TRIBUNAL DE CHALON - Comparution pour tentative d'agression sexuelle

Ce malheureux a traîné sa carcasse dans les rues et principalement autour de la gare de Chalon-sur-Saône, à sa sortie de prison, en décembre 2020. « Pendant 4 mois, il a dormi sur des cartons », précise maître Grenier-Guignard. Il traînait, une cannette de bière à la main, et il courait les agences intérim. Mais le 7 avril, il a tenté d’agresser sexuellement une jeune fille.

Les caméras de surveillance, qui le regardaient traîner et tourner depuis des semaines de leurs yeux indéfférents, ont capté son geste. Une tentative, un geste qui n’est, heureusement, pas allé au bout. « Je n’avais aucune intention malsaine » dit le prévenu. Il veut dire par là qu’il n’est pas un délinquant sexuel et c’est vrai. Par contre la victime est mineure, donc le geste, inadmissible dans tous les cas, a un retentissement différent sur elle. C’est une agression. Elle est accompagnée par son père à l’audience de comparution immédiate du 12 avril, ils ont été prévenus que l’affaire ne sera pas jugée immédiatement car une expertise psychiatrique du prévenu est obligatoire avant dire droit.

En 2017 il hallucinait que des animaux lui parlaient
On l’a déjà vu dans le box*. Il a aujourd’hui 45 ans, il semble toujours aussi malheureux d’infliger un père dans cet état à sa fille dont il parle souvent. Il voudrait ne pas lui faire vivre autant de chocs et de catastrophes, mais voilà. Son alcoolisme a bien dégradé son état général. Ce lundi il se tient les bras croisés et le front plissé par le souci. Il a 11 condamnations à son casier, à l’exception de deux vols et un recel, tout est lié à l’excès d’alcool et des passages à l’acte, dont celui de 2017, où il avait « emprunté » une voiture, « pour éviter un acte terroriste ». A l’époque il hallucinait que des animaux lui parlaient, il vivait dans un feu d’artifice permanent. Aujourd’hui, sa situation se pose différemment.

« Pourquoi avoir bu ? – Parce que j’étais si content que le patron m’ait appelé »
Il consulte chaque mois au CHS de Sevrey. Et puis, surtout, « normalement je devais commencer à travailler, j’ai un rendez-vous ce vendredi (il donne le nom de l’entreprise) ». Cette possibilité de travail s’est couplée de la possibilité d’une chambre au foyer Adoma. Il tenait donc le socle de toute réinsertion : un logement et du travail. Du moins, il était sur le point de les obtenir, car le 7 avril, alors qu’il voulait se rendre à Tournus (sa ville d’avant), « j’étais tellement alcoolisé que je suis tombé, les caméras le diront. Je ne marchais pas droit. Je demande pardon à son papa qui est là parmi nous. » La présidente Verger recentre : « Et pourquoi avoir bu autant ? – Parce que j’avais de la joie, j’étais si content que le patron m’ait appelé. » … En résumé : Il semble boire un peu moins, il a un traitement pour l’y aider, et là il s’était mis le compte parce qu’il était « si content » - ce que tous les gens dépendants d’un comportement addictif, quel qu’il soit, peuvent comprendre (c’est aussi pour cela que c’est si complexe).

« Son problème, c’est l’alcool. A 45 ans, il n’a aucune condamnation pour agression sexuelle »
Clémence Perreau, substitut du procureur, requiert son maintien en détention. Maître Grenier-Guignard plaide tout ce que ce monsieur a mis en œuvre (et si on se rapporte à son état en 2017, force est de constater qu’il y a du mieux, ndla ) depuis sa sortie de prison, « une démarche de socialisation ». « Son problème, c’est l’alcool. A 45 ans, il n’a aucune condamnation pour agression sexuelle. » Elle évoque un autre élément de réalité : « Dans les faits, on va attendre plusieurs mois le retour de l’expertise psychiatrique. Concrètement vous incarcéreriez un homme dans l’attente qu’il soit jugé, alors que s’il avait été jugé sur le fond aujourd’hui il aurait exposé tout ce qu’il a fait depuis 4 mois pour sortir du tunnel. »

Placement sous CJ, interdiction de mettre les pieds à la gare
Le tribunal renvoie le jugement à fin mai et ordonne le placement du prévenu sous contrôle judiciaire avec obligations de poursuivre ses soins, de pointer une fois par semaine au commissariat, et de répondre aux convocations de l’AEM (association d’enquête et de médiation). Il a l’interdiction de paraître à la gare. Il devra rencontrer l’expert psychiatre. « C’est une chance de démontrer votre capacité à vous réinsérer. »

Florence Saint-Arroman

*https://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2017/09/26/32766/tribunal-de-chalon-alcoolise-il-dit-avoir-pris-sa-voiture-pour-eviter-un-acte-terroriste/
https://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2017/10/24/33467/tribunal-de-chalon-juge-en-son-absence-son-esperance-de-vie-est-residuelle/

Sur la notion de désistance, qui fait son chemin en France : https://www.liberation.fr/societe/2013/02/13/la-desistance-pour-eviter-la-recidive_881696/

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