ASSISES DE SAONE ET LOIRE - Elle avoue le meurtre du petit Luca à Saint-Rémy

Coup de tonnerre en ce premier jour du procès d'assises ce lundi matin à Chalon sur Saône. Il est midi cinq, ce lundi 14 décembre, quand l’accusé a la parole pour donner sa position.

La présidente a fait lecture d’une partie de l’ordonnance de mise en accusation qui renvoyait madame De Conto, devant la cour d’Assises de Saône-et-Loire pour meurtre aggravé. Elle est accusée d’avoir, dans la nuit du 4 au 5 février 2018, volontairement tué son fils, Luca, alors âgé de 8 ans.

Cette femme est incarcérée depuis 2 ans 8 mois et 22 jours. Depuis 2 ans 8 mois et 22 jours elle s’accroche à une histoire de cambrioleurs qui auraient tué son petit, dans leur maison rue Jean Zay à Saint-Rémy. Ce mardi 14 décembre 2020, à midi cinq, la présidente Caroline Podevin lui donne la parole. Un silence. Maître Estève et maître Cabannes ont tourné leurs visages vers elle, vers elle qui balbutie : « Je… Je suis coupable… C’est moi… qui… qui… qui a tué mon fils. Mon bébé. » Elle éclate en sanglots. Sa fille de 26 ans, demi-sœur du petit, et partie civile à ce procès, quitte la salle, puis revient et reste au fond. Le silence est absolu, absolu. On peut lire effroi et sidération sur quelques visages dans la salle.

La présidente lui dit « Madame, je vous laisse un peu de temps pour respirer », puis elle ajoute doucement que la Cour attend quelques explications. Silence. « Est-ce qu’il se passe quelque chose de particulier, ce dimanche-là ? » L’accusée répond : « Je me suis couchée, j’ai pris mes cachets (anti-dépresseurs et anxiolytiques, ndla). Je me suis réveillée, je suis allée dans la chambre de Luca… (Elle poursuit dans un sanglot) J’ai appuyé sur sa tête ! » Sa fille aînée est accroupie au fond de la salle, en proie à une émotion pas possible, à une tension aussi forte peut-être que celle de sa mère qui continue : « Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Je me rappelle de rien. » Ses deux mains soutiennent son front, sa respiration est coupée. Sa fille retient tout bruit, mais sa mère ne le peut pas et le son monte.

La présidente dit aux avocats qu’elle va faire acter ces aveux, puis suspendre l’audience. L’accusée hurle : « Je suis désolée… mon ange… je t’aime. Pardon ! Pardon ! Pardon à toute la famille, …, pardon ! » Elle a fermé ses poings dont les jointures deviennent blanches sous la pression. Elle hurle, sa fille semble fendue de la tête aux pieds, elle qui a toujours cru sa mère coupable, elle qui vit ce drame depuis plus de 2 ans. Et alors que tous, nous sommes bouleversés, la présidente dicte calmement (ce qui n’engage pas qu’elle n’éprouve rien, mais sa fonction exige d’elle qu’elle n’en laisse rien paraître, ndla) à la greffière les mots de l’accusée, les mots de l’aveu. Cette femme âgée aujourd’hui de 52 ans, vient de dire ce qui est presque indicible : elle a étouffé son petit avec un sac plastique. Il avait 8 ans, il aimait le foot. Il aura 8 ans pour l’éternité. A 12h15 l’audience est suspendue, un médecin va venir examiner la mère, voir si elle pourra répondre aux questions cet après-midi.

L’accusée encourt une peine de réclusion à perpétuité. Maître Ravat-Sandre s’est constituée partie civile pour la fille aînée mais aussi pour l’association Enfance et Partage. Si ce moment d’aveu est celui qu’espère toute cour d’assises, c’est un moment terrible, épouvantablement violent. Penser qu’une mère puisse ôter la vie à son enfant est une chose, déjà elle-même sans évidence, mais l’entendre en est une autre. C’est comme une lame de fond qui subitement vous soulève, pour vous laisser, plus tard, en vrac, c’est comme une lame de fond qui vous fend et vous épuise.
Les débats reprendront cet après-midi, si l’état de l’accusée le permet.

Florence Saint-Arroman

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