depuis cet été. Les urgences, les maisons de retraite sont les principales victimes, avec les patients, des déserts médicaux qui se développent un peu partout. Les actions ponctuelles qui ne prévoient ni obligation de garde, ni continuité du service public, n’allègent en rien la question cruciale des urgences.  A cela s’ajoute aussi la problématique du coût des implants dentaires, du matériel pour améliorer l’audition etc…  dont se prive désormais une grande majorité de personnes.

 Pensez-vous que le dossier Benalla est derrière nous ?

Non, je ne pense pas. La suite, nous la verrons en septembre avec la commission d’enquête au Sénat, dans des conditions différentes car le Sénat n’est pas dans la majorité gouvernementale et use de la manière la plus libre de ce dispositif qui est précisément là pour éclairer les citoyens sur une situation donnée.

Si ce n’est pas une affaire que l’on doit présumer comme une affaire d’Etat, elle intéresse néanmoins  le mode de fonctionnement de l’Etat et justifiait une commission d’enquête à l’Assemblée nationale. Nous avons été les premiers à en demander la mise en place, mais force est de constater que cette commission ne s’est pas déroulée dans les règles essentielles d’indépendance vis-à-vis de l’exécutif. Il importait d’auditionner toute la chaîne de décision de l’Elysée et du Gouvernement. Je reste persuadée que la Présidente de la commission des lois aurait mieux servi le Gouvernement en imposant les auditions légitimes demandées par tous les groupes. C’est ce que nous avions fait pour l’affaire Cahuzac.  Je tiens à votre disposition le rapport de cette première commission d’enquête. 

 On vous a vu monter au créneau au sein de la commission parlementaire sur le dossier Benalla mais finalement les parlementaires peuvent-ils demander des comptes ?

En tant qu’ancienne responsable pour le groupe majoritaire de la commission Cahuzac, je peux faire la différence de manière objective entre les deux commissions d’enquêtes, telles qu’elles se sont déroulées. Dans le cas de l’affaire Benalla, force est de constater que la transparence et l’écoute des parlementaires désireux d’auditionner d’autres agents ou personnalités politiques pour éclairer la situation, n’ont pas été au rendez-vous. Il était essentiel de permettre aux députés de mener à bon terme et en totale transparence et liberté les auditions qu’ils jugeaient utiles d’effectuer. C’est à ce prix de l’exigence que le pouvoir législatif trouve sa force et sert au mieux les institutions.

Hausse de l’inflation, indicateurs économiques pas forcément à la hauteur des prévisions, l’Effet Macron est-il déjà dépassé ?

Plus qu’un effet, c’est une politique qui est mise en œuvre, avec notamment la hausse de la CSG sur les retraites, et elle ne va pas dans le sens d’une amélioration du pouvoir d’achat.  Les indicateurs économiques ne sont pas aussi positifs qu’annoncés : la croissance s’essouffle et l’inflation augmente plus vite que les salaires et que la rémunération de l’épargne populaire. Le prix des carburants à la pompe est en hausse, ce qui pénalise particulièrement nos terrains de vie et les personnes aux revenus modestes. Les inégalités se creusent et je crains que le « plan anti-pauvreté » qui sera finalement présenté à la mi-septembre ne soit pas à la hauteur des enjeux.

 Sur la reconstruction de la Gauche, quels sont les préalables à poser sur la table ?

Ce n’est pas une reconstruction au sens strict du terme qu’il faut se donner comme objectif principal. Retrouver le passé n'est pas une ambition mais une régression. En revanche, si reconstruire ne signifie pas le faire à l’identique mais tirer les leçons du passé et définir durablement les valeurs sur lesquelles nous devons travailler collectivement, alors oui je veux bien participer à ce mouvement de reconstruction et la fête de Frangy ce dimanche peut en être une expression.

Le monde change, les politiques (je parle de ceux qui sont dans un lien constant avec les citoyens) doivent le comprendre et surtout savoir quels objectifs ils poursuivent et tracer ainsi la voie. Il s’agit avant tout de savoir ce que l'on veut, construire un projet pour le monde d’aujourd’hui et s’y tenir.

Ce sont les valeurs que nous devons porter qui font ce chemin. Ces valeurs naissent de l'état de la connaissance que nous avons de la société et de son évolution, de l'aspiration des citoyens, de la culture et avec elle de l'apport des intellectuels. Elles ne doivent pas être de vains mots, agités comme des étendards, mais des repères qui nous obligent.

Je pense à l'écologie et la nécessaire transformation de nos modes de production et d'échanges qu'elle implique, je pense à la justice sociale et à la solidarité qui sont le ciment de notre société, je pense à l’égalité, entre les territoires, entre les femmes et les hommes, je pense à la créativité dans tous les domaines, en particulier le numérique, et à la culture qui doivent être accessibles à tout un chacun.

Elections européennes puis élections municipales, un sentiment ?

On revient à des listes nationales, ce qui va politiser d’avantage le débat. Au-delà de la question de la tête de liste, il faut d’abord nous retrouver sur des valeurs et proposer des orientations claires, sur la question de l’immigration en particulier. Ne pas admettre que des Etats tels que la Hongrie ou la Pologne puissent promouvoir des politiques qui sont aux antipodes des valeurs que nous défendons, et obtenir dans le même temps les aides européennes au développement.

Les élections municipales doivent également s’articuler autour d’un projet et des valeurs communes. Il ne faut pas qu’elles soient simplement l’occasion pour certains de trouver leur place, mais bien de défendre une politique qui s’inscrit de manière lisible en cohérence avec les politiques nationale et européenne. L’exigence de probité, de transparence et de déontologie dans la conduite des affaires devrait être le premier engagement des équipes qui se lancent dans cette noble action.

Propos recueillis par Laurent Guillaumé - Info-chalon.com

photo info-chalon.com 

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