ASSISES DE SAONE ET LOIRE - Retour sur une première journée éprouvante après l'aveu du meurtre du petit Luca à Saint-Rémy

Le premier jour du procès de Catherine De Conto aux assises de Saône-et-Loire a donc recueilli ses aveux : elle a tué son fils âgé de 8 ans dans la nuit du 4 au 5 février 2018. Mais cet aveu ne suffit pas, car il ne dit pas comment elle a imaginé faire croire à un cambriolage, ni pourquoi elle a commis cet acte. Elle soutient ne pas avoir utilisé un sac plastique pour étouffer le petit : servait-il à maquiller l’homicide ? Retour sur une journée éprouvante.

 

Ce matin

Les jurés prêtent serment à visage découvert, puis remettent leurs masques. Quatre femmes et quatre hommes se retirent avec la cour pour prévenir proches et employeurs, ils vont siéger toute la semaine. Pendant cette suspension, un peu du déchirement qui travaille cette famille depuis si longtemps, bien avant ce drame -Luca, si petit et tué pendant cet hiver 2018-, bien avant, forcément, se laisse approcher. Pendant cette suspension, la fille aînée dont les 26 ans ne savent plus comment vivre paisiblement s’approche de sa mère, elle semble bouleversée, elle l’est sans doute. La mère et la fille se parlent, malgré leurs gémissements qui sourdent. Un membre de l’escorte d’un geste les sépare. 

 

L’accusée craque

Et alors que les jurés prennent leurs dispositions pour cette semaine qui s’annonce éprouvante, le bruit se répand comme une traînée de poudre : la Cour aura des aveux. Vrai, pas vrai, la tension monte, elle monte aussi chez l’accusée. La présidente fait l’appel des experts et des témoins, parmi eux une des sœurs de l’accusée qui ne jette pas un regard vers le box. L’accusée a baissé la tête, puis fond en larmes quand les témoins quittent la salle (ils ne peuvent pas assister au procès avant d’avoir témoigné). La femme pleure, le silence se fait. Sa fille craque elle aussi. La mère part en crise de nerfs. La présidente dit qu’elle va suspendre, mais l’accusée ne se lève pas pour sortir du box, refuse qu’on la touche, hurle quand l’escorte la soulève et la porte. Sa fille pousse un cri, de voir sa mère ainsi saisie. 

 

Un drame se joue, sans paroles

On assiste au drame qui les mine, un drame qui n’a pas encore trouvé des mots suffisamment justes pour en sortir au moins un peu, un drame qui se pleure, qui se gémit, qui se hurle, mais la tenue du procès exige que l’émotion soit contenue, parce qu’un procès se déroule dans la parole. Quarante minutes plus tard, l’escorte raccompagne l’accusée dans le box mais son souffle est encore celui d’un taureau dans l’arène. Elle passe son masque sous son nez, son visage est bouffi par les larmes, ses traits sont saturés. La Cour revient, la présidente peut procéder à la lecture du résumé de la procédure. 

 

La maison est en désordre, mais…

Le lundi 5 février 2018, à 1 heure, une femme résidant dans une petite maison, rue Jean Zay à Saint-Rémy appelle le 18 : « deux individus » sont entrés chez elle et ont étouffé son fils, avec un sac en plastique. Les pompiers trouvent l’enfant allongé au sol, un sac plastique sur le haut de la tête, visage dégagé. On tente de le réanimer mais à 2h20 on déclare son décès. La maison est en désordre, à l’exception de la chambre parentale, mais dans la cuisine, les sacs de farine, de sucre, etc., semblent avoir été déposés au sol plutôt que jetés. Leurs contenus ne se sont pas répandus au sol. On note la présence de deux numéros du « Nouveau Détective » dont les Unes portent sur les meurtres par ascendants. L’accusée dira à l’audience ne jamais les avoir lus.

 

Le fils d’un père « non confirmé »

Ce petit garçon était né en août 2009, fruit d’une liaison de sa maman avec un monsieur qui ne l’avait pas reconnu. Cet homme s’est d’ailleurs empressé, lors de l’appel des témoins, de préciser à la Cour, « père non confirmé ». Le petit semblait avoir des difficultés scolaires dont sa maman ne savait comment les aborder, mais il est décrit comme souriant. Il est mort asphyxié, selon « un processus très violent mais assez bref », écrit le médecin légiste qui a procédé à l’autopsie du corps. La mère a des traces de coups et des griffures. Les premières sont compatibles avec la scène qu’elle décrit, les secondes, elle n’en parle pas et d’emblée elles sont dites « suspectes ». Elles seraient en revanche compatibles avec les gestes d’un enfant qui se débat. 

 

Dès le départ, son récit n’est pas cru

En dépit des déclarations de la maman, dès le 7 février, date à laquelle est ouverte une information judiciaire contre X, son récit n’est pas considéré comme crédible. Ni son récit des prétendus massages cardiaques (qui ne semblent pas réalistes aux intervenants du SMUR), ni son récit du cambriolage, et, au terme des enquêtes et vérifications et analyses de toutes sortes, le juge d’instruction reprend ces éléments dans la mise en accusation et y ajoute : l’absence totale de traces génétiques de tiers, aucune trace d’effraction dans la maison, pas de vol, les cris que la mère dit avoir entendus (« Maman je ne peux plus respirer, maman je vais mourir, maman viens vite ») ne sont pas envisageables compte tenu de la façon dont le petit est mort, le gabarit de l’enfant (1,43 mètre, 33 kg) ne constituait pas une menace pour deux hommes adultes. Et puis ce sac plastique, floqué du nom d’une enseigne qu’on ne trouve en Bourgogne qu’à Saint-Rémy. Et puis ce soi-disant couteau : il fallait aller le chercher dans un tiroir de la cuisine, blesser légèrement la mère avec, puis l’y remettre dans ce fichu tiroir, puis prendre la fuite tout en refermant derrière soi la porte du garage ?

 

Des aveux : moment violent

Il est alors midi, ce lundi 14 décembre, la mère évacue cette histoire de cambriolage, elle avoue (cf https://www.info-chalon.com/articles//2020/12/14/47351/assises-de-saone-et-loire-elle-avoue-le-meurtre-du-petit-luca-a-saint-remy/ ). Ce moment d’une violence puissante fait effraction dans le procès, effraction dans la sérénité qu’il exige, effraction en nous également, mais enfin des mots viennent dire les faits, enfin une parole a surgi. Elle a surgi dans la brutalité, arrachée à la douleur et à la peur. Le procès va reprendre, adossé aux aveux. Il va falloir de toute façon tout redéployer. 

 

L’après-midi

« Je suis désolée, mais on va devoir y revenir, au moins de façon factuelle. » L’accusée est une femme aux traits très réguliers, aux cheveux clairs coiffés en catogan, avec une frange, elle porte un pull blanc à col roulé. Elle est tournée, masque abaissé, vers la présidente dont la voix paisible l’aide à confirmer le récit de la journée de ce dimanche 4 février 2018. La présidente s’adresse à elle en l’incluant dans la communauté des « mamans ». Elle déroule lentement le fil du jour et l’accusée acquiesce, mais le soir arrive déjà et les heures fatidiques avec lui.

 

« Vous procédez comment ? » - Nouvelle suspension de l’audience

« Qu’est-ce qui vous a réveillée cette nuit-là ? Le savez-vous ? (Silence) C’est un moment de votre vie où vous êtes extrêmement anxieuse, stressée, et fatiguée. Vous le confirmez ? (Silence) » La femme pleure et souffle pour évacuer la tension. Elle prend appui sur ses bras tendus, baisse la tête. Silence. Sa fille craque elle aussi. Leurs états émotionnels se répondent comme en écho, c’est assez impressionnant. « Ce matin vous avez dit ‘j’ai appuyé sur sa tête’, est-ce qu’il était encore dans le lit quand vous entrez dans sa chambre ? (L’accusée pleure) Vous avez appuyé sur sa tête alors qu’il est dans le lit, ou au sol ? - Je sais plus. J’ai appuyé sur sa tête, j’ai... j’ai... j’ai.... (silence)... dans son lit. - Vous mettez vos mains sur le visage de votre enfant ? - Non. - Vous procédez comment ? Vous utilisez la couette ? » La grande sœur du petit est dévastée, la mère gémit. La mère gémit comme lorsqu’on est perdu dans une douleur telle qu’on ne peut s’en extraire. Elle a passé une digue, elle n’est plus avec nous. Elle gémit. La salle est figée, tout le monde est statufié, l’audience est suspendue. 

 

« On a trouvé des anxiolytiques partout dans la maison, dans presque toutes les pièces »

Le petit pavillon n’abritait pas seulement la mère et l’enfant, il hébergeait également une quantité anormalement élevée d’anxiolytiques. Elle en prenait beaucoup, mais les analyses toxicologiques chez le petit garçon sont négatives. La présidente reprend l’interrogatoire de l’accusée, il s’étendra sur l’ensemble des journées du procès. La femme affirme qu’elle ne s’est pas servi du sac en plastique et pourtant les pompiers l’ont trouvé sur la tête de l’enfant : le médecin régulateur avait dit à la mère de le soulever, de dégager le visage. Elle bredouille, exténuée : « Je sais pas… Je vois pas le sac… enfin, peut-être… je me vois pas mettre le sac. » La mise en scène du cambriolage, elle l’a faite avant ou après ? Elle ne sait pas, elle ne sait plus, on l’imagine épuisée par ses aveux.

« Vous étiez dans quel état d’esprit à ce moment-là ? Est-ce que vous avez crié de douleur, ou est-ce que tout s’est passé silencieusement.  – Silencieusement. »

 

« Pourquoi vous avouez seulement maintenant ? »

Clémence Perreau, avocat général de ce procès, interroge à son tour la femme qui lui fait face. « Pourquoi vous avouez seulement maintenant ? » Et l’accusée lui répond, lentement : « Parce que c’est samedi que j’ai ouvert les yeux, que je me suis rendu compte de ce que j’avais fait. J’ai vu ma sœur au parloir, et puis mon amie, et ensuite on a parlé, avec maître Estève. Et dans la soirée ça a fait un déclic. Je me revoyais faire ce que j’ai fait à Luca. » Elle dit qu’avant, elle ne se souvenait pas. Elle dit que le soir même elle a dit aux surveillantes qu’elle était coupable. « En fait j’étais perdue. Mes sœurs devaient tout faire à ma place. Je ne savais plus ce qu’il y avait dans ma tête, ni ce qu’il fallait faire. » L’avocat général insiste un peu : « Aviez-vous déjà tenté d’étouffer votre fils ? – Non. » Sa propre fille a dit aux enquêteurs que si, que le petit lui avait dit qu’une fois sa mère avait eu ce geste et qu’il avait eu peur.

 

A ce stade, le sac en plastique garde ses mystères

Le professeur de médecine légale qui vient raconter l’autopsie du corps de Luca n’épargne guère de détails, certes techniques pour un légiste, mais terribles pour qui a connu le petit. Au terme des différentes dépositions d’experts, on retient ceci : on trouve le sac sur le haut du crâne de l’enfant, mais dans le sac, on a prélevé « ses fluides », c’est-à-dire toutes les sécrétions possibles au cours d’une scène d’asphyxie. Comment expliquer cela ? D’autant plus que sous les ongles d’enfant, on n’a pas trouvé l’ADN de sa mère, et cela va dans le sens de ce qu’elle a déclaré aujourd’hui : il ne s’est pas débattu, elle l’a étouffé avec la couette sous laquelle il dormait.

 

Cette femme au désespoir bégayant parle difficilement, comme si chaque mot était lourd du poids du monde, tout comme ce meurtre est lourd du poids du monde. « Je-le-prends-dans-mes-bras-je-le-pose-par-terre. Il-ne-bougeait-plus. »

Florence Saint-Arroman

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