Valérie Perrin : bientôt « Trois »

« Trois », le prochain — et très attendu — roman de Valérie Perrin, devrait paraitre au début du printemps. Depuis sa maison en Normandie, la romancière nous livre, en exclusivité pour Info-Chalon, son ressenti sur cette période singulière.

Jamais, sans doute, le besoin de littérature ne s’est fait sentir aussi puissamment qu’aujourd’hui pour nous aider à tenir dans cette période figée. Penser, ressentir, se transporter pour, en un mot, rester debout.

La romancière et le confinement

Être confiné chez soi est un vécu difficile par la plupart, c’est pourtant, pour Valérie Perrin, le cadre habituel de son travail d’écriture. « Écrire nécessite de s’isoler des autres. D’ailleurs, lors du premier confinement, j’ai achevé mon prochain roman. »

Mais c’est aussi, pour chacun, une période difficile, comme en témoigne Valérie : « Ce deuxième confinement est très différent. En mars, les interdictions étaient strictes, les écoles fermées… tout s’était figé. Malgré tout — et peut-être même à cause de la situation inconnue, anxiogène et généralisée partout ailleurs —, on a senti naître un effort collectif, un espoir. Aujourd’hui, c’est plus compliqué : certaines activités ont repris tandis que d’autres sont empêchées, les écoles sont ouvertes… On ne voit pas de sens à tout cela, on ne voit pas, surtout, la fin du tunnel. Les cinémas, les restos, les bars sont fermés, l’atmosphère est pesante. Quand en sortirons-nous ? »

C’est vrai que l’incohérence des mesures et demi-mesures frappe les esprits, les échauffe parfois. « On peut aller acheter ses cigarettes, de l’alcool, des jeux… mais pas de livres ? s’inquiète Valérie. Je ne pense pas qu’une librairie soit potentiellement un cluster, avec toutes les précautions sanitaires que les commerces se sont imposées. »

Et que dire des livres, dont les rayonnages sont recouverts dans les grandes surfaces ? Même si l’on connaît la justification de ce geste à l’égard des librairies, cette vision résonne, pour la romancière « comme une fin du monde ».

 

L’antidote ? Des romans, encore et surtout !

Il y a tout juste un an, nous avions demandé à Valérie Perrin de partager, avec les lecteurs d’Info-chalon, quelques-unes de ses lectures de prédilection (ici). Aujourd’hui, dans sa maison de Normandie, elle lit ou relit des œuvres qu’elle a aimées, notamment L’Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón. 

Mais le roman tant attendu est bien sûr le dernier-né de Valérie Perrin. Trois — c’est son titre — raconte le destin d’Adrien, Étienne et Nina, trois amis qui se connaissent depuis l’âge de 10 ans. Ils se sont rencontrés en 1986, le jour de la rentrée en CM2, dans une petite commune de Bourgogne. Ces trois-là deviennent inséparables au fil des années, liés par une amitié absolue telle qu’elles peuvent se nouer dans cet âge de tous les possibles. 30 ans plus tard, en 2017, on découvre qu’ils ne se parlent plus, la faille est béante, l’amitié fracassée. Et, comme toujours dans les romans de Valérie Perrin, le polar n’est pas loin et le lecteur, qui pressent un lourd secret, est tenu en haleine. Une voiture est retrouvée au fond d’un lac, ensevelie depuis 25 ans… Ce même lieu qui était le terrain de jeu des trois amis… 

« Les faits divers me fascinent, confie Valérie Perrin et j’adore les polars : Simenon, Agatha Christie, Colombo… Comme je le dis souvent, j’écris des romans d’amour construits comme des polars. »

Trois explore une amitié qui se dénoue et livrera le secret de ses personnages, dès sa parution… fin mars 2021, on l’espère très fort.

 

L’univers de Valérie Perrin

Les Oubliés du dimanche (paru en 2015 chez Albin Michel) et Changer l’eau des fleurs (Albin Michel, 2018), tous deux réédités en livre de poche, ont reçu un accueil de la critique couronné de prix.

Mais les plus beaux mots posés sur les récits de Valérie Perrin émanent à coup sûr de ses lecteurs, hommes et femmes confondus… Peut-être parce qu’ils livrent bien davantage que des analyses, ils expriment sans fausse pudeur — quelle rareté de nos jours — l’empreinte que ses romans ont laissée en eux. Ainsi lit-on, sur Babelio notamment : « Violette, c’est de la poésie, c’est la vie qui chante très fort au beau milieu des morts (…) c’est la beauté des gens simples. »  « J’ai tellement eu de peine de devoir la quitter » « Si j’avais connu Violette, elle serait devenue mon amie. » On s’attache à Violette Toussaint, la narratrice de Changer l’eau des fleurs, car c’est la magie des fictions qui opère ici. Mais en vérité, à travers son regard, c’est tout l’univers créé par Valérie Perrin qui fascine. La violence du destin, la beauté des gens ordinaires, la drôlerie, l’enquête, la poésie, la justesse, la résilience, l’obscur et la lumière… À quoi sert de figer cet univers par quelques substantifs ? Ce qui reste, c’est l’envie de tout lire de cet auteur. Les Oubliés du dimanche, son premier roman, avait déjà bouleversé ses lecteurs : « Ce récit d’une grande beauté, passionnant de bout en bout, empreint d’humanité, ne nous fera pas oublier de sitôt l’histoire d’Hélène et de Justine. », lit-on encore sous la plume de ses lecteurs.

Ne vous laissez pas tromper par les visuels des couvertures, parfois jugés feel-good ou à l’eau-de-rose-pour-lectrices-exclusivement. Les romans de Valérie Perrin remuent profondément et durablement. Ils touchent juste.

 

Deux romans, plusieurs formats

Le 28 octobre est sorti le collector de Changer l’eau des fleurs aux éditions Le livre de poche. C’est un bel objet, avec couverture rigide comme les livres d’autrefois. Assurément un joli cadeau de Noël. La plupart des librairies continuent de vendre : il suffit de les appeler, réserver un livre puis passer le prendre (ou via leur site Internet, le fameux click and collect).

Lecture dématérialisée ou pas ? Nous avons posé la question à Valérie Perrin : « Personnellement, je n’ai pas de liseuse, mais beaucoup de mes lecteurs m’ont dit utiliser ce moyen. » Amis connectés, réjouissez-vous : Les Oubliés du dimanche et Changer l’eau des fleurs existent en format électronique e-book, mais également en version audio chez Audible. Je vous arrête tout de suite : un audio-livre ne trahit pas le livre papier, il n’est pas une « lecture au rabais ». Il permet au contraire à la littérature de déborder sous toutes ses formes dans notre quotidien. Nuance !

Les romans de Valérie Perrin existent également en gros caractères (2 volumes) : n’oublions pas que, parmi les personnes âgées, les personnes atteintes d’un handicap visuel et les enfants ayant des troubles de lecture (troubles DYS, troubles de la concentration, difficultés cognitives) il y a aussi des lecteurs passionnés !

On a hâte que ses histoires soient transposées dans d’autres arts : une pièce de théâtre, une adaptation cinématographique sont dans les tuyaux… Hâte que notre ciel s’éclaircisse et que Valérie Perrin nous en dise plus sur ses projets.

Nathalie DUNAND
[email protected]

 

Interview de Valérie Perrin, Info-chalon, novembre 2019 : ici

Refuge Annie Claude MINIAU – tél. : 03 85 85 31 45.
Valérie Perrin est marraine du refuge pour animaux de Gueugnon, l’ADPA.

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