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TRIBUNAL DE CHALON - Violences à répétition entre Givry et Chalon .. case prison à l'issue

TRIBUNAL DE CHALON - Violences à répétition entre Givry et Chalon .. case prison à l'issue

Ils étaient ensemble depuis mars dernier. Ils se sont embrouillés dans leurs complications personnelles pas franchement arrimées à la structure sociale. Trois semaines d’ITT pour elle. La prison pour lui.

Ils étaient ensemble depuis quoi ? Une poignée de mois ? Elle, sous curatelle renforcée et sous contrôle judiciaire dans le cadre d’une information criminelle (donc pour une affaire grave), logeant à Givry, interdite de paraître à Chalon. 
Lui, sous le coup d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français, délivrée par la préfecture), vivant entre la France et l’Italie, arrivé d’Algérie il y aurait plus de 23 ans. Il en a 42 maintenant. Il a beau avoir cinq frères, dit-il, installés dans le Rhône et la Loire, il n’a jamais fait de démarches pour régulariser sa situation administrative. Hébergé ici et là, sans rien, du moins rien de licite.

Le 14, cris et gendarmes, le 20, allez on boit un coup à Chalon

Ils étaient ensemble. En décembre il y eut 2 scènes de violence. Tant de cris le 14 que la voisine de madame, à Givry, a appelé les gendarmes. Une côte fracturée, des hématomes en veux-tu, en voilà, partout, partout. Le 20, le prévenu et son ami Zizou l’embarquent boire un coup. Où ça ? A Chalon, pardi. La femme dit qu’elle était sortie du bar et s’éloignait, son chéri l’a rattrapée, poussée, frappée. Ils ont dormi dans un fourgon.

Et ça balance

« Je l’ai même pas tapée », maintient le prévenu tout au long de l’audience. Le président Madignier lui oppose les constatations du certificat médical, incompatibles avec une chute dans un escalier. 
Le prévenu n’hésite pas à balancer sur la misère et la détention provisoire de sa chérie, passant volontiers à l’as la curatelle renforcée, la dépendance à l’alcool (2 grammes par litre de sang, le 14 décembre à 14h30), et, qui sait, son besoin d’amour, d’affection ?

« Emprise » versus « cœurs » ? 

Le bâtonnier Varlet évoquera, au cours de sa plaidoirie, « tous les appels, les messages de madame. Madame qui envoie des cœurs, des photos à Noël, des mots tendres ». Le bâtonnier en parle parce que le procureur de la République a dit « emprise ». A tout le moins, domination, ça, c’est sûr. Pendant que la femme, du fond de son petit enfer personnel, envoie des cœurs, monsieur devait penser à autre chose, c’est ainsi. D’ailleurs c’est la police lyonnaise qui les a arrêtés, dans un train au départ de la gare de la Part-Dieu en direction de Saint-Etienne. Le train fut retardé : monsieur était recherché, madame était avec lui. Madame et ses bleus, madame et ses dizaines de lésions aux cuisses, était avec lui. Il part en garde à vue, puis en détention provisoire, le 29 décembre.

« Il se maintient sur le territoire sans respecter les lois »

Le médecin légiste qui établit un second certificat médical, renouvelle l’ITT de 3 semaines. Patrice Guigon, procureur de la République, s’en saisit. Ça, plus le témoignage de la voisine, plus la plainte de la victime, plus le casier du prévenu (vol en réunion, vol avec dégradation, une escroquerie), et puis la situation du prévenu : OQTF, pas d’adresse stable, pas d’activité professionnelle déclarée (et pour cause, ndla). « Il se maintient sur le territoire sans respecter les lois » … le tout lui fait requérir une peine de 12 mois de prison avec maintien en détention, l’interdiction de porter une arme pendant 5 ans, et une ITF (interdiction du territoire français) de 10 ans. Maintien en détention.

« Lui, marginal, elle aussi, manifestement marginale »

Damien Varlet ouvre une brèche : les déclarations de la victime sont-elles si fiables que ça ? Elle qui était ronde comme une queue de pelle à l’heure du déjeuner ? Elle dit qu’il lui a cassé un balai sur le dos… qu’est-ce qui le prouve ? Elle n’en parle pas du tout au médecin légiste. Reste que « lui, marginal, elle aussi, manifestement marginale : ils ont pu avoir un échange violent. »
« Je demande pardon » dit son client.

Décision du tribunal 

Le tribunal requalifie les faits en ôtant la circonstance aggravante de l’arme par destination que peut devenir un balai, déclare monsieur coupable de violences sur conjoint le 14 et le 20 décembre dernier, le condamne à la peine de 10 mois de prison, ordonne son maintien en détention, dit aussi qu’il aura l’interdiction de tout contact avec la victime ainsi que de paraître à son domicile pendant 3 ans. Interdiction du territoire français pendant 10 ans. 
On se demande quel sort se fabrique un homme qui de ses 19 ans à ses 42 ans n’a rien fait pour lui, rien transformé de sa vie – en homme responsable -, qu’il aurait pu réinvestir en Algérie.

FSA