TRIBUNAL DE CHALON - Vol aggravé dans un bureau de tabac, le prévenu a 19 ans

« J’ai fait ça pour qu’on m’arrête. » Il a fait quoi ? Il a braqué un bureau de tabac. Il a sorti un couteau de son sac et a demandé des trucs, dont quelques paquets de cigarettes qu’il avait les moyens de payer. On était là au jugement de mai dernier (1) : l’état de ce jeune homme s’est aggravé.

Il voulait qu’on l’arrête, prétend-il, mais il préfèrerait ne pas rester en détention provisoire en attendant d’être jugé pour ces nouveaux faits. Il n’est pas cohérent. Ce lundi 8 juin, il montre sa petite tête d’oiseau dans le box. Il ne porte pas de masque (il en aura un à la fin de l’audience), et on est content de voir son visage. Sans discuter le moins du monde la nécessité du port du masque, il est pénible de ne plus voir les visages. Les victimes sont venues, assises au fond de la salle et secouées par l’irruption d’une telle violence dans leur journée, ce vendredi 4 juin. Le gérant sature. Ce n’est pas la première agression à main armée. Il avait pris un chien, d’ailleurs, un beauceron, à cause de ça. Il a bien fait : c’est le chien qui a mis en fuite le gamin. « Un chien plus grand que moi », dit le prévenu au juge, en souriant.

Ce garçon porte en lui une colère noire planquée sous des sourires angéliques

En mai 2020, le garçon expliquait avoir de très bonnes conditions de vie matérielle mais pas sur les autres plans. Il est sur les mêmes positions aujourd’hui, en pire, peut-être, puisqu’il dit ne plus parler à son père, et même avoir cherché l’incarcération pour ne plus le voir, tellement il ne le supporte plus. En mai 2020 le tribunal se montrait inquiet. En juin 2021 il l’est à nouveau. En mai 2020 il avait cherché à s’enfuir, il a remis ça pendant sa récente garde à vue, insultant les policiers (« fils de p…, je vais n… ta mère, ta grand-mère, tes enfants »). Il leur a craché dessus. Ce garçon porte en lui une colère noire planquée sous des sourires angéliques. Sa colère, il dit qu’elle vient de ce que sa mère est gravement malade, et qu’ « à part enfoncer ma mère avec des médocs, les psychiatres n’ont rien fait ». Alors il vomit les psychiatres et ça ne tombe pas bien, parce qu’il aurait bien besoin d’être soigné au lieu d’être en prison.

Il devrait voir un psychiatre, mais « ces gens sont des escrocs, ils ne servent à rien »

L’enquête sociale rapide avant l’audience n’a pas pu avoir lieu. « Ben, j’avais pas envie de parler avec elle. Je sortais de garde à vue, j’avais pas dormi, pas fumé. Je l’ai pas insultée, c’est moi qui ai raccroché. » Il a du mal à parler, il est aphone. Il a passé la nuit à crier par les barreaux de sa cellule, il appelle ça « avoir vu des amis hier soir ». Ok. Et s’il voulait se faire arrêter, pourquoi il n’a pas attendu la police l’autre jour ? « Parce que j’allais passer l’après-midi à la piscine avec des copains. » On l’a arrêté chez sa grand-mère. Le président Dufour reste imperturbable. « A votre avis, pourquoi les gens qui vous suivent, pensent que vous devriez voir un psychiatre ? » Le prévenu renvoie : « Ces gens sont des escrocs, ils ne servent à rien. La seule personne qui vous aide, c’est vous-même. » Il est l’illustration vivante et touchante du contraire.

Il regarde en l’air, sourit aux anges

Il veut un délai pour préparer sa défense, le jugement va être renvoyé. Le parquet requiert son maintien en détention, ajoute que « l’expertise psychiatrique s’impose ». Maître Peleija, qui connaît le garçon pour l’avoir assisté l’an dernier, demande également une expertise psychiatrique. Elle plaide pour lui un contrôle judiciaire, il regarde en l’air, sourit aux anges. Comme la maladie (somatique) de sa mère sert d’argument en faveur d’un retour du fils à son domicile, celui-ci, qui soi-disant cherchait l’arrestation, en rajoute une couche : « J’aurais voulu être auprès de ma mère, qu’elle ait une autre image de moi que de me savoir en prison. » Le sursis mis à l’épreuve de mai 2020 était toujours en cours, il est en état de récidive légale, cela double la peine encourue, mais il semble vraiment malade.

Maintien en détention provisoire

En attendant, et parce qu’il ferait beau voir qu’on puisse attaquer un commerce (les gens qui y travaillent) sans que cela soit sévèrement réprimé (de même qu’il ferait beau voir qu’on puisse tuer son mari/son père*/autre, sans être jugé et condamné pour cela au motif souvent fallacieux de la légitime défense), le prévenu est maintenu en détention, « en raison du risque de réitération ». Jugement renvoyé en juillet. Le tribunal ordonne une expertise psychiatrique.

Florence Saint-Arroman

(1) https://www.info-chalon.com/articles/2020/05/14/44225/TRIBUNAL-DE-CHALON-Le-confinement-n-etait-pas-apprecie-et-encore-moins-respecte
* https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/morbihan-un-adolescent-tue-son-pere-violent-et-diffuse-la-video_4654801.html

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