A lire
Info-Chalon a lu pour vous « Petit éloge de la jouissance féminine », d’Adeline Fleury
Publié le 28 Juillet 2015 à 21h46
C’est l’été ! Le rythme de la société ralentit. Un moment idéal pour se reposer, souffler, prendre un peu de recul, lire, méditer. Pour vous aider dans cette entreprise, Adèle Pantre vous a concocté une petite sélection de livres qui, pas ou peu connus, méritent pourtant le détour, comme par exemple ce « Petit éloge de la jouissance féminine », d’Adeline Fleury, pour lequel Info-Chalon tient à prévenir que l’article qui suit peut heurter la sensibilité des plus jeunes…comme des moins jeunes.
Contrairement à ce que pensent nombre de féministes radicales, mais Elisabeth Badinter l’a bien mieux dit que je ne le ferai jamais dans Fausse route (1], les hommes ne sont pas toujours les ennemis des femmes, « naturellement » enclins à les dominer de façon éhontée, les brimer, les violer. Parmi les hommes, certains contribuent à porter de sévères coups à cette « domination masculine » [2] dont on n’a pas encore fini de ressentir les effets, ceci malgré de salutaires évolutions ces dernières décennies. Il en est même qui, pour une femme donnée, sont rien moins qu’une sorte de « libérateur », celui par lequel la vie, une vraie vie, s’avère finalement possible, alors que tout semblait figé et, pour tout dire, plié, perdu. Ce dernier aspect des choses, un bouquin récent l’illustre fort bien. C’est celui d’Adeline Fleury - Petit éloge de la jouissance féminine [3]-, petit livre racontant, entre autres choses, la rencontre littéralement explosive d’une femme qui jusqu’alors passait à côté de sa vie avec celui qu’elle appelle, non sans raisons, « l’homme électrochoc ».
Bien sûr, le récit de ce qui sous sa plume apparaît comme une véritable « libération » n’est pas toujours exempt de maladresses mais c’est sans doute là le prix à payer pour lire quelque chose d’aussi spontané qu’authentique, où la vie pétille, explose, déferle. Aussi puissamment que la sensation que procure un orgasme féminin digne de ce nom. Et croyez-en une femme portée sur ce type d’expérience là, ça fait du bien par où ça passe !
Adèle PANTRE
[1] Elisabeth Badinter, Fausse route, Le livre de poche, (2003) 2005, 188 p
[2] Pierre Bourdieu, La domination masculine, Seuil, 1998, coll. Liber, 134 p.
[3] Adeline Fleury, Petit éloge de la jouissance féminine, Editions François Bourin, 148 p, 18 euros
« Morceaux » choisis :
« Si la jouissance féminine interpelle à ce point, c’est parce qu’elle fait peur. Peur aux hommes d’abord, parce qu’elle est synonyme d’abandon total, de « décorporation » presque, et aux hommes, parce qu’ils ne veulent pas s’avouer qu’elle est plus profonde que la leur. » (p 11)
« Une existence sans prises de risques a-t-elle vraiment de l’intérêt ? » (p 18)
« Chaque femme est une bombe sexuelle prête à détonner. Quand cela arrive, ce n’est pas sans conséquence pour l’entourage. J’ai entendu de tout : « elle fait sa crise d’adolescence à l’âge où d’autres entrent en maturité », « elle est devenue folle », « c’est une nympho », « une chienne en chaleur ». Je suis juste une femme, une femme qui se révèle, qui sort enfin du schéma de petite fille pour affirmer pleinement son désir, poser sa personnalité, sortir de sa chrysalide. J’ai entendu aussi que j’étais une mère indigne qui fait passer son plaisir avant son enfant. Je conteste : mieux vaut une mère épanouie qu’une mère endormie. » (p 22)
« Depuis que je jouis, je suis devenue une femme solaire. Je suis passée de l’ombre à la lumière. Le plaisir fait désormais partie de mon quotidien et je ne suis plus la même. Je vis une métamorphose physique d’abord, j’assume mes formes, je perçois mon corps comme un atout et plus comme un poids. Ma garde-robe est plus féminine, j’ose mini-jupes et talons. Cette métamorphose physique passe par une éclosion psychique. Mes rapports avec les autres évoluent. J’ose dire non à mes chefs, des hommes qui plus est, j’ose m’affirmer par rapport à mes collègues, je suis consciente de ma valeur, de ce que je peux apporter à l’équipe. Les gens le sentent et me respectent d’autant plus. Je suis plus audacieuse au travail, plus efficace. (…) Mes choix sont tranchés. Je me sens forte, battante. Je ne balbutie plus, ma voix n’est plus la même. Je prends forme. Je m’ouvre au monde, je jouis du monde, je suis moins solitaire, je danse, je ris, je partage mes idées plus volontiers avec mes amis. La jouissance et le désir ont fait émerger la femme qui sommeillait en moi. La jouissance et le désir ou la meilleure des psychanalyses. » (pp 63-64)
« Dans la pénétration consentie, le vagin capture la verge, ce n’est pas la verge qui prend le vagin. » (p 125)
« On nous apprend à nous femmes à correspondre au désir des hommes, plus qu’à désirer. » (p 132)
« Si l’homme semble obsédé par la question de savoir si la femme jouit avec lui, c’est bien parce qu’il souhaite avoir une emprise sur la femme. (…) Une façon de se rassurer sur sa puissance, son contrôle total, une façon de se rasséréner : ‘’j’ai le dessus’’. Cependant, il n’est jamais acquis pour un homme d’avoir la certitude de l’orgasme de la femme, alors que la femme en a la preuve par l’éjaculation. (…) Elle a toujours un temps d’avance. Elle domine en quelque sorte. » (p 132)
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